LES (NÉO) FRÈRES MUSULMANS ET LE NOUVEL ESPRIT CAPITALISTE ENTRE RIGORISME MORAL, CRYPTOCAPITALISME ET ANTICAPITALISME: UN OUVRAGE DE HAOUES SENIGUER

1 – UN ANTI DOTE AU DÉLIRE ISLAMOPHILISTE.

En partenariat avec Madaniya.info – Tranchant, tel un couperet s’abattant sur la nuque du condamné. Tel est l’effet du constat dressé par l’universitaire Haoues Seniguer sur le parcours sinueux de la confrérie des Frères Musulmans, dans un ouvrage «Les (Néo) Frères Musulmans Et Le Nouvel Esprit Capitaliste Entre Rigorisme Moral, Cryptocapitalisme Et Anticapitalisme».

Première étude d’ensemble sur la confrérie après sa déconfiture de la séquence dite du «printemps arabe», cet ouvrage se présente comme un anti dote au délire islamophiliste de la caste académique française, grandement responsable du désastre de Syrie.

Le constat est d’importance en ce que Haoues Seniguer est un des rares universitaires de France à n’avoir pas succombé au délire de l’intelligentzia française sous l’effet d’entrainement de leur chef de meute François Burgat, le bachaga de l’islamologie néocoloniale, l’homme qui passera à la postérité pour avoir parrainé deux thésards de choix, le qatarophile Nabil Nasri et le djihadologue Romain Caillet, alias colonel Salafi, le fameux fiché S des services français.

Fils d’une famille d’authentiques patriotes algériens et non un supplétif de la pensée bureaucratique française, cet universitaire franco-algérien, maître de conférences à Sciences Po Lyon, est un être parfaitement bilingue, qui puise sa documentation à la source, dans le texte arabe.

Non un hémiplégique de la pensée, qui baragouine une «chouya darja arabiya», le sabir caractéristique des officiers des affaires indigènes de l’époque coloniale, en usage au sein d’une cohorte d’intellectoïdales dont les informations sont souvent colportées par ouïe dire au téléphone à la manière d’un téléphone arabe, dont ils sont tributaires pour leurs prébendes.

Haouess Seniguer maîtrise aussi bien le français, que la langue dialectale arabe «Ad Darija», que la langue littéraire arabe (Al Fousha’a), la langue de communication trans arabe, symbole de l’unité du Monde arabe, en dépit des menées répétitives des pays occidentaux en vue de provoquer sa balkanisation. C’est dire la pertinence de son constat, nullement déformé par le prisme d’une traduction.

Dans ce panorama, le portrait consacré au qatarologue auto-proclamé, Nabil Nasri vaut son pesant de cacahuètes. «Ni droite, ni de gauche, à droite toute…Nabil Nasri», résume bien le parcours du thésard de François Burgat et son appétence pour la richissime pétromonarchie du Qatar.

Ce marocain se distinguera par un comportement exemplaire d’objectivité: Nabil Nasri abreuvera quotidiennement le régime syrien de ses imprécations, l’accusant de tous les maux de la terre, mais demeurera étrangement mutique sur son pays d’origine, le Maroc, l’autoritarisme monarchique, son népotisme, la corruption endémique de sa bureaucratie, la «diplomatie de la Mamouniya», qui tient en laisse la classe politico-médiatique française, victime de son tropisme immodéré pour les galipettes à l’ombre des tropiques dictatoriaux.

Ancien animateur d’une meurtrière au sein du journal Le Monde, ce médiactiviste, dont la grille de lecture est soumise au filtre religieux, a consacré sa thèse, comme de juste, au mufti de l’OTAN, Youssef Al-Qaradawi, celui-là même qui a imploré la coalition atlantiste à bombarder la Syrie. Beau sujet de méditation. Sa besogne accomplie, l’homme s’est reconverti dans l’enseignement, prudemment replié sur l’Institut islamique de Château Chinon, où il officie désormais sur la «dé-radicalisation» après avoir abondamment soufflé sur les braises.

L’IREMAM-Marseille, le laboratoire où officiait François Burgat s’est d’ailleurs démarqué de ce parrainage, donnant à savoir qu’il n’avait pas cautionné la thèse de Nabil Ensari, pointant du doigt la Faculté de Sciences po Aix, «un véritable nid d’espion» pour reprendre l’expression du journaliste du journal «La Provence» Florent Bonnefoy auteur d’une corrosive enquête sur cet établissement universitaire.

Ci-joint le message de l’IREMAM  

Florence Bergeaud-Blackler (@FBBlackler) – 04/02/2020 22:17 – @MohamedLOUIZI : « Pas exactement. L’IREMAM est bien le labo CNRS dans lequel a travaillé François Burgat qui a dirigé la thèse de Nabil Ennasri. Mais ce n’est pas le labo qui a « validé » sa thèse mais un jury d’experts convié par Science Po Aix. »

LOUIZI MOHAMED (unique compte officiel)@MohamedLOUIZI · 4 févr. 2020

L’IREMAM fait parler de lui après l’arrestation du djihadiste syrien Islam Alloush. Il a validé une thèse préparée par l’islamiste Nabil Ennasri blanchissant Youssef al-Qaradawi. Le directeur était François Burgat qui, en 2014, avait promu le djihadiste libyen Abdelhakim Belhadj.

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Florence Bergeaud-Blackler@FBBlackler

Pas exactement. L’IREMAM est bien le labo CNRS dans lequel a travaillé François Burgat qui a dirigé la thèse de Nabil Ennasri. Mais ce n’est pas le labo qui a “validé” sa thèse mais un jury d’experts convié par Science Po Aix.1723:17 – 4 févr. 2020Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéVoir les autres Tweets de Florence Bergeaud-Blackler

Et l’article de Florent Bonnefoy https://www.laprovence.com/article/edition-aix-pays daix/5452600/sciences-po-nid-despions.html

Le livre de Haoues Seniguer aborde en outre les parcours d’Abdel Aziz Chaambi, Yamine Makri, Yanis Mahli, Réda Benkirane, Soufiane Méziane et de l’Université Habib Chrifi. De même le sujet hautement explosif du Burklini, dont il pointe l’ambivalence de la démarche et l’objectif sous-jacent de son instrumentalisation: «Chapitre 13: Le burkini, un produit «religieux» contradictoire de la modernité capitalistique».

2 – LE TROPISME CAPITALISTIQUE

Le constat est imparable: «L’islam et les musulmans, même les plus résolument dogmatiques, théoriciens, activistes ou simples militants, n’échappent pas aux impitoyables griffes du Capital…

… «Pis, ils sont généralement les servants relais, sinon serviles, conscients ou inconscients, d’une doxa capitalistique qui ne dit pas son nom. Souvent, les figures de l’islam étudiées, connues (à l’instar de Tariq Ramadan), militent pour une offre religieuse «intégraliste», ouvertement antimoderne. Rares  alors sont ceux qui, parmi elles, adoptent une vision et un comportement radicalement anticapitalistes au nom d’une foi musulmane moins matérialiste que spirituelle».

Le tropisme permanent de Saïd Ramadan vers le grand capital est de notoriété publique. De mémoire d’homme, le père de Tariq Ramadan et gendre d’Hassan Al Banna, fondateur de la confrérie, n’a pas laissé le souvenir impérissable d’un guérillero révolutionnaire, menant combat au maquis dans la jungle pour abolir les inégalités et l’injustice.

Mais plutôt le souvenir d’un agitateur professionnel à la solde de ses commanditaires, la dynastie wahhabite. Titulaire d‘un passeport diplomatique jordanien, Saïd Ramadan résidait dans des villes cossues d’Europe occidentale, Munich (Allemagne), puis Genève (Suisse). Les exclus de la société d’abondance ont été le cadet de ses soucis. La société d’abondance, oui, son souci majeur, dans laquelle il a baigné abondamment.

Saïd Ramadan roulait en limousine, une Cadillac, -une grosse cylindrée consommatrice de carburants-, pour ses déplacements quotidiens, quand Ernesto Che Guevara, icône révolutionnaire de l’Amérique latine, gisait son corps criblé de balles dans la jungle de Bolivie et qu’Ali La Pointe (Algérie) se sabordait à la dynamite pour ne pas se livrer à l’armée coloniale française.

Sa mission ne consistait pas à accompagner les revendications des travailleurs immigrés, ni à soulager la misère de ses coreligionnaires.   Loin de là. Sous l’égide de l’Arabie saoudite, instrumentalisant la religion musulmane dans une stratégie anti soviétique, sa mission était plus noble déstabiliser l’Union soviétique, le principal pourvoyeur en armes des huit pays arabes du champ de bataille de la Palestine et les pays de soutien (Egypte, Syrie, Irak, OLP, Algérie, Libye, Soudan, Somalie). Au diapason de l’objectif mené trente ans plus tard par Oussama Ben Laden en Afghanistan (1980-1989) pour le compte de l’Arabie saoudite et des Etats Unis, le principal protecteur d’Israël.

Un déraillement identique à celui effectué cinquante ans plus tard par Khaled Mecha’al, le chef politique du Hamas, la branche palestinienne de la confrérie, qui empruntera le même chemin, désertant le champ de bataille, et ses frères d’armes –(Syrie, Iran, Hezbollah) à l’origine de son armement et de l’entrainement de ses combattants– pour une cage dorée à Doha, à trente kms de la base d’Aydid, la plus importante base militaire américaine hors Otan. Une démarche à tous égards suicidaires.

A-t-on jamais vu Ho Chi Minh le chef du combat nationaliste vietnamien, installé son quartier général à Pearl Harbour, la grande base américaine du pacifique? Ou le FLN algérien son PC à Taverny, le poste de commandement stratégique de l’arme atomique française?

Indice patent de l’asservissement total des Frères Musulmans à la stratégie de l’Otan, la supplique de leur prédicateur en chef Youssef Qaradawi, réclamant à cor et à cri l’intervention de l’Otan, c’est à dire la coalition des anciens colonisateurs du Monde arabe, contre la Syrie, un pays qui a livré 4 guerres contre Israël. Comble de courage, cette supplique a été adressée depuis Doha, où le mufti millionnaire s’était planqué à l’abri de la grande base américaine de la principauté. On aurait rêvé meilleur exemple de militantisme de la part des «frérots»… dont le parcours fut souvent ceux de «planqués».

A la manière des télévangélistes américains modernes, Saïd Ramadan, lui,   était en fait un prédicateur médiatique dont la tâche majeure, au plus fort de la guerre froide soviéto américaine (1945-1990), a été d’inciter à la dissidence les soldats musulmans de l’armée Rouge. Et non à dissuader les soldats afro américains, ces descendants d’esclaves africains, de s’engager dans la guerre du Vietnam contre un peuple du tiers monde colonisé luttant pour son indépendance et sa dignité.

«Une constante semble nettement se dégager: un ancrage particulièrement marqué à droite, voire à l’extrême droite, un attrait aiguisé pour l’argent et les bénéfices, et un rigorisme moral à toute épreuve», relève Haoues Seniguer.

Dans le même ordre idée, sans vouloir porter le moindre jugement sur la vie libidineuse de son fils, Tariq Ramadan, mais le fait que les accusatrices soient des coreligionnaires à lui, et non de farouches partisans de laïcité, d’un anarchiste voire même d’un islamophobe d’extrême droite, a eu un impact dévastateur sur ce prédicateur, jadis objet d’un véritable engouement au sein de la population musulmane de l’Union européenne, désormais objet d’un opprobre quasi général au sein de sa communauté.

Mis en examen pour viols et agressions sexuelles dans deux affaires, Tariq Ramadan, 57 ans, a été mis en examen, le 13 février 2020, dans deux autres dossiers après son audition par les juges instructeurs.

Par la dérive du chef politique du Hamas Khaled Mecha’al, le parrainage des Frères Musulmans de Syrie par Bernard Henry Lévy, la déviance de Tareq Ramadan, la séquence dite du «printemps arabe» aura été fatale à la crédibilité de la confrérie, mettant brutalement un terme au magistère cinquantenaire de la dynastie Ramadan (Said, Tareq, Hani) au sein de l’Islam politique européen à laquelle l’Europe en a grandement contribué par son laxisme, en vendant son âme pour une poignée de dollars.

Soixante dirigeants islamistes résidaient en Europe occidentale depuis la guerre anti soviétique d’Afghanistan, dans la décennie 1980, où les djihadistes étaient gratifiés du titre de «combattants de la liberté» par le fourbe du Panshir, Bernard Henry Lévy, l’interlocuteur virtuel du Lion du Panshir, le commandant Massoud Shah. Quinze d’entre eux disposaient du statut de «réfugié politique», dans la plupart des pays européens, Royaume Uni, Allemagne, Suisse, Norvège, Danemark, Parmi eux figuraient notamment Ayman Al Zawahiri, actuel N0 1 d’Al Qaida et Abou Moussa’b As Soury (Syrie), alias Moustapha Abdel Kader Sitt Mariam), théoricien des «loups solitaires»

3 – L’ARABIE SAOUDITE, «CARREFOUR ARCHÉTYPAL DE TOUTES LES CONTRADICTIONS», OU LA THÉORIE DE LA SACRALITÉ MONARCHIQUE. ET DE LA «CARBON DEMOCRACY».

..… «Carrefour archétypal de toutes les contradictions et excès observables chez de nombreux musulmans politiquement engagés, ce royaume des ténèbres, est le «temple du despotisme dynastique, du littéralisme religieux, du consumérisme, du capitalisme et… de la piété !». Equarisseur du journaliste Jamal Khashoggi, chef de file de l’agression pétro monarchique contre le Yémen, auteur du piratage de la messagerie du milliardaire américain Jeff Bezos, patron d’Amazon et du Washington Post, le royaume fait l’objet d’une prosternation quasi générale des «grandes démocraties occidentales» en application de la théorie de la «Carbon Democracy».

Face à l’effet dominos du printemps arabe, les dictatures arabes ont développé un discours de propagande basé sur le concept de spécificité locale. L’Arabie saoudite, gardienne des lieux Saints, n’est pas l’Égypte. Le Roi du Maroc, commandeur des croyants, n’est pas la Tunisie de «l’époux de la coiffeuse». Avec une variante dictature kamikaze, au Bahreïn et au Yémen, se posant en dépassement du dilemme: Moi ou le chaos.

L’argument majeur de la propagande des dictatures monarchiques a reposé sur la sacralité du mandat du souverain, élu» par Dieu et gratifié de ses bienfaits, le pétrole, s’appuyant sur une culture politique religieuse de soumission critique au Gouverneur, même «injuste», par logique de stabilité de Dar Al islam (La maison de l’islam), face à Dar Al Kofr (le territoire des impies) ou Dar Al Harb (La maison de la guerre).

Arguant de la «légitimité religieuse» de son Roi, le Grand Mufti d’Arabie saoudite, Cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, a été le premier, en février 2011, à condamner les soulèvements dans les pays arabes, dénonçant le «chaos» programmé par les ennemis de l’islam en vue de diviser la Oumma.

Les Frères musulmans ont été le bras armé de ce Royaume. Son vecteur déstabilisateur. Nombreux sont les exemples des dérives de la confrérie et de son rôle subversif. Ainsi, la révolte des Frères Musulmans de Hama (Syrie) en Février 1982 est intervenue cinq mois avant l’invasion israélienne du Liban, en juin 1982, visant à propulser à la tête de la magistrature libanaise le chef phalangiste Bachir Gemayel, le massacreur des Palestiniens et des Musulmans. Dans une opération de diversion, son objectif était de détourner la Syrie des préparatifs guerriers israéliens.

De même le soulèvement populaire syrien a pris son envol à la suite d’un congrès tenu à Paris, en juillet 2011, sous le parrainage conjoint des Frères Musulmans de Syrie et Bernard Henry Lévy, le fer de lance médiatique de la propagande israélienne sur le théâtre européen.

Quelle indigence mentale que cette connivence entre les Frères Musulmans de Syrie et le plagiaire philosophe du botulisme qui a frappé d’emblée de discrédit l’opposition offshore pétro monarchique.

Enfin, Le Hamas, rompant sa solidarité militante avec l’axe de la résistance à l’hégémonie israélo-américaine dans la zone, se retournera contre la Syrie, son refuge pendant 14 ans, pour opérer un alignement sectaire sur les pétromonarchies sunnites, un geste qui a marqué un grand dévoiement de la pensée de la branche palestinienne de la confrérie.

La rupture entre la dynastie wahhabite et les Frères Musulmans interviendra dans la foulée du raid terroriste du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine. Pour se dédouaner aux yeux des Américains alors que 15 membres du commando terroriste étaient de nationalité saoudienne, les Wahhabites se débarrasseront, tels des laquais, de leurs sous-traitants, désormais encombrants. En quatre temps.

1 er temps : Incubateur absolu du djihadisme erratique takfiriste, le royaume prendra ses distances avec la Confrérie en les privant de subsides, conduisant les Frères musulmans à basculer son allégeance vers le petit wahhabiste le Qatar. Les FM constituait l‘ossature politique et militaire d’Al Qaida: L’aile politique d’Al Qaida était constituée par la branche égyptienne des «Frérots» autour d’Ayman Al Zawahiri et l’aile militaire par la branche syrienne autour de Mohamad Joulani.

La 2eme étape a été l’inscription de la confrérie sur la liste noire du terrorisme :

La 3eme, la mise en faillite du conglomérat Ben Laden, à l’origine des grands projets d’infrastructures du royaume au prétexte d’un accident d’une grue à la Mecque.

Enfin, la 4eme étape aura été la liquidation du journaliste Jamal Khashoogi, ancien porteur de valises de l’Arabie saoudite pour Al Qaida en Afghanistan, sous la supervision du chef des services de renseignements saoudiens, le prince Turki Ben Faysal, éliminant ainsi les témoins gênants de cette séquence. Pour rappel, le prince Turki est celui-là même qui, son forfait accompli, prône désormais une coopération entre le royaume wahhabite et Israël en conformité avec la stratégie américaine.

Indice de la duplicité de l’Arabie saoudite, si les Frères Musulmans font l’objet d’une criminalisation absolue et totale, exception est faite pour la branche yéménite de la confrérie, le Parti Al Islah, qui sert de chair à canon pour les wahhabites dans leur guerre contre les Houthistes

4 – HASSAN AL BANNA, UN CLONAGE IDÉOLOGIQUE DU PAKISTANAIS ABOU AL AL‘A AL MAUDUDI.

L’erreur majeure du plus ancien parti trans-arabe a été la confusion mentale dans laquelle il a baigné. Le fait notamment de n’avoir pas établi une claire démarcation entre la prophétie, qui est d’essence divine, et son interprétation, qui est une œuvre humaine, susceptible d’erreurs et d’interprétations diverses. Entre croyance, qui implique un acte de foi d’un fidèle envers son créateur en un rapport direct sans intermédiation, et la religion, qui constitue l’organisation politique de la communauté des croyants.

L’exemple le plus criant aura été son inclination au totalitarisme en ce que ce penchant totalitariste au sein des mouvements relevant de l’Islam politique est revenu, en premier lieu à un pakistanais, Abu Al Ala’ Al Maududi, premier islamiste du XX me siècle à prôner le retour au Jihad. Fondateur du parti pakistanais Jamaat-e-islami, ce théoricien fondamentaliste a envisagé la création d’un État Islamique Uni, fondé sur l’application rigoureuse de la loi religieuse (Charia).

Dans sa conception, un tel état devait être hégémonique, totalitaire sur les divers aspects de la vie. La Gouvernance d’Allah (Al Hakimiya) au Pakistan relevait de Dieu, le gouvernement se devant d’être fidèle à la Charia.

S’inspirant du modèle stalinien en vigueur en Union Soviétique, Maududi a substitué l’idéologie islamique à l’idéologie marxiste, érigeant, le premier, un «parti de Dieu» (Hezbollah) équivalent au parti communiste, de même que le Califat en guise de substitut au Secrétaire général du PC.

Les Frères Musulmans lui emboiteront le pas, adoptant la conception totalitaire du stalinisme pour l’appliquer à la religion musulmane. Hassan Al Banna, fondateur de la confrérie, répétait, tel un perroquet, les prescriptions de Maududi, affirmant que l’Islam est une soumission à Dieu, une obéissance au gouverneur, un livre saint, une épée. (CF. Hassan al Banna, «Mémoires de la prédication et du prédicateur», page 173.

«Les (Néo) Frères Musulmans Et Le Nouvel Esprit Capitaliste Entre Rigorisme Moral, Cryptocapitalisme Et Anticapitalisme». Si le titre de l’ouvrage peut paraitre laborieux pour un lecteur adepte d’une lecture sommaire, son décryptage est lumineux:

…. «Le capitalisme ou le nouvel esprit capitaliste (qu’il soit d’orientation néo-libérale ou libérale) est incontestablement un rouleau compresseur. Rien ne semble pouvoir l’arrêter ni même lui résister, y compris depuis les lieux saints de la religion musulmane en Arabie saoudite», assure Haoues Seniguer.

«L’Arabie saoudite est  le carrefour archétypal de toutes les contradictions et excès observables chez de nombreux musulmans politiquement engagés: temple du despotisme dynastique, du littéralisme religieux, du consumérisme, du capitalisme et… de la piété ! L’islam et les musulmans, même les plus résolument dogmatiques, théoriciens, activistes ou simples militants, n’échappent pas aux impitoyables griffes du Capital. Pis, ils sont généralement les servants relais, sinon serviles, conscients ou inconscients, d’une doxa capitalistique qui ne dit pas son nom.

«Souvent, les figures de l’islam étudiées, connues (à l’instar de Tareq Ramadan) ou moins connues, militent pour une offre religieuse «intégraliste», ouvertement antimoderne ou, de manière plus nuancée, critique de la modernité, au travers de certains effets jugés pervers du point de vue de la Loi religieuse.

«Mais tout en développant et entretenant en parallèle des attitudes et un imaginaire capitalistiques. Rares  alors sont ceux qui, parmi elles, adoptent une vision et un comportement radicalement anticapitalistes au nom d’une foi musulmane moins matérialiste que spirituelle.

«Des résistances s’organisent bon gré mal gré. Toutefois, de manière plus significative, l’adoption d’un ethos capitaliste, avoué ou non, ne signe en rien la fin de la critique politique, et encore moins la dissolution de l’idéologie islamiste et le triomphe d’un individualisme supposément émancipateur. «C’est sur la base d’un examen théorique et empirique de quelques personnalités du champ islamique national et arabe que cette réflexion se fonde en grande partie. «Une constante semble nettement se dégager: un ancrage particulièrement marqué à droite, voire à l’extrême droite, un attrait aiguisé pour l’argent et les bénéfices, et un rigorisme moral à toute épreuve!»

Pour toutes ces raisons, –la conclusion est l’œuvre du signataire de ce texte et non de l’auteur de l’ouvrage–, le plus ancien parti transnational du Monde arabe qui fut à son zénith au début du «printemps arabe», avec un président néo-islamiste en Egypte (Mohamad Morsi), un co pilotage de la Tunisie dans une alliance contre nature entre An Nahda, la branche tunisienne de la confrérie et une figure de proue à de l’opposition à la dictature Ben Ali, Mouncef Marzouki, se retrouve au nadir de sa popularité au terme de cette séquence, criminalisé par son ancien parrain saoudien…objet d’une détestation inexpiable d’une large fraction de la population de l’ensemble arabe, pour son rôle ravageur dans le naufrage du Monde arabe.

Haoues Seniguer est maître de conférences en science politique à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle, UMR 5206, Lyon. Il est spécialiste de l’islamisme et mène des travaux sur les rapports entre islam et politique en contexte arabe et français.

Table des matières

Partie I: L‘islamisme est-il capitalistophile?

Chapitre I:   Une définition difficile
Chapitre 2: Se départir d’une disqualification a priori des acteurs musulmans politisés
Chapitre 3: La rencontre inattendue entre esprit islamiste et esprit capitaliste protestant

Partie II: Des profils diversifiés. Un anticapitalisme affirmé

Chapitre 4: Entre Islamisme, néo-islamisme, altermondialisme
Chapitre 5: Un rapport ambivalent à l’esprit capitaliste
Chapitre 6 : Un néo Frère musulman critique radical de l’économie moderne en général, le cas de Yamin Makri

Partie III: Un anticapitalisme sélectif: Entre chasse au vice de «marché» et promotion du bien-être/ bien-vivre.

Chapitre 7: Ni de droite, ni de gauche, à droite toute…Nabil Nasri
Chapitre 8: La touche philosophique à l’anticapitalisme ou le «crypto capitalisme» de Soufiane Meziani
Chapitre 9: le triomphe malgré tout du «nouvel esprit» capitaliste

Partie IV : Entre Anticapitalisme militant et pragmatisme critique.

Chapitre 10: De l’extrême gauche à un islam politisé: Abdel Aziz Chaambi.
Chapitre 11: Des études islamiques chez les Frères musulmans aux études en économie à l’Université Habibn Chfiri.

Partie V: Déconstruire le paradigme capitalistique musulman intégraliste

Chapitre 12: Critique sans concession de l’éthos musulman contemporain et des effets capitalistiques au cœur des mondes de l’Islam. Reda Benkirane
Chapitre 13: Le burkini, un produit «religieux» contradictoire de la modernité capitalistique.
Chapitre 14: Accuser le capitalisme de tous les maux, sauf en certains endroits du monde. Le cas de Yanis Mahil.
Chapitre 15: La Malaisie, un exemple ce capitalisme moral.

CONCLUSION.

Les (Néo) Frères Musulmans Et Le Nouvel Esprit Capitaliste Entre Rigorisme Moral, Cryptocapitalisme Et Anticapitalisme: Un ouvrage de Haoues SENIGUER – Editions Le Bord de l’Eau. Collection Documents dirigée Par Jean Luc Veyssy. ISBN 978 235 687 6836 Prix 18 euros

Pour aller plus loin sur ce thème

Les Frères Musulmans, un vestige de la guerre froide- un papier en trois volets.https://www.madaniya.info/2014/12/17/la-confrerie-des-freres-musulmans-un-vestige-de-la-guerre-froide1/

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