Photo du Centre Culturel Français de Deir el Qamar. Crédit Photo: Francois el Bacha pour Libnanews.com
Photo du Centre Culturel Français de Deir el Qamar. Crédit Photo: Francois el Bacha pour Libnanews.com

En cette première journée internationale du pardon décrétée par l’ONU, il y aurait tellement de choses à dire quand on vit au Liban, tellement de choses à pardonner. Mais pour autant, pour pardonner, il faut savoir qu’on a fauté, ce qui est loin d’être le cas.

À lire un manuel d’Histoire du Liban – ce qu’en général, peu aiment faire et pour cause, non pas que l’Histoire du Pays n’est pas fascinante mais qu’elle amène à une introspection sur l’attitude d’un peuple – , on assiste à un déferlement d’évènements funestes sur lesquels le Liban s’est construit.

On pardonne, on oublie et on oublie même de faire notre devoir de mémoire et d’en apprendre les leçons pour ne pas recommencer.

Ainsi, les massacres de 1841 commis par les druzes à l’encontre des chrétiens ont amené à une première intervention militaire occidentale, ceux de 1861, entre druzes alliés aux sunnites contre les chrétiens, ont amené à la création de la Moustassarifiat, puis l’épisode de la Grande Famine qui aura paradoxalement amené à l’installation durable d’une composante aujourd’hui du Liban à savoir la communauté arménienne, et qui a abouti au processus de création du Grand Liban lui-même, dont on célèbre le centenaire cette année, la mini-guerre de 1958 puis à la grande guerre civile de 1975 à 1990 que beaucoup d’entre nous ont pourtant vécu…

Et pourtant, nous tournons rapidement à chaque fois la page et sous le prétexte du pardon, nous oublions.

C’est une erreur et cela est la principale raison à la litanie des massacres.

Souvent on peut être choqué de voir des criminels de guerre jouer un rôle politique si important aujourd’hui au Liban et dépit de tous les crimes connus et publics qu’ils ont commis durant la guerre civile. Le principal problème a été la loi d’amnistie au sortir de la guerre civile, qui a été une loi d’amnésie permettant à chacun d’entre eux, de retourner librement dans son fief pour enlever son costume de guerre et enfiler un costume d’homme politique, de parlementaire ou même de ministre au détriment par exemple des victimes elles-mêmes.

Il est choquant de voir ces derniers défiler à chaque ouverture de session parlementaire quand les familles des disparus de la guerre civile, dossiers dans lesquels ils sont généralement impliqués, demeurent jusqu’à présents irrésolus en dépit de l’adoption d’une loi, le 13 novembre 2018. Si l’application de cette loi demeure pour l’heure lettre morte, il faut avouer que la principale raison est que les partis politiques qui s’y sont opposés au parlement sont justement issus de milices impliquées dans la disparition de nombreuses personnes durant la guerre civile.
Au Liban, on pardonne un peu trop facilement. Pour être pardonné, il faut déjà avoir avoué avoir commis un crime, chose qui est loin d’être le cas avec la loi d’amnésie. Si la loi d’amnistie avait été réellement juste, ces personnes auraient été les premiers à être écartés de toute représentation nationale.

Le bon modèle qui aurait du prévaloir n’aurait pas été celui de l’oubli pour le pardon mais celui des aveux pour être pardonné, comme cela fut le cas en Afrique du Sud avec la commission menée à l’époque par Desmond Tutu. Nous manquons ainsi à notre devoir de mémoire envers chacune des 100 000 victimes de la guerre civile.

De même, une des dernières polémiques a été celle concernant le discours du Président de la République, le Général Michel Aoun, qui a rappelé la responsabilité de l’Empire Ottoman dans ce qu’on appelle la Grande Famine.
Dans une attitude chrétienne, cette communauté a passé outre la disparition d’un tiers de ses membres lors de la Grande Famine au bénéfice de quelques pendus par les Ottomans de la Place des Canons parce qu’ils appartenaient symboliquement à la fois aux communautés chrétiennes et musulmanes, parce qu’il y avait une union dans la douleur.
Quelle n’a pas été la grande déception de voir des manifestations à Tripoli par exemple, en soutien à Ankara, comme s’il s’agissait de prêter allégeance à la Sublime Porte comme autrefois, comme si, 100 ans après la création du Grand Liban, la notion même d’Etat n’est pas aujourd’hui même, une chose consensuelle.

La raison en est très simple. Notre approche de l’histoire du Pays est faussée parce qu’en l’absence d’Histoire officielle commune, chacune des parties prenantes est libre de réécrire la séquence des évènements à son avantage.

Et pour cause, notre processus est faussé parce que nous avons mélangé les notions de pardon avec celles de l’oubli. Pour pardonner, il faut connaitre et non oublier.

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