Les derniers évènements de Syrie sont quelque peu troublants et méritent qu’on les aborde avec prudence voir méfiance pour les raisons que je détaillerais ici, les manifestants de Daraa utilisent des slogans rappelant ceux des Frères Musulmans dans les années 70 et 80 et le régime de Damas semblait être immunisé via le conflit israélo-arabe, chose que les troubles semblent démentir.

On ne peut que déplorer l’absence de grille de lecture correcte dans l’analyse de ces manifestations et donc en déduire plusieurs scénarios.

Scénario 1: Il s’agit d’un élan réellement démocratique, méfiance à ce niveau là: Tout comme en Egypte où les manifestants de la place Tahrir demandaient un report du référendum en raison de l’absence d’opposition valable hors celle des Frères Musulmans, le cas de la Syrie semble être similaire. L’opposition « laïque » a été depuis longtemps décapitée par le régime syrien. Les médias occidentaux d’ailleurs font silence des slogans des Frères Musulmans à Daraa.

Scénario 2: Il s’agit « d’une contre attaque » de l’Arabie Saoudite face aux évènements qui ont actuellement lieu à Bahreïn ou au Yémen ou l’Iran est accusée d’être impliquée dans les manifestations contre la monarchie régnante sunnite à tendance « wahhabite modérée » ou un régime présidentiel mené par un allié de longue date de Riad.

Scénario 3: En quelque sorte lié au scénario 2, il s’agit en fait du symptôme de l’antagonisme entre sunnites contre le reste des religions du Moyen-Orient, à savoir le Chiisme, voir les chrétiens et les druzes. Il faut noter que, même si Daraa héberge une petite communauté druze, le centre des manifestations se déroule dans les quartiers sunnites. Il faut également noter les slogans anti-Hezbollah et anti-iraniens qui appuient en fait ce scénario. Il faut finalement rappeler l’intervention de l’Arabie Saoudite directement sur la scène Bahreïnie face aux manifestants chiites ou encore la livraison par l’armée saoudienne de 400 tanks aux autorités yéménites qui avaient déjà fait face à l’insurrection des rebelles houtis chiites l’année dernière et le bombardement par l’aviation saoudienne des localités de ces derniers.

Toujours est-il qu’il est  bon de rappeler le précédent de Hama en 1982, qui s’était soldé par une répression sanglante menée par Rifaat el Assad qui dirigeait les troupes par Khaddam, gouverneur de la ville, et par Assad Père. Nul doute qu’il n’est pas dans l’intérêt ni du Liban, ni d’Israël d’ailleurs ou de doute minorité religieuse de voir débarquer du jour au lendemain une république islamique en Syrie, ce qui milite en faveur non pas d’une intervention contre la Syrie comme ce qui se passe en Libye, et d’où également le gêne de l’ancienne majorité libanaise du 14 Mars et de la nouvelle majorité actuelle, c’est à dire de la coalition Amal-CPL-Hezbollah à s’exprimer sur ces évènements. Il faut également rappeler que suite à la répression de Hama, de nombreux militants islamistes s’étaient réfugiés au Liban, ils sont allés jusqu’à vouloir créer un émirat islamique en 1984, ce qui a motivé l’attaque syrienne sur Tripoli à l’époque. Le relent qu’on a eu avec le Fatah al Islam en 2007 d’un Emirat Islamique peut nous rappeler que de tels objectifs existent toujours, fort malheureusement.

Face à ces inconnues, les libanais devraient resserrer les rangs, et éviter que les scénarios précédents entrainent le Pays des Cèdres dans la tourmente via les dangers d’une déstabilisation sectaire entre chiites et sunnites, ou l’émergence d’une république islamique, non pas que le régime syrien actuel, à savoir celui de Bachar el Assad soit une panacée mais qu’il représente encore risque moindre dans cette période trouble, que les 3 risques précédemment cités, en l’absence d’un mouvement réellement démocratique en Syrie.

2 COMMENTAIRES

  1. Agiter la menace islamiste, supposée inéluctable en dehors du cadre d’une dictature tribale, c’est mépriser la volonté du peuple martyr qui a démontré en Tunisie, en Egypte, en Lybie et en Syrie sa volonté de démocratie et son besoin de liberté.

    Les maghrébins et les orientaux sont déterminés à reprendre les affaires étatiques en main. Ils ont prouvé qu’ils sont prêts au sacrifice ultime pour gagner la liberté. Et la liberté, c’est la démocratie.

    Bien sûr, les islamistes, opportunistes, rêvent de voler le pouvoir et de récolter les fruits de la révolution. Mais la volonté du peuple les en empêchera.

    A choisir entre une tyrannie sanguinaire et un islamisme également sanguinaire, les arabes ont montré leur choix : ils veulent la liberté, la démocratie, la dignité !

    Vive le peuple !

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