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Les forces israéliennes multiplient depuis plusieurs jours les dynamitages de maisons et d’infrastructures dans les villages du sud du Liban, prolongeant une pratique documentée depuis l’offensive terrestre de 2024. Les 25 et 26 août, de nouvelles destructions ont été signalées notamment à Majdal Zoun, Ainata, Zawtar al-Sharqiya, Doubeih et dans le secteur de Bint Jbeil. Certaines informations évoquent des villages presque entièrement détruits, mais aucun élément suffisamment vérifié ne permet d’affirmer qu’une localité entière a été rasée en une seule opération cette semaine. Le précédent de Dhayra montre toutefois l’ampleur que peuvent atteindre ces destructions : Amnesty International y a recensé par satellite 264 bâtiments détruits, soit 71 % des constructions de la municipalité, entre octobre 2024 et janvier 2025. La campagne actuelle intervient alors que les autorités libanaises accusent Israël de transformer progressivement la bande frontalière en territoire inhabitable.
Les dynamitages se multiplient depuis le 25 août
La séquence actuelle s’est accélérée mardi 25 août. Plusieurs explosions ont été signalées dans les villages et secteurs proches de la frontière, parallèlement aux bombardements aériens, aux tirs d’artillerie et aux mouvements de véhicules militaires israéliens.
À Ainata, dans le caza de Bint Jbeil, des opérations de destruction ont été rapportées alors que l’artillerie israélienne frappait le secteur occidental de la localité. Des explosions ont également été entendues autour de Haris et de Sarbine. Plus au nord, un important dynamitage a été signalé à Zawtar al-Sharqiya, dans le caza de Nabatiyé.
À Doubeih, sur les abords occidentaux de Mais al-Jabal, dans le caza de Marjayoun, les forces israéliennes ont utilisé des explosifs pour démolir plusieurs constructions. Des véhicules militaires circulaient parallèlement à Houla et Markaba, ainsi que depuis Taybeh en direction de Qantara.
Le lendemain, mercredi 26 août, la campagne s’est poursuivie. Un nouveau dynamitage a notamment été rapporté à Majdal Zoun, dans le caza de Tyr. Des explosions et des opérations de ratissage ont également concerné Sarbine et d’autres secteurs de Bint Jbeil.
Ces opérations ne correspondent donc pas à un événement unique. Elles forment une succession de destructions réparties sur plusieurs villages et plusieurs jours.
Peut-on parler d’un village entier rasé cette semaine ?
La prudence est indispensable sur ce point. Les images de bâtiments détruits et les informations faisant état d’explosions massives peuvent donner l’impression qu’un village entier a été dynamité en quelques heures. Mais les informations actuellement disponibles pour les 25 et 26 août ne permettent pas d’établir qu’une localité entière a disparu au cours d’une opération unique.
Plusieurs villages ont en revanche subi des destructions successives. Dans certains cas, celles-ci s’ajoutent à des dégâts déjà considérables provoqués au cours des semaines ou mois précédents. Le résultat cumulé peut donc être celui d’un village largement détruit sans qu’il existe une date unique à laquelle l’ensemble de ses bâtiments aurait été dynamité.
Cette distinction est importante. Elle ne réduit pas l’ampleur des destructions, mais permet d’éviter une affirmation impossible à démontrer. Les opérations israéliennes documentées montrent plutôt une méthode répétitive : prise ou contrôle d’un secteur, pose d’explosifs dans des bâtiments, dynamitage, utilisation de bulldozers et poursuite des destructions lors d’opérations ultérieures.
C’est précisément ce processus qui avait été observé lors de la précédente phase de la guerre.
Dhayra : 71 % des bâtiments détruits
Le cas de Dhayra, dans le caza de Tyr, constitue l’un des exemples les mieux documentés. En octobre 2024, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrait une gigantesque explosion détruisant simultanément un ensemble de bâtiments. Certaines publications israéliennes présentaient alors les images comme celles de « l’explosion d’un village entier au Liban ».
Amnesty International a par la suite authentifié et géolocalisé les images. L’organisation a établi qu’elles avaient été filmées à Dhayra. Son analyse d’images satellitaires a ensuite permis de mesurer l’ampleur des destructions accumulées dans la municipalité.
Entre octobre 2024 et janvier 2025, 264 bâtiments ont été détruits à Dhayra. Cela représentait 71 % de l’ensemble des structures de la municipalité, selon l’analyse publiée par Amnesty.
Le chiffre ne signifie pas que les 264 bâtiments ont explosé au même instant. Il montre en revanche qu’une très large majorité du tissu bâti de la localité a disparu pendant la période où les forces israéliennes contrôlaient ou opéraient dans ce secteur.
Dhayra constitue donc un précédent essentiel pour comprendre les dynamitages actuellement observés. La destruction d’une localité peut résulter d’une succession d’explosions et de démolitions plutôt que d’une seule détonation spectaculaire.
Kfar Kila parmi les localités les plus dévastées
Dhayra n’est pas un cas isolé. Les analyses satellitaires réalisées après la guerre de 2024 ont montré des destructions massives dans plusieurs villages frontaliers, notamment Kfar Kila.
Amnesty International a recensé 897 structures détruites à Kfar Kila, soit environ 36 % des bâtiments de la municipalité, dans la période étudiée. La destruction ne résultait pas uniquement des combats. Des bâtiments ont également été démolis après l’installation des forces israéliennes dans le secteur.
À Maroun al-Ras, autre village particulièrement exposé, l’organisation a recensé 700 structures détruites, représentant environ 31 % du bâti. Une partie des destructions avait été provoquée par des bulldozers et des explosions contrôlées.
Aïta al-Chaab a elle aussi subi des dégâts considérables. Les destructions y ont touché des centaines de bâtiments, avec des quartiers entiers transformés par les bombardements et les opérations terrestres.
Ces données montrent que les dynamitages actuels ne constituent pas une méthode apparue au mois d’août 2026. Ils prolongent une pratique déjà observée et documentée à grande échelle dans les villages frontaliers.
Des destructions après la fin des combats les plus intenses
L’un des éléments les plus sensibles concerne la chronologie. Une partie des destructions documentées en 2024 et 2025 s’est produite alors que les forces israéliennes contrôlaient déjà les zones concernées et que les combats directs avaient diminué.
Cette différence est importante au regard du droit international humanitaire. La destruction d’un bâtiment au cours d’un combat peut être justifiée dans certaines circonstances par une nécessité militaire. La destruction systématique de biens civils dans une zone sous contrôle militaire soulève des questions juridiques différentes.
Amnesty International a estimé que certaines destructions observées dans le sud du Liban devaient faire l’objet d’enquêtes pour déterminer si elles constituaient des violations du droit international humanitaire, voire des crimes de guerre. L’organisation a notamment examiné les démolitions réalisées au moyen d’explosifs et de bulldozers.
Israël affirme pour sa part que ses opérations visent les infrastructures militaires du Hezbollah et qu’elles répondent à des impératifs de sécurité. L’armée israélienne soutient que le mouvement libanais a implanté des infrastructures militaires dans ou à proximité des zones civiles du Sud.
La question juridique dépend donc de chaque destruction : nature du bâtiment, utilisation éventuelle à des fins militaires, situation au moment de sa démolition et existence ou non d’une nécessité militaire impérative.
Zawtar al-Sharqiya, nouvelle illustration en août
Les opérations menées en août 2026 montrent que cette question reste pleinement actuelle. À Zawtar al-Sharqiya, les forces israéliennes ont procédé à des destructions touchant des infrastructures civiles dans un secteur où l’armée libanaise devait se déployer.
L’armée libanaise a elle-même dénoncé en août la destruction du bâtiment municipal, d’une école, d’un dispensaire, d’une garderie et de plusieurs habitations dans la localité. Elle a estimé que ces opérations entravaient son déploiement et retardaient le retour des habitants.
Cette accusation est particulièrement importante car elle ne provient pas uniquement de responsables politiques ou d’associations. L’institution militaire libanaise considère directement que les destructions israéliennes compromettent l’application des arrangements sécuritaires.
Le problème dépasse donc celui du patrimoine immobilier. Lorsqu’une municipalité, une école ou un dispensaire disparaissent, c’est la capacité même d’un village à retrouver une vie normale qui est affectée.
Mais al-Jabal et les villages de la frontière
Mais al-Jabal constitue un autre exemple de l’accumulation des destructions. Le village et ses abords ont subi des bombardements répétés depuis le début du conflit. Les opérations de cette semaine à Doubeih, sur sa périphérie occidentale, montrent que les démolitions se poursuivent.
La situation est comparable dans plusieurs localités de Bint Jbeil et Marjayoun. Houla, Markaba, Ainata, Aïta al-Chaab, Yaroun, Maroun al-Ras et Kfar Kila ont été touchées à des degrés différents depuis octobre 2023.
Dans certaines zones, la destruction du bâti s’accompagne désormais de restrictions de circulation. Les habitants de Rmeich, Debel et Aïn Ebel doivent notamment utiliser des convois organisés pour rejoindre leurs villages ou en sortir, en raison de la présence militaire israélienne dans les secteurs environnants.
La bande frontalière présente ainsi une géographie fragmentée. Certaines localités restent habitées mais isolées, d’autres sont partiellement détruites et d’autres encore demeurent sous contrôle militaire ou difficiles d’accès.
Les bulldozers complètent les dynamitages
Les explosifs ne constituent qu’une partie des moyens utilisés. Des bulldozers israéliens ont également été observés en train de détruire des bâtiments, d’ouvrir des voies ou de bouleverser les terrains dans plusieurs localités.
Ces opérations concernent aussi la végétation. Des arbres et des vergers ont été arrachés dans les secteurs contrôlés par l’armée israélienne. En août, les informations officielles libanaises ont notamment fait état de 600 oliviers déracinés dans un seul village.
La combinaison entre dynamitage, bulldozage et incendies transforme davantage le territoire que la seule destruction des maisons. Elle touche simultanément le logement, les terres agricoles et les infrastructures nécessaires à la reprise de la vie économique.
Cette réalité nourrit les accusations libanaises selon lesquelles les opérations ne viseraient pas uniquement des objectifs militaires précis mais contribueraient à créer une bande frontalière largement vidée de ses habitants et de ses constructions.
16 000 hectares de terres brûlées depuis 2023
Les destructions immobilières doivent en effet être rapprochées des dommages environnementaux. Le Conseil national de la recherche scientifique libanais estime à 160 kilomètres carrés, soit 16 000 hectares, la superficie brûlée en raison des activités militaires israéliennes depuis octobre 2023.
Environ la moitié de ces surfaces seraient agricoles. Le CNRS estime qu’environ 8 500 hectares avaient brûlé pendant la guerre de 2023-2024 et que 7 500 hectares supplémentaires ont été touchés depuis la reprise du conflit en 2026.
Même après l’accord conclu en juin, environ 350 hectares supplémentaires auraient brûlé. Des incendies ont encore été signalés cette semaine dans des champs et des oliveraies à proximité des secteurs soumis aux opérations israéliennes.
Les images satellitaires montrent parallèlement des surfaces dont la végétation a disparu à la suite de bulldozages ou d’arrachages. Le bilan environnemental dépasse donc les seuls 16 000 hectares brûlés.
Nawaf Salam parle de « terre brûlée »
Face à l’accumulation de ces destructions, le premier ministre Nawaf Salam a accusé Israël de mener une « politique de la terre brûlée » dans le sud du Liban. La ministre de l’Environnement, Tamara Elzein, a pour sa part employé le terme d’« écocide » pour qualifier les dommages infligés aux terres et aux écosystèmes.
Le directeur du CNRS, Chadi Abdallah, a également accusé Israël de brûler systématiquement les terrains afin de créer une zone tampon débarrassée des habitations, des populations et de l’environnement naturel. Cette accusation exprime la principale crainte des autorités libanaises : voir émerger au sud de la frontière une bande de territoire matériellement difficile à réhabiter.
Israël rejette cette interprétation. Son armée affirme tenir compte de l’impact environnemental de ses opérations et prendre des mesures destinées à réduire les dommages causés aux civils et à l’environnement. Elle présente ses destructions comme liées à la neutralisation des infrastructures du Hezbollah et à la protection de ses forces.
L’opposition entre les deux récits porte donc autant sur l’intention que sur les destructions elles-mêmes. L’étendue des dégâts peut être mesurée par satellite ; déterminer pourquoi chaque bâtiment a été détruit nécessite une analyse spécifique.
Une « zone de sécurité » d’environ dix kilomètres
Le contexte a changé depuis la reprise de l’offensive israélienne en 2026. Israël maintient désormais une présence militaire dans une bande qu’il présente comme une « zone de sécurité », s’étendant par endroits sur environ dix kilomètres à l’intérieur du territoire libanais.
C’est dans ou autour de cette zone que se concentrent une grande partie des dynamitages, incendies et mouvements terrestres actuels. Les habitants de plusieurs villages ne peuvent plus accéder librement à leurs propriétés, tandis que les pompiers et équipes de secours doivent parfois attendre une coordination avant d’intervenir.
Cette situation permet également aux forces israéliennes d’effectuer des opérations de démolition dans des secteurs où les affrontements directs sont limités. C’est précisément cette différence entre destruction au combat et destruction dans une zone contrôlée qui alimente les critiques juridiques.
Pour le Liban, cette bande reste intégralement située sur son territoire. Le gouvernement réclame donc le retrait des forces israéliennes et le déploiement de l’armée libanaise conformément aux arrangements négociés.
Des villages difficiles à reconstruire même après un retrait
L’enjeu des dynamitages apparaît pleinement lorsqu’on envisage le retour des habitants. Un retrait militaire ne suffira pas à rendre immédiatement habitables les villages dont les maisons, écoles, dispensaires, réseaux et terres agricoles ont été détruits.
Dhayra en fournit l’exemple le plus spectaculaire avec 71 % du bâti détruit. Kfar Kila et Maroun al-Ras présentent eux aussi des niveaux de destruction considérables. Dans ces localités, la reconstruction devra porter sur des quartiers entiers et non sur quelques bâtiments isolés.
Les terres agricoles constituent un problème supplémentaire. Une maison peut théoriquement être reconstruite en quelques mois ou quelques années si les financements existent. Un olivier adulte ou un verger détruit nécessite beaucoup plus de temps pour retrouver son niveau de production.
Les destructions actuelles ont donc un effet qui dépasse largement leur date d’exécution. Chaque dynamitage supplémentaire augmente le coût financier du retour et prolonge le délai nécessaire à la restauration d’une vie locale normale.
Les précédents donnent leur sens aux explosions d’août
C’est pourquoi les explosions signalées cette semaine à Majdal Zoun, Ainata, Zawtar al-Sharqiya, Doubeih et dans le secteur de Bint Jbeil ne peuvent être considérées comme une simple succession d’incidents indépendants.
Prises isolément, elles correspondent à des opérations locales. Replacées dans la chronologie depuis 2024, elles prolongent une méthode de destruction déjà documentée dans plusieurs villages frontaliers : dynamitage de groupes de bâtiments, bulldozage, destruction d’infrastructures et transformation progressive du paysage.
Il serait donc prématuré d’affirmer qu’Israël a « rasé un village entier » le 25 ou le 26 août 2026. Ce qui peut être établi est différent et plus précis : des villages libanais continuent d’être méthodiquement détruits, parfois bâtiment après bâtiment et parfois par explosions simultanées, alors que certains avaient déjà perdu une part considérable de leur tissu urbain au cours des phases précédentes du conflit.
Le précédent de Dhayra donne la mesure du phénomène : 264 bâtiments et 71 % de la municipalité détruits. Les opérations des derniers jours posent désormais une question concrète aux autorités libanaises et aux organismes internationaux chargés de surveiller la situation : combien de bâtiments supplémentaires auront disparu lorsque l’accès aux villages permettra enfin d’établir un nouveau bilan satellitaire complet ?


