Les forces israéliennes ont poursuivi et élargi mercredi 26 août leurs opérations militaires dans le Liban-Sud, combinant frappes aériennes, tirs d’artillerie, dynamitages et incendies de maisons dans plusieurs localités. Majdal Zoun, Mansouri, Beit al-Sayyad, Sarbine et Hadatha figurent parmi les secteurs touchés, tandis qu’un drone israélien piégé a explosé au-dessus de Mansouri et qu’un char Merkava a tiré plusieurs obus vers cette localité. Des drones ont également survolé à basse altitude la banlieue sud de Beyrouth. Cette nouvelle journée de tension intervient alors qu’une importante délégation économique des Émirats arabes unis arrive dans la capitale pour deux jours de rencontres consacrées aux investissements et à la coopération avec le Liban.
Frappes et artillerie dès les premières heures au Liban-Sud
L’activité militaire israélienne a repris dès la nuit et les premières heures de mercredi dans plusieurs secteurs du Liban-Sud. Des explosions ont notamment été signalées aux abords de Sarbine, dans le caza de Bint Jbeil, accompagnées d’opérations de ratissage. Les périphéries de Hadatha ont également subi des tirs intermittents de l’artillerie israélienne au lever du jour.
Les opérations se sont poursuivies dans plusieurs secteurs au cours de la journée. Des frappes et des tirs ont été signalés dans une zone déjà fortement exposée aux opérations israéliennes au cours des jours précédents. Cette activité s’inscrit dans une séquence continue plutôt que dans une reprise isolée des bombardements : mardi 25 août, les opérations avaient déjà concerné les cazas de Tyr, Marjayoun, Bint Jbeil et Nabatiyeh.
La veille, des frappes avaient notamment touché le secteur compris entre les hauteurs d’Ali al-Taher et la colline de Dabcheh, aux abords de Nabatiyeh al-Fawqa. Une autre frappe avait visé Dohat Kfar Roummane, tandis que des tirs d’artillerie et des mouvements terrestres étaient signalés dans plusieurs villages frontaliers.
Mansouri visée par un drone piégé et un char Merkava
Mansouri, au sud de Tyr, a de nouveau été au centre des opérations mercredi. Un drone israélien piégé a explosé dans le ciel de la localité. Un char Merkava a parallèlement tiré plusieurs obus en direction du village, selon les informations rapportées dans la journée.
La localité subit depuis plusieurs jours une pression militaire importante. Des bombardements, explosions et mouvements de blindés y avaient déjà été signalés au cours de la semaine précédente. Le 22 août, Mansouri et ses environs avaient notamment été soumis à des tirs d’artillerie lourde en même temps que Majdal Zoun et Beit al-Sayyad.
Les opérations du 26 août confirment ainsi la persistance d’une activité militaire dans ce secteur du caza de Tyr. Les moyens employés alternent entre frappes aériennes, artillerie, drones, chars et opérations de destruction menées directement au sol.
Cette combinaison rend la situation particulièrement difficile pour les civils encore présents ou souhaitant accéder à leurs propriétés. Elle complique également l’évaluation immédiate des dégâts, certains secteurs restant difficiles d’accès en raison de la présence israélienne.
Des maisons incendiées à Beit al-Sayyad
Les forces israéliennes ont également incendié des habitations à Beit al-Sayyad mercredi. Cette localité avait déjà subi d’importantes destructions au cours des jours précédents, lors d’opérations combinant bombardements et dynamitages.
Le 22 août, les informations provenant du terrain faisaient état d’une destruction particulièrement étendue dans le village. Les bombardements et explosions avaient touché les habitations au point que les comptes rendus de l’époque indiquaient qu’aucune maison n’avait été épargnée par les dégâts.
Les incendies signalés mercredi prolongent donc un processus de destruction déjà engagé. Dans plusieurs localités du Sud, les opérations israéliennes ne consistent plus uniquement à frapper des positions ou des objectifs ponctuels. Elles affectent directement le bâti résidentiel et les conditions nécessaires au retour des populations.
Cette évolution constitue l’un des principaux sujets de préoccupation des autorités libanaises. L’armée libanaise avait déjà dénoncé, le 12 août, des destructions d’infrastructures civiles et de maisons, estimant que les opérations israéliennes empêchaient son déploiement et retardaient le retour des habitants dans leurs villages.
Nouveau dynamitage à Majdal Zoun
À Majdal Zoun, dans le caza de Tyr, les forces israéliennes ont procédé mercredi à une nouvelle opération de dynamitage. Des frappes aériennes ont également été rapportées dans cette localité au cours de la journée.
Majdal Zoun apparaît régulièrement dans les comptes rendus des opérations israéliennes depuis plusieurs semaines. Des explosions, tirs et destructions y avaient déjà été signalés les 13, 14, 20 et 22 août. La répétition de ces opérations montre que le village se trouve dans l’un des secteurs où l’activité militaire israélienne reste particulièrement soutenue.
Les destructions ne sont pas limitées aux habitations. Les zones environnantes ont également été touchées par des tirs, des explosions et des opérations affectant les terrains et la végétation. Cette situation s’inscrit dans un phénomène plus large de dégradation de la bande frontalière.
Le recours répété au dynamitage constitue désormais une caractéristique majeure de cette phase du conflit. Il permet de détruire entièrement des bâtiments ou des groupes de constructions sans recourir uniquement à des frappes aériennes. Pour les villages concernés, ces opérations rendent la perspective d’un retour dépendante d’un futur chantier de reconstruction.
Sarbine et Hadatha sous pression
Dans le caza de Bint Jbeil, Sarbine a également été touchée par des opérations israéliennes. Des explosions ont été signalées à ses abords, parallèlement à des tirs de ratissage. Hadatha a pour sa part subi des tirs d’artillerie intermittents dès les premières heures de la journée.
Ces deux localités avaient déjà été concernées par les opérations précédentes. Hadatha, Beit Yahoun et Aïta al-Jabal avaient notamment été secouées par des explosions dans la nuit du 21 au 22 août. Des tirs de mitrailleuses avaient également visé les vallées environnantes.
La répétition des mêmes opérations dans les mêmes secteurs montre que la pression militaire n’a pas diminué de manière durable malgré les arrangements politiques conclus au début de l’été. Elle se déplace entre plusieurs localités, avec des périodes d’intensification successives.
Le 25 août, le caza de Bint Jbeil avait déjà été touché à Ainata et Beit Lif. Des mouvements de véhicules militaires et des opérations de ratissage avaient également été rapportés. Le bilan des deux dernières journées dessine ainsi une continuité géographique entre les secteurs de Bint Jbeil, Nabatiyeh, Marjayoun et Tyr.
Des drones à basse altitude au-dessus de la banlieue sud
L’activité aérienne israélienne ne s’est pas limitée au Sud. Mercredi matin, des drones ont survolé à basse altitude la banlieue sud de Beyrouth.
Aucune frappe n’a été rapportée dans ce secteur dans les informations disponibles au moment du point de 18 heures. Le survol constitue néanmoins un élément notable compte tenu de la sensibilité de la banlieue sud, où le Hezbollah dispose historiquement d’une forte implantation politique et sociale.
Les drones israéliens survolent régulièrement différentes régions du Liban. Leur présence au-dessus de la capitale intervient toutefois au cours d’une journée marquée par une activité militaire soutenue dans le Sud, ce qui renforce la perception d’une pression israélienne exercée simultanément sur plusieurs zones.
À 18 heures, les opérations les plus importantes documentées restent néanmoins concentrées dans le Liban-Sud. Aucun élément vérifié ne permet à ce stade d’associer le survol de la banlieue sud à une opération militaire supplémentaire.
Une escalade malgré l’accord du 26 juin
Les opérations du 26 août interviennent exactement deux mois après l’accord-cadre conclu le 26 juin sous médiation américaine. Celui-ci prévoit notamment un retrait progressif des forces israéliennes des territoires libanais occupés, parallèlement au déploiement de l’armée libanaise et au traitement de la question des groupes armés.
Deux mois plus tard, la situation sur le terrain reste cependant très éloignée d’une normalisation. Israël maintient une présence militaire dans certaines parties du territoire libanais et poursuit des frappes, des bombardements et des opérations de démolition.
L’armée libanaise affirme que cette situation entrave son propre déploiement. Elle avait notamment dénoncé en août la destruction par les forces israéliennes du bâtiment municipal, d’une école, d’un dispensaire, d’une garderie et de plusieurs maisons à Zawtar al-Sharqiya.
Pour Beyrouth, le retrait israélien reste donc une condition centrale de la stabilisation. Les destructions accumulées créent cependant un second problème : même après un retrait, plusieurs localités auront besoin d’importants travaux avant de permettre un retour normal de leurs habitants.
Incendies et destructions transforment la bande frontalière
La succession des bombardements et dynamitages s’accompagne également d’importants dégâts environnementaux. Les incendies provoqués au cours des opérations ont touché des terres agricoles, des oliveraies, des forêts et d’autres espaces naturels dans plusieurs secteurs du Sud.
Le Conseil national de la recherche scientifique libanais estime à environ 160 kilomètres carrés, soit 16 000 hectares, les surfaces brûlées depuis octobre 2023 en lien avec les activités militaires israéliennes. Environ la moitié serait constituée de terres agricoles.
Les autorités libanaises accusent désormais Israël de modifier durablement le territoire frontalier. Le premier ministre Nawaf Salam a parlé d’une « politique de la terre brûlée », tandis que la ministre de l’Environnement Tamara Elzein a employé le terme d’« écocide ». Israël affirme de son côté prendre des mesures de précaution pour limiter les dommages aux civils et à l’environnement.
Les opérations de destruction signalées mercredi s’inscrivent dans ce contexte. Les maisons incendiées à Beit al-Sayyad et les dynamitages à Majdal Zoun ajoutent de nouveaux dégâts à ceux accumulés depuis le début du mois.
Une délégation émiratie à Beyrouth dans un contexte opposé
Alors que les opérations militaires se poursuivent dans le Sud, Beyrouth accueille mercredi une importante délégation économique des Émirats arabes unis. Sa visite, programmée les 26 et 27 août, avait été annoncée plusieurs jours auparavant dans le cadre du rapprochement économique entre les deux pays.
La délégation est conduite par Thani ben Ahmed Al Zeyoudi, ministre émirati du Commerce extérieur. Sa composition avait initialement été annoncée autour de 67 responsables économiques et dirigeants d’entreprise, ce qui en fait une mission d’une ampleur inhabituelle dans les relations économiques récentes entre Beyrouth et Abou Dhabi.
L’objectif est d’examiner les possibilités de coopération, d’investissement et de partenariats. Pour les autorités libanaises, la venue de dirigeants économiques émiratis constitue un signal politique important après plusieurs années durant lesquelles les capitaux du Golfe se sont montrés particulièrement prudents envers le Liban.
La visite ne signifie cependant pas que 67 investisseurs ont décidé d’engager des capitaux dans le pays. Les discussions doivent précisément permettre d’identifier les projets susceptibles d’intéresser les entreprises émiraties et les conditions nécessaires à leur réalisation.
Deux réalités libanaises à quelques dizaines de kilomètres
La simultanéité des événements met en évidence deux réalités auxquelles le gouvernement libanais doit répondre. À Beyrouth, les autorités cherchent à restaurer la confiance internationale et arabe afin d’attirer des investissements. Dans le Sud, elles font face à la poursuite d’opérations militaires étrangères et à des destructions qui alourdissent chaque jour le futur coût de la reconstruction.
Les deux dossiers ne doivent pas être confondus. La délégation émiratie ne vient pas au Liban en réponse aux opérations israéliennes du 26 août, et aucun lien direct ne peut être établi entre les deux événements. Mais la stabilité sécuritaire constitue nécessairement un paramètre pour tout projet d’investissement de long terme.
À 18 heures mercredi, aucune annonce ne permettait encore de considérer que les opérations israéliennes de la journée étaient terminées. Mansouri, Majdal Zoun, Beit al-Sayyad, Sarbine et Hadatha avaient déjà été touchées par différentes formes d’intervention militaire, tandis que les drones continuaient de constituer une présence visible dans le ciel libanais. Deux mois jour pour jour après l’accord du 26 juin, la poursuite des dynamitages et des bombardements reste ainsi l’élément dominant de la situation dans le Liban-Sud.

