La triptyque mortifère de la démocratie en Orient.2 ème partie : La peste confessionnelle 2/3

Par Haytham Manna. Intervention de l’auteur au Colloque «La démocratie à l’Est de la Méditerranée», organisé par L’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR) Genève 22- 23 Septembre 2018. Adaptation en version française René Naba, Directeur du site www.madaniya.info et membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR). Les intertitres de même que les liens de référence et de renvoi sont le fait de la Rédaction de madaniya.info


1-Le conflit confessionnel : une arme de destruction massive

Le conflit à substrat confessionnel est incontestablement une arme de destruction massive des sociétés et des états, avant d’être un conflit entre une opposition dotée d’un programme politique et un pouvoir autoritaire en ce qu’il se fonde sur la discrimination raciale et confessionnelle au sein des composantes d’une même société.

De sorte que quiconque vise à réduire les luttes sociales et partant le combat politique à une grille de lecture confessionnelle et communautaire, sans tenir compte des données de l’histoire et du contexte international, son combat est voué à l’échec. Il ne saurait s’opposer victorieusement à un pouvoir autoritaire autrement que par la force des armes.

Le conflit à substrat confessionnel repose sur un axiome fondé sur l’exclusion et l’anathème de toute pensée jugée dissidente, selon le schéma suivant : Tous les Rafiddines (ceux qui refusent ou s’opposent au dogme majoritaire de l’Islam sunnite) sont des renégats ;

Ainsi les Nousseirytes (Alaouites) sont des ennemis d’Ali, le gendre du prophète et de ses compagnons; Les Ibadites sont qualifiés de Kharijites (des dissidents) tout comme les Druzes. Les Ibadites sont la 3 me branche de l’Islam apparue lors de l’arbitrage entre Ali et Mu’awiya à l’issue de la bataille de Siffin qui les avaient opposés en 657).

Ils sont rappel, les Ibadites sont majoritairement installés au Sultanat d’Oman. Enfin, tout contestataire du dogme en vigueur est un hypocrite (Mounaffik).

Le dogme tel qu’il est imposé dans un territoire déterminé constitue ainsi la référence suprême. Il confine à la sacralité absolue dans une sorte de totalitarisme idéologique.

A – L’anathème: stade suprême de l’aliénation (1).

L’instrumentalisation de l’anathème représente le stade suprême de l’aliénation tant au niveau individuel qu’au niveau collectif des sociétés musulmanes. Une aliénation idéologique, politique et sociale en ce que l’apostasie inflige une coupure de l’individu objet de cette mesure avec l‘environnement du groupe. Renié par son propre entourage, l’apostat est privé du moindre soutien de sa communauté d’origine dont il est désormais perçu comme un ennemi.

Cette exclusion du groupe social se traduit généralement par des actes visant à le dépouiller de son identité et de son patrimoine afin de les affecter à la mission sacrée assignée par le groupe.

B- La diabolisation, préalable à l’aliénation:

L’exemple le plus significatif est celui de Mounzer Al Zohbi, alias Abou Ghaba Al Zohbi, originaire de la localité d’Al Khafji, venu en Syrie après avoir abandonné son poste au sein du géant pétrolier saoudien Aramco.

L’homme s’est engagé dans le djihad en s’inspirant de l’exemple d’un de ses devanciers, soutenant que «lorsque Jarrar Al Chami, originaire d’Idlib s’est pénétré de l’idéologie de l’unicité de l’Islam, il a pris la mesure de l’hérésie de ses proches et a commencé par les tuer à commencer par son père par loyauté et fidélité à Dieu».

La séquence est éloquente.  Elle démontre que la diabolisation constitue en effet un préalable à l’aliénation en ce qu’elle libère son auteur et lui confère le droit d’ordonner la mort d’autrui dans un processus inéluctable d‘accession à l‘état de sauvagerie.

Pour s’arroger un droit de vie et de mort, pour parvenir à un tel degré de déconnexion, il importe en effet d’être animé d’une intime conviction des vertus de la haine en elle-même, et de la haine d’autrui.

En Syrie, les Frères Musulmans et le prédicateur Youssef al Qaradawi de même que les Salafistes ont massivement contribué à cet état d’aliénation, provoquant un déferlement de djihadistes vers la Syrie infiniment plus important durant les trois premières années de la guerre que les dix ans de la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1979-1989).

La mobilisation d‘un camp sur une base confessionnelle a entrainé la contre-mobilisation du camp adverse sur une base confessionnelle. Au déferlement djihadiste sunnite (Arabes, Turcs Tchétchènes, Ouighours, Occidentaux) a correspondu un afflux chiite, notamment du Hezbollah libanais et des milices chiites irakiennes).

C- La position des démocrates syriens face à l’instrumentalisation confessionnelle du conflit.

Notre mouvement a adopté une position très claire concernant la surenchère confessionnelle visant à la mobilisation des troupes pour le djihad.
Nous avons réaffirmé cette position bien avant que ce qui se désigne comme étant «l’Axe de la Résistance» (Syrie, Iran, Hezbollah libanais, et la milice chiite irakienne Hached al Chaabi) ne se soit constitué, voire même bien avant l’intervention directe de la Turquie (2012) puis de la Russie (2015), alors que s’offraient encore de perspectives de règlement politique du conflit sur la base de revendications minimales: Un état constitutionnel démocratique, consacrant la participation de toutes les composantes de la société syrienne (Arabes, Kurdes, Tcherkess, Syriaques, sunnites, alaouites, chrétiens) à la vie publique nationale.

Ce discours était combattu par les Frères musulmans et leurs alliés qui étaient fermement convaincus d’une victoire militaire inéluctable. La position des FM de Syrie était fortement soutenue par le «Groupe des Amis de la Syrie», vaste coalition internationale d‘une centaine de pays, sous l’égide de l’Otan, regroupant les pétromonarchies, la Turquie et les alliés de l’Occident dans le tiers monde.

Une coalition où figurait un État occidental qui préconisait la laïcité (NDT la France) mais qui fermait l’œil sur la violence confessionnelle et un pays arabe (Arabie saoudite) dont le souci majeur est de réduire en miettes la Syrie pour régner sans contestation sur le Monde arabe.

Dans la décennie 1970, nous avions organisé plusieurs sessions de formation au sein des cercles marxistes critiquant sévèrement un concept forgé par l’Organisation de l’Action Communiste : la classe confession.

Plusieurs opposants de premier plan tels que Jamal Al Atassi, chef de file des Nassériens de Syrie, l’écrivain Saadallah Wannous, l’éditeur Hussein Aloudat ainsi que Yassine Al Hafez, fondateur du parti marxiste-léniniste arabe « Arab Revolutionary Workers Party» avaient sérieusement mis en garde contre toute tentative d’instrumentaliser le facteur confessionnel dans le combat politique.

D – La confessionnalisation contemporaine de la chute du Chah d’Iran en 1979.

Certes, le Royaume Wahhabite est un régime théocratique fondé sur la doctrine wahhabite de l’islam rigoriste; certes en Syrie, il existait aussi dans la constitution syrienne la mention « L’islam est la religion d’état », mais la décision du Guide de la Révolution Islamique iranienne, l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny à la chute du chah d’Iran, en 1979, de conférer à l’état et la constitution un aspect confessionnel, a créé une bipolarité au sein du Monde musulman et exacerbé le levier confessionnel.

Une tendance amplifiée avec la montée en puissance d’’At Tali’a Al Mouqatilla» en Syrie. En guise de justification idéologique à son combat, la branche armée clandestine des Frères Musulmans de Syrie avait décrété l’anathème contre le régime baasiste syrien, le qualifiant de «Nousseyrite» schismatique pour désigner les Alaouites, invoquant pour ce faire les enseignements d’Ibn Taymiyya.

(Taqî ad-Dîn Ahmad ibn Taymiyya (1263-1328) est un théologien et un juris-consulte musulman traditionaliste du XIIIᵉ siècle, influent au sein du madhhab hanbalite. Son époque est marquée par les conflits entre Mamelouks et Mongols, et il tente d’organiser le djihad contre ces derniers qu’il accuse de mécréance. Il est l’auteur de «Profession de foi» (Al-Aqida Al-Wâsitiyya), un ouvrage dans lequel il émet de vives critiques à l’égard des Chiites).

Le recours à la violence des Frères Musulmans de Syrie et ses conséquences désastreuses sur le plan des luttes revendicatives auraient dû avoir une valeur dissuasive sur l’usage du levier confessionnel dans le conflit politique.

Au surgissement du «Printemps de Damas», en l’an 2000, soit vingt ans après les affrontements des FM avec le pouvoir baasiste, le discours confessionnel n‘avait plus cours au sein de l’opposition syrienne. Les Frères Musulmans syriens s’étaient même engagés à procéder à l‘autocritique de la séquence d’At Tali’a Al Mouqatilla lors du congrès fondateur de l’opposition syrienne à Londres en 2001. Ce congrès avait été marqué par la participation du communiste Riad Turk, les mouvements kurdes de Syrie ainsi que des opposants historiques au pouvoir baasiste tel Haytham Manna et Sobhi Hadidi, journaliste-écrivain, un opposant syrien qui vit en exil à Paris depuis une trentaine d’années.

E- Ahrar As Sham: Les chrétiens à Beyrouth et les Noussyrites au tombeau

Fin avril 2011, le mot d’ordre des 3 NON a été lancé depuis la chaîne de télévision «Al Hiwar -Le dialogue» relevant de la mouvance des Frères Musulmans. Non à la violence ; Non à la confessionnalisation du conflit ; Non à l’intervention étrangère.

J’avais même rédigé un article intitulé «Le printemps syrien et la contre révolution» paru dans le mensuel français Le Monde Diplomatique en juillet 2011 ; Le Conseil National de Coordination Syrien avait même souscrit aux 3 Non lors de son congrès fondateur.

Mais les signaux d’alerte que nous avions lancé ont été, paradoxalement, farouchement combattu, d’une manière odieuse, par ceux-là même qui se désignaient comme des «démocrates» lesquels considéraient notre positionnement comme étant «le meilleur service» rendu au régime syrien

Le discours à tonalité confessionnel prédominait lors de la constitution des premières unités combattantes djihadistes de tendance salafiste. «Ahrar As Sham», (Le Mouvement des Hommes Libres du Levant), parrainé par le Qatar et la Turquie, noircissait les murs des villes syriennes des slogans portant menaces morbides du genre «An Nassara A3 Beyrouth Wa Nousseyrites A’ Taboute» qui signifiait «Les Chrétiens à Beyrouth et les Alaouites au cercueil».

Ahrar As Sham a même volontairement opéré un amalgame entre l’armée syrienne, les forces de sécurité et les fiers à bras du régime (les chabbihas) qu’il désignait sous le vocable commun de «milices chiites». Cet amalgame a persisté jusqu’en 2015, demeuré présent sur le site électronique de ce groupement islamiste jusqu’à la tenue du congrès de l’opposition syrienne à Riyad, en 2015, marquant le passage de l’opposition pétro-monarchique syrienne de la tutelle du Qatar à la tutelle saoudienne et la désignation de l’ancien premier ministre dissident syrien Riad Hijab à la tête de cet agrégat.

Mieux, le chant morbide de mobilisation de Jabhat An Nosra, la filiale syrienne d‘Al Qaida, intitulé «Ji’nalkom Li Nazbahoukom- Nous sommes venus pour vous égorger» demeure en vigueur dans les camps d’entraînement de plusieurs groupements islamistes tels que Hay’at Tahrir As Sham (Front de Libération du Levant), Hourras Ad Din, (Les défenseurs de la religion) et le Parti islamiste du Turkestan (ouïghour). A cela s’ajoutent les sentences des juristes de Daech et des Soldats d’Al Aqsa.

La surenchère dans le discours confessionnel était de pratique courante. Mieux, la capture d’une femme non voilée de tendance libérale ou d’un militant de gauche constituaient de belles prises de guerre en ce qu’elles offraient la possibilité de valoriser les exploits de Jabhat An Nosra, et, ce faisant, de donner du tonus à leur entourage pour s’illustrer dans la défense du discours confessionnel.

F- L’aveu consternant de Georges Sabra.

Membre du parti communiste syrien, tendance Riad Turk, président du Conseil national syrien, en novembre 2012, et vice-président de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution (CNFOR), Georges Sabra, ancien prisonnier politique syrien, se livrera un jour devant un congrès islamique à un aveu consternant:  «Nous avons pris la défense de Jabhat an Nosra beaucoup plus qu’elle ne l’a fait elle-même pour la défense de sa propre cause», confessera-t-il.

Cet aveu a fait l’effet d’une secousse tellurique sur tous ses partisans, convaincus qu’ils étaient de la sincérité du «Parti Démocratique du Peuple» et de la « Proclamation de Damas».

G – Azmi Bishara et ses justifications tortueuses.

Ancien militant communiste, député au Knesset israélien, transfuge du combat national palestinien, rallié au Qatar, Azmi Bishara tentera une justification sinon tortueuse à tout le moins hasardeuse pour prendre la défense de son bienfaiteur pétro-monarchique.

Sans craindre le ridicule, il prétendra que l’embargo qui frappe le Qatar -décrété en 2015 par l’Arabie Saoudite, Abou Dhabi, Bahreïn et l’Égypte en représailles au soutien de Doha aux Frères Musulmans- constitue une mesure de représailles voire un châtiment de la principauté pour son soutien aux «révolutions arabes».

Comment peut-il prétendre cela, alors que le Qatar a puissamment contribué à la popularisation du discours confessionnel éradicateur, amplifié par la chaîne Al Jazeera, dont il est le propriétaire, et ses satellites; activement participé à la glorification du «conquérant» Abou Mohamad Al Joulani, présenté comme un homme «dévoué» à la cause syrienne.

C’est Hamad Ben Jassem, son employeur intellectuel, qui va le démentir par une déclaration au BBC: Tahawashna A’ la Al Saideh (nous nous sommes bagarrés sur le butin).

De telles manifestations ont eu un effet mortifère sur le projet libératoire de la Syrie, paradoxalement, en priorité sur les tenants de cette thèse et non sur le gouvernement syrien. Davantage sur les formations modérées et les organisations civiles, liquidés au vu et au su du Monde, par les groupements éradicateurs tels Daech (Etat Islamique), Jabhat an Nosra et leurs succédanés.

H – Haytham Al Maleh: l’unicité du sang sunnite et l’appel au djihad de tous les sunnites en Syrie.

Le téléprédicateur du Qatar Youssef Al Qaradawi et l’avocat syrien Haytham Al Maleh, dans un discours prononcé à l’occasion du 3eme anniversaire du soulèvement syrien, proclameront conjointement l’unicité du sang sunnite».

Comment le peuple syrien peut-il pardonner à ces deux personnes leur déclaration selon laquelle «le sang sunnite est un», et, se fondant sur cette prétendue unicité du sang sunnite, lancer sur la chaine de télévision As-Safa» un appel au djihad en Syrie de tous les sunnites partout dans le monde.

Comment oublier les propos de l’ancien communiste Georges Sabra sur le zèle déployé par l’opposition syrienne dans la défense de Jabhat An Nosra, la franchise syrienne d’Al Qaida.

De telles manifestations se sont situées aux antipodes de la démarche initiale du mouvement civique de la jeunesse syrienne se soulevant en mars 2011 pour la reconnaissance de leur liberté et de leur dignité.

I- La bouffée délirante de Lamia Nahas:

«Je regrette Hitler qui a brûlé les Juifs de son temps ainsi que le Sultan ottoman Abdel Hamid qui a exterminé les Arméniens», dixit Lamia Nahas, membre de la Coalition Nationale de l’opposition syrienne (pro-occidentale).

Un ami m’a fait parvenir un jour un extrait d’un post publié sur sa page Facebook par Lamia Nahas, une dame dont je n’avais jamais entendu parler auparavant et dont la diatribe, en fait une bouffée délirante, constitue un morceau d’anthologie. Jugez-en: «Chaque fois que les minorités déploient leur morgue à l’égard de la Syrie, ma conviction s’affirme davantage sur la nécessité de dresser un bûcher pour les carboniser tous. Je regrette Hitler qui a brûlé les Juifs de son temps ainsi que le Sultan ottoman Abdel Hamid qui a exterminé les Arméniens de même que le héros des Arabes, Saddam Hussein, qui s’est comporté en homme à une époque où il n’en existait plus et dont il n’existera plus jamais après lui.

«Il nous incombe d’éliminer l’affirmation selon laquelle Bilad As Cham (le Levant) est une zone de diversité idolâtrique, religieuse et confessionnelle. Le pays de la diversité culturelle. Toutes les cultures sont parvenues à la conclusion que les minorités sont un mal dont il importe de se débarrasser et épurer le Levant de leur présence.

«Fasse Dieu que nos révolutionnaires puissent les anéantir, tous. Les Kurdes, les Alaouites et les Nusayrites. Sunnite, je suis fière de mon arabité». LN

Lamia Nahas, faut-il le rappeler, était membre de la coalition nationale de l’opposition syrienne, une coalition considérée par le «Groupe des Amis de la Syrie», où figurent la France, le Qatar, l’Arabie Saoudite, les États-Unis et le Royaume Uni, comme le «Représentant unique du peuple et de la révolution en Syrie»).

Les faits ont confirmé mes propos: Les principales victimes de l’extrémisme religieux sont les membres de la confession religieuse que l’éradicateur prétend représenter. Et les premières victimes de cette confession sont ses membres les plus instruits dont la conscience politique est la plus aiguisée.

Le djihadiste éradicateur s’intronise lui-même comme l’unique représentant légitime de sa confession, dont il exige l’allégeance à sa personne, comme gage de loyauté à sa ligne de conduite, développant ainsi une sorte de phobie généralisée à l’encontre de toute velléité de mainmise politique sur la communauté qu’il estime représenter.

Ceux qui fanfaronnaient que « toute arme est sacrée» et que «Jabhat an Nosra se livre à de grandes actions en Syrie» n’ont pas eu le courage de se livrer à une auto critique. Comment le peuple syrien peut-il faire confiance à ces intrus et les considérer comme l’avant-garde démocratique d’un combat visant à un changement de régime ?

J – L’autocritique de Riad Turk: Une militarisation du conflit progressive au rythme de son islamisation.

Dirigeant d‘une branche dissidente du Parti communiste syrien, ancien prisonnier politique en Syrie, Riad Turk sera l’une des rares personnalités politiques syriennes à se livrer à une auto critique.

«Les bases sur lesquelles ont été établies les alliances tant au sein du Conseil national, qu’au sein de la coalition des forces de l’opposition ont échoué à réaliser les objectifs de la révolution syrienne et de parvenir à un changement démocratique», admettra-t-il lors d’une interview accordée à Mohamad Ali Atassi, parue dans le quotidien «Al Qods Al Arabi», le 3 septembre 2018, après sa sortie de Syrie.

Celui qui était généralement présenté comme étant le «Mandela syrien» avait initialement soutenu, en 2011, l’alliance de tous les courants de l’opposition, y compris les islamistes, ce qu’il regrettera par la suite :

«Nous étions dans l’urgence, nous avons pensé que cela ne serait pas forcément un problème de faire appel aux islamistes. J’étais moi-même parmi les plus enthousiastes. Je me suis trompé. A nous maintenant de reconnaître notre faute, quand on a passé sous silence certaines violations commises par des groupes islamistes».

1 ère Question du journaliste : «Où se nichait votre erreur» ?

Réponse Riad Turk: «L’erreur principale a été constitué par notre précipitation avec laquelle nous avons décrété l’unité de l’opposition et notre précipitation dans la formation du Conseil National sur la base d’un accord avec les principales forces politiques notamment les démocrates artisans de la «Proclamation de Damas» adoptée lors du « printemps syrien de 2000 et les Frères Musulmans, sans poser de conditions à leur participation notamment dans l’hypothèse où l’un des participants aurait manqué à son engagement. Sans poser de garde-fous à des débordements.

«Il était convenu que le Conseil National serait dirigé par une équipe représentant les 7 forces principales, chacune représentée par 7 délégués, opérant sur un pied d’égalité. La direction collégiale était constituée de 28 membres. Mais les tribus ont réclamé de participer à cette direction collégiale 28 membres, mais agissaient en fait en tant que sous-marins des Frères Musulmans. De sorte qu’au lieu de 28 délégués, la direction collégiale s’élevait à 52 membres, dont la majorité avait prêté allégeance à la confrérie.

«2me erreur : L’usage abusif du terme auto-défense face à la violence et à la barbarie du régime syrien, sans le moindre contrôle tant sur la réalité de cette violence que sur le bien-fondé de l’usage de l’auto-défense.
«Notre parti (Le Parti démocratique du peuple) avait pris bien soin de ne pas nous impliquer dans le moindre conflit et nous avons veillé à ne pas être lié à aucune force étrangère. Mais d’autres, en revanche, se sont engagés dans cette orientation dès le début du conflit armé y compris dans ses prolongements régionaux et internationaux.
«La militarisation du conflit s’est faite progressivement au rythme de son islamisation en fonction des agendas des puissances régionales qui parrainaient les groupements islamistes armés. Il en est résulté une dérive des principaux objectifs de la Révolution et la mise sous tutelle internationale des principales formations de l’opposition syrienne.

«La 3eme erreur : Le rêve caressé par les forces de l’opposition de bénéficier d’un soutien marqué occidental face au régime syrien s’est vite dissipé. Ce rêve-là ne n’est pas réalisé, produisant un effet inverse sur la révolution.
Il eut été plus judicieux si notre collègue était allé au bout de son auto critique en soulignant son rôle et celui de son parti dans la popularisation de l’idée de l’intervention étrangère.
Et plutôt que de critiquer notre position, nous rejoindre en se dressant contre toute intervention étrangère. Et plutôt que de nous accuser de faire le jeu du régime, de se placer au diapason de notre position en prônant une révolution civique par des moyens pacifiques, contre la militarisation, l’islamisation et la confessionnalisation du conflit de Syrie.

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