Nos amours, nous les aimons et nous les portons dans nos souvenirs tout au long de notre vie. Nos amours et nos sentiments amoureux nous procurent du plaisir, nous font battre le cœur, nous font rire ou pleurer, nous rendent aussi bien euphoriques que misérables. Ils nous réservent d’admirables comme de lamentables surprises. En un mot, ils nous secouent.

Ils sont certainement capricieux et parfois lunatiques. Ils  peuvent nous apporter l’apaisement, l’équilibre et la sérénité comme ils peuvent nous livrer à la détresse, à l’aigreur et à l’inquiétude.

Des fois, la source même de notre bonheur se trouve dans cet amour qui nous surprend et qui nous touche au plus profond de nous-mêmes, et d’autres fois cet amour même est la source de notre malheur, surtout quand il se transforme en chagrin d’amour.

Ce chagrin qui nous poursuit toute une vie, ne nous lâche pas. Il nous hante, et comme le premier amour, il vit dans nous jusqu’à l’infini, il se niche dans notre cœur et dans notre cerveau. Il influence nos amours à venir, nos décisions comme nos comportements amoureux qui deviennent, du coup, plus raisonnables, plus sages et bien calculateurs. 

Plus difficile et moins spontané, sera le nouveau coup de foudre ou le nouvel amour après un chagrin d’amour. Il pourra lui aussi finir dans l’ennui et pire dans l’indifférence ou pire encore dans la souffrance. Et en réaction, on adopte sagement cette manière de pensée exprimée dans la doctrine aristotélicienne : « le sage n’aspire pas au plaisir mais à l’absence de souffrance. »

Mais l’amour a cette particularité ; il peut fabuleusement nous surprendre surtout quand on a toujours cette envie d’être surpris par lui. Et l’emballement du cœur et l’enivrement de nos sens et de nos sentiments au tout début de toute relation amoureuse sont  intenses et authentiques, ou du moins, c’est ce que l’on croit, puisque l’être humain aime vivre intensément sa vie et il est convaincu que c’est par l’amour que passe cette intensité. 

Et cette intensité ne survit que si l’amour est réciproquement vécu, et cette réciprocité n’est presque jamais parfaite, ni d’ailleurs aboutie. Elle s’arrête au bout d’une certaine période, courte ou longue, car elle dépend de l’autre, et qui dit dépendance, dit restriction de liberté et cette restriction mène à la désillusion et au désenchantement et finalement à une certaine déception. 

Oui l’amour entre les humains, peut porter avec lui ses misères et ses passions tristes, il peut aussi être décevant, voire très décevant. Oui. Eh bien oui ! Les relations entre les humains sont compliquées même dans leur expression la plus noble qu’est l’amour. 

Et puis l’amour, ce sentiment humain par excellence, peut aussi dans sa majesté, prendre la forme d’un amour envers son pays. Un amour aussi profond et aussi fort qu’un amour entre les humains. Et l’avantage, quand on est amoureux de son pays, c’est que cet amour est transcendant, platonique et puissant, loyal et honnête. Il peut également faire battre nos cœurs, il peut aussi nous foudroyer et nous faire vivre des moments exceptionnels et extraordinaires. 

En plus, il est libre cet amour, étourdissant et jamais décevant. 

Il est si libre qu’il possède des pouvoirs magiques. Il fait éclater l’artiste qui vit en nous, réveiller l’écrivain qui y sommeille, il fait éclore le sculpteur, le peintre, l’éditeur, le journaliste, le poète, le créateur, le révolutionnaire ; ces hommes et ces femmes que nous sommes. 

Cet amour des Libanais pour leur pays qui s’est révélé le 17 octobre et qui a brillé de ses milles feux, a secoué le corps même de notre Liban. Euphorique, ce dernier s’est laissé 

emporter dans ses rêves comme dans sa réalité, au présent comme au futur, et son avenir dans la dignité et la fierté, il voudrait souverainement le tracer. Un avenir solide et stable pour partir sur de bonnes bases et pour accueillir les générations futures qui vont naître du fruit de cet amour. 

Cette invincibilité dans la fragilité, cette force dans la dignité et cette ferveur dans la sérénité, notre pays les puise dans un puits d’amour mystique. Il est si mystique et ubiquitaire ce puits, qu’il se trouve dans ses villes comme dans ses places, dans chaque coin comme dans chaque rue, dans ses montagnes comme dans ses vallées, dans ses lacs comme dans ses cèdres, dans chaque maison comme dans chaque Libanais. 

Et ce puits d’amour qui ne sèche pas et qui n’arrête pas de combler notre pays, il n’est point capricieux, il n’a point besoin de réciprocité, il ne cause point de chagrin, et il n’est point ambigu. Il trouve sa source dans l’amour de ses jeunes et de ses enfants qu’il a vu naître, qu’il a bercé et qu’il a vu grandir. 

Ce puits d’amour infini, irrigue et fait fleurir l’amour semé par nos ancêtres et nos parents, nos martyrs et nos guerriers, il n’a pas besoin de printemps pour s’épanouir. Il s’épanouit grâce à cette nature libanaise généreuse et altruiste, grâce au soleil qui orgueilleusement se lève derrière ses majestueuses montagnes et qui s’incline humblement devant sa prestigieuse mer, grâce à ses arc-en-ciels qui naissent après la pluie et à l’espérance et à la volonté de renaissance de son peuple grandiose. 

Le désamour des peuples à l’égard de leurs pays est pitoyable et regrettable, et les peuples oublient parfois d’aimer leurs pays et la rancune remplace l’amour dans l’oubli. Mais nous, les Libanais, on n’a jamais oublié d’aimer notre pays. Et notre amour se transmet d’une génération à l’autre, dans nos gènes et c’est là où réside son infinité et sa pérennité. 

Plutôt qu’à nos amours éphémères entre humains, vouons nos cœurs ouvertement à notre pays souffrant et trinquons aujourd’hui à notre amour, éternel et céleste, à notre Liban d’amour ! Notre Valentin ! 

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