Illustration comptines ©Haytham Daezly / Tous droits réservés

Promenons-nous dans les bois, Au clair de la lune, Frère Jacques, Il était un petit navire, Jack & Jill, etc… Les comptines, tout le monde les connaît, elles ont bercé notre enfance, mais elles participent surtout au développement des enfants, à les sensibiliser au langage, à écrire et à lire. Universelles et permanentes à travers les âges, elles font partie de la culture fondatrice de nos civilisations. Des signes, des couleurs et des formes ; tout un univers visuel qui constitue un langage esthétique, intense et curieux

Promenons-nous dans les bois

Pendant que le loup y est pas

Si le loup y était
Il nous mangerait

Mais comme il n’y est pas
Il nous mangera pas

Loup y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?

La comptine est une formulette simple et courte, la comptine fait partie du répertoire traditionnel populaire. Gaie, rythmée, histoire de tous les jours, insolite ou effrayante, elle est transmise par voix orale. Elles sont le plus souvent anonymes, les mots ou expressions peuvent varier d’une personne à l’autre, d’une région à l’autre. Le monde de la comptine est un peu magique, parfois fantastique ou irrationnel, dans lequel tout peut arriver (ce qui plaît aux enfants). Les textes des comptines contiennent des jeux de mots, des rimes, des assonances, des allitérations. Ces berceuses d’inspiration sentimentale ou satirique, sont  divisées en couplets, souvent séparés d’un refrain.

Mais ce qui caractérise la comptine : c’est son mode de diction. Point de rencontre entre le langage verbal et le langage musical elle se dit ou se chante sur un rythme, souvent accompagné d’une mélodie ; chaque syllabe orale est prononcée, mais quelques unes le sont plus rapidement que d’autres ou plus fortement. C’est par des activités simples de la vie quotidienne sollicitant l’écrit que l’on peut amener l’enfant à entrer naturellement et progressivement dans le monde de l’écrit : rédiger des lettres, faire la liste d’épicerie, lire des livres, préparer une recette en consultant un livre, lire une histoire à son enfant, etc. L’adulte, d’une part, par ses comportements, illustre comment il se sert de l’écrit dans sa vie quotidienne et, d’autre part, explicite verbalement les fonctions de l’écrit.

Ses illustrations s’adressant aux parents et enfants ont pour vocation l’éveil du corps et du langage, et d’être aussi le relais d’une transmission différée de l’oralité à l’écrit, puis de l’écrit à l’oral.  La comptine installe de l’ordre : rythme, référence aux chiffres mais s’autorise le désordre : mots, langage, images littéraires ; la transgression et le non-sens. Elle peut tout se permettre et offre ainsi une grande liberté sur l’arbitraire du langage. Il faut se questionner sur le mode sensoriel privilégié de l’enfant afin d’adapter l’outil qui lui sera offert. Est-il plus réceptif dans la sphère auditive ou visuelle ? Comment exploiter une comptine ou une chanson enfantine visuellement ?

Jack and Jill
went up to the hill
to fetch a pail of water.
Jack fell down
and broke his crown
and Jill came tumbling after….

Le sens du beau visuel se manifeste de très bonne heure chez l’enfant, parallèlement au sens musical; le sens du jeu et le sens dramatique apparaît un peu plus tard; et encore un peu plus tard, le sens de la fiction ou du merveilleux en récit. La comptine transmet une esthétique avant tout. Une chanson, c’est à la fois une mélodie, un texte qui va avec cette mélodie, des rythmes, une interprétation, une couleur de voix… Lorsque nous chantons avec les enfants, nous les accompagnons dans leurs découvertes sonores et musicales. Admettons que l’univers graphique ou le support visuel esthétique joue un rôle essentiel dans la transmission. Nos yeux captent la lumière et envoient l’information sous forme d’impulsions électriques vers notre cerveau qui va décoder ces signaux pour interpréter l’image. La couleur correspond à la sensation visuelle colorée que produisent sur nos yeux les rayonnements lumineux. C’est pourquoi certains pédagogues, préjugeant l’esthétique du jeune enfant d’après la nôtre, ont eu tort de ne vouloir présenter à ses premiers regards que les objets les plus beaux à voir.