Un cortège de manifestants se dirigeant vers la place des canons, le 14 Mars 2005. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.
Un cortège de manifestants se dirigeant vers la place des canons, le 14 Mars 2005. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Cette question n’est pas seulement d’un film libanais bien connu mais une question récurrente dans la région.

Le 26 décembre 1991, le FIS gagne les élections législatives en Algérie. Le 25 janvier 2006, le Hamas gagne les élections en Palestine. Dans les 2 cas, des élections démocratiques ont abouti à une guerre civile et ont été refusées par l’Occident en dépit du fait que les observateurs sur place ont estimé qu’elles avaient eu lieu conformément à des procédures démocratiques, en raison des risques que les résultats que ces élections faisaient peser sur le plan local, régional et même international.

Ces 2 élections et d’autres aussi semblent démontrer que la démocratie, dans un pays arabe, amène à des victoires de partis islamiques fondamentalistes. On a vu des personnes commenter les élections présidentielles qui se sont déroulées dans un pays voisin du Liban et qui ont abouti à la réélection d’un dirigeant mis au banc de la communauté internationale.

Effectivement, son régime n’est pas démocratique, il est l’héritier d’un régime dont on a tous indéniablement souffert au Liban. Cela est chose acquise.

Cependant, certains grattent les choses de manière très superficielle en omettant d’aller plus loin dans la réflexion avec une question simple, non binaire, non épidermique, en dépit d’un contentieux tout de même lourd:
Quelles sont les alternatives qui se posent à nous?

Un autre régime islamique ou un autre dictateur qui tôt ou tard souhaitera également contrôler le Liban. Ou ne faudrait-il pas préférer un régime affaibli qui ne pourrait justement pas poser de problème majeur au Liban, le temps qu’il puisse se reconstruire si on avait eu l’intelligence…

La guerre civile qui s’est déroulée cette dernière décennie semble prouver à juste titre ce problème récurrent depuis le retrait des troupes syriennes le 26 avril 2005.

Le fait que la seule opposition structurée contre ce régime est celle d’une opposition islamique radicale, chose qui, si elle peut plaire à certains pays du Golfe qui finançaient ces mouvements en Algérie dès 1994 comme l’accusent les services de renseignement algériens jusqu’aujourd’hui en Syrie ou en Libye par exemple, chose qui n’est pas sans rappeler les propos, il y a peu du ministre aujourd’hui démissionnaire des Affaires Etrangères libanais Charbel Wehbé qui n’a pas été très diplomatique sur la forme donc à tort sur la manière mais à raison selon beaucoup sur le fond.

Cela n’est effectivement pas dans l’intérêt d’une grande partie de ses voisins, des minorités religieuses, chrétiennes ou encore yazidi, etc… des minorités ethniques comme les kurdes, etc… et en premier lieu cela n’est pas dans l’intérêt du Liban qui a été confronté à des risques de déstabilisations comme ceux qu’on a connu et qui ont d’autres conséquences et des contre-réactions, comme celles auxquelles on a pu assister.

Ceux qui prônent un changement en faveur d’un régime islamique fondamentaliste ne sont pas des dhimmis comme ils accusent les autres … mais une espèce encore pire qui prône l’anéantissement des minorités, l’anéantissement même de ce qui fait que le Liban est exception, c’est-à-dire sa diversité, en raison d’un raisonnement binaire, “ou avec nous ou contre nous” au détriment du concept inhérent à la Démocratie, c’est-à-dire justement l’idée même d’une diversité d’opinions et d’un débat pour arriver au final à un compromis.

D’où surtout l’émergence aussi de mouvements islamiques plus radicaux les uns que les autres et les risques de débordement sur l’ensemble de la région comme on a pu le craindre même pour le Liban à un certain moment mais écarté pour une raison simple.

La culture de la démocratie, cela ne s’improvise pas du jour au lendemain. Il s’agit d’une éducation. Cela prend une génération voire même plus qu’une génération.

Il est également dans l’intérêt de la communauté internationale et notamment d’Israël plus particulièrement d’éviter d’avoir un nouvel Afghanistan à ses côtés. Ces derniers au final finiront toujours par préférer un régime syrien actuel à autre chose au final, et d’avoir une sorte de conflit larvé tel qu’on connait depuis quelques temps, l’ordre dans le désordre.

De plus, aucun pays au monde n’est prêt à occuper un autre pays pour mettre en place un système démocratique. On va vu l’échec américain en Irak, on a vu l’échec américain en Afghanistan. Pour ne pas évoquer l’échec du modèle libanais qui est un sujet différent. Et en attendant que finalement cet apprentissage se fasse, il faut encore se contenter du moins pire…

“Nous faisons le serment, Chrétiens et Musulmans de demeurer unis éternellement, pour défendre notre majestueux Liban.”

Gébran Tuéni, le 14 février 2005
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Pour le Liban et au-delà pour la région, il faut arriver au compromis d’une coexistence où aucun ne prendrait un pas sur un autre, un compromis que celui formulé par le Liban, pays message selon Jean Paul II, par le message réel non altéré du serment du 14 mars 2005 de Gébran Tuéni, par le libanais qui peut vivre l’un à côté de l’autre en Paix. Dommage que certains qui se réclament de ceux-là ne sont en réalité que les prophètes du contraire.

Et une question qu’on pourrait adresser à mes lecteurs, quelle serait alors l’autre voie qui serait non dogmatique, non dangereuse, possible et suffisamment cohérente?

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