Photos / Compositions Collage © Haytham Daezly

Taches incrustées sur les papiers, couches de poussière, traces d’humidité : image usée, doute et inquiétude. L’altération est le produit inéluctable du temps qui passe, mais n’est-elle pas aussi une invitation à la création ?

FRAGMENTS D1 PASSE RECOMPOSES from Haytham Daezly on Vimeo.

« On se passionne de plus en plus pour des fragments de réalité de plus en plus minuscules » (Arthur Koestler)

 De ces altérations surgissent des textures et naissent des matières. Des lettres apparaissent : gothiques, antiques ou lettres de fantaisie, grasses ou italiques, discrètes ou criantes, sans sérif ou avec empâtement… Des filigranes se marient et des images se cassent, se déchirent … pour se recomposer … Déformation des déchirures, des décompositions et « reformation ».

L’expérience est parlante. On ne détruit un univers pictural que pour en reconstruire un autre, plus complexe. Bien que ces lambeaux ne soient pas des énigmes à résoudre ni des labyrinthes à la recherche d’une issue, ils demeurent un parcours visuel que chacun franchit librement : un carré croise une lettre, qui à son tour bloque une surface…

« On peut donner un sens au désordre mais on peut faire aussi un collage qui ne soit pas cohérent ». (Agnès Varda)

Ce n’est donc qu’en explorant la surface, en longeant l’intérieur et l’extérieur des formes déchirées et des lambeaux rassemblés que l’on peut appréhender l’enchevêtrement des choses et pénétrer la profondeur des plis du collage… Les images enfouies, « à l’état latent », n’attendent qu’à être révélées…

L’entremêlement des morceaux de typographies issus des affiches laisse apparaître l’illisible. Effectivement, Nous pouvons voir que la lecture de l’image est complexe et la vision est fragmentaire : une frontière entre figuration et abstraction se dessine, le lisible et l’illisible deviennent flous.

Strates, couches, affiches lavées par la pluie, décolorées par le soleil et déchirées par le passant ou en lambeaux, sont décontextualisées de leur support d’origine. L’affiche comme emblème ambivalent de la ville moderne : un moyen de communication public ou publicitaire donne l’impression d’un présent perpétuel, par son renouvellement constant. La destruction et le déchirement de cet « univers » visuel par l’usure du temps qui passe, donne naissance à un autre qui se reconstruit.

Ce nouveau « pêle-mêle » visuel s’incruste dans un univers de textures, de plis et du graphisme en offrant une nouvelle dimension qui invite le spectateur à une nouvelle relecture de l’oeuvre, des rapports de sens nouveaux à partir d’éléments simples, banals, communs.

À l’issue de la seconde guerre mondiale (1939-45), l’art « informel » abstrait est le style en vogue à Paris. L’« informel », terme proposé par le critique Michel Tapié, qui s’applique à des artistes « matiéristes » qui privilégient une expression spontanée au travers des performances picturales réalisées en public. Le plasticien Jacques Villeglé n’est pas proche de la peinture abstraite, c’est pourquoi avec Raymond Hains, il revendiquera la pratique du non-action painting.

Raymond Hains fut le premier, en 1947 à prélever des fragments d’affiches dans la rue, c’est ce geste qui va déclencher l’engouement des deux artistes pour ce nouvel art.

« Dans cette optique, les affiches déchirées permettent aux mots et aux images de changer de sens. Jeu visuel sur la lisibilité des signes, des photogra- phies, des slogans une fois mis en pièces, décollés et recollés. Ici, les motifs ont quasiment disparu : ne restent que des taches de couleurs, quelques bribes de lettres, et le placard de métal rouillé. Le portrait ne devient pas pour autant un tableau abstrait : c’est un plan indéterminé où flottent des morceaux de papier restés collés au hasard. L’effet de cadrage, dû au support métallique, suffit à délimiter une aire de jeu pour l’œil, l’esprit et l’imagination, humour et gravité ». (Raymond Hains)

« La matière travaille elle-même à constituer une nouvelle image par la destruction de l’ancienne, ou à reconstituer une image perdue ». (Raoul Ubac)

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Haytham Daezly, originaire de Tripoli-Liban, vit et travaille à Paris. Il est Docteur en Sciences de l’information et de la communication, directeur artistique en publicité, artiste visuel et actuellement médiateur culturel auprès de l’Institut du monde arabe à Paris.
Il est l’auteur de : « L’essor de la culture virtuelle au Liban, entre effervescence
numérique et instabilité politique : réseaux sociaux, musique en ligne et sites institutionnels ».
Mots-clés : #art #culture #médiation #numérique #TIC #Liban
Pour avoir une ample idée sur son parcours professionnel et artistique, vous pouvez consulter ses pages en ligne :
Lien thèse : http://theses.fr/2016LIMO0062
Lien blog : http://haythamdaezly.tumblr.com/

1 COMMENTAIRE

  1. Non, Monsieur Daezly, L’« informel », terme proposé par le critique Michel Tapié, ne s’ s’applique pas à des artistes « matiéristes » qui privilégient une expression spontanée au travers des performances picturales réalisées en public.  »
    L’art Informel est un terme qui apparait après la guerre, en 1951 dans le catalogue de l’exposition « Véhémences Confrontées » organisée à la Galerie Nina Dausset.

    Ensuite, Tapié n’a jamais défendu la performance et n’a d’ailleurs jamais utilisé ce terme ! Excepté les artistes du célèbre groupe japonais « Gutai », aucun des artistes de la constellation internationale de l’art informel (il y en a 180) n’était un artiste de la performance.
    Et si vous pensez à Mathieu, celui-ci n’en est pas un (il s’en est toujours défendu), le résultat de l’oeuvre primant sur l’action.

    Juliette Evezard

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