L’ambassade de Grande Bretagne au Liban a publié un communiqué dénonçant la fermeture par les banques libanaises de comptes bancaires appartenant à des ressortissants britanniques.

Cette information fait suite à un jugement publié par un tribunal londonien, obligeant la Banque Audi et la Société Générale de Banque au Liban (SGBL) à transférer à l’étranger la somme de 4 millions de dollars à l’un de leurs titulaires de compte qui a la résidence au Royaume-Uni.

En mesure de représailles suite au risque juridique et au risque de voir être sorti du système financier international, les banques libanaises ont décidé de clôturer de manière unilatérale des comptes de ressortissants britanniques ou de résidants en Grande Bretagne, en déposant le solde de ces comptes en chèque bancaire auprès d’un notaire et non de transférer ces sommes à l’étranger.

L’ambassade de Grande Bretagne au Liban estime que “cette action unilatérale des banques a pointé du doigt les titulaires de compte sur la base de leur résidence ou de leur nationalité britannique, de ce qui semble être ciblé et discriminatoire”, avant de poursuivre pour noter que ces mesures constituent des éventuelles violations des lois et réglementations bancaires pertinentes et exprime ses préoccupations aux autorités libanaises, politiques mais également financières et bancaires.

L’ambassadeur britannique au Liban, Ian Collard, a ainsi successivement rencontré l’Union des déposants, le président de l’Association des banques au Liban, de hauts représentants de certaines institutions bancaires, le président de la Commission de contrôle bancaire, le gouverneur de la Banque centrale et le Premier ministre du Liban. Il appelle à ce que tous les déposants soient “traités correctement et équitablement”.

Le diplomate estime que “cette situation malheureuse est symptomatique de l’économie défaillante du Liban”.

“Depuis le début de la crise économique, le Royaume-Uni s’est joint à ses partenaires internationaux pour appeler le gouvernement libanais à adopter des réformes économiques attendues et essentielles. Sans de telles réformes, l’économie libanaise poursuit sa chute libre, avec de graves répercussions sur tous les déposants bancaires au Liban, ainsi que sur les citoyens libanais en général et sur d’autres résidant au Liban”, poursuit le communiqué.

La représentation diplomatique anglais met à disposition de ses ressortissants sur son site internet une liste des représentants légaux anglophones au Liban.

Côté libanais, le président de la Commission bancaire et le gouverneur de la Banque centrale Riad Salamé, inculpé depuis de détournement de fonds assurent que “des mesures sont activement envisagées pour protéger de manière appropriée tous les déposants concernés”.

Plusieurs banques locales font également l’objet de plaintes aux Etats-Unis, en Grande Bretagne ou en Europe.

La Banque Saradar a ainsi été déjà condamnée à payer 2.8 millions de dollars par une cour française alors que la SGBL avait remboursé suite à une procédure à l’amiable la somme de 20 millions de dollars après qu’une cour de justice française ait fait geler les avoirs de l’établissement et de ses dirigeants en France.

La 9ème chambre du Tribunal Judiciaire de Paris a aussi décidé le 19 novembre dernier du remboursement de la totalité des sommes déposées – équivalents à 2.5 millions d’euro – par une ressortissante syrienne résidente en France depuis 45 ans par la Banque Saradar, faute de quoi les biens de l’établissements en France pourraient être saisis.

Ainsi, si la procédure normale par rapport au refus des banques libanaises d’honorer ces chèques bancaires que cela soit localement ou l’étranger se confirme, un appel devrait être présenté devant la banque centrale, organisme de tutelle de ce secteur.

S’il fait l’objet également de plusieurs enquêtes judiciaires ouvertes à son encontre, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé est connu pour sa proximité avec les intérêts des banques libanaises.

Ainsi, jusqu’à présent, le gouverneur de la Banque du Liban n’a pris aucune mesure coercitive à l’encontre des banques libanaises, ce qui a amené plusieurs déposants à privilégier des procédures à l’étranger et non localement.

Face à ces risques, les législateurs locaux souhaitent adopter de nouveaux textes offrant une immunité aux banques locales et à leurs dirigeants. Cependant, cette immunité ne pourrait être retenue à l’étranger, amenant à une possible saisie des biens de la banque et même de leurs dirigeants dont certains – 6 établissements en l’occurence – sont aussi accusés d’avoir détourné des sommes importantes et participé à du blanchiment d’argent avec le gouverneur de la Banque du Liban dans le cadre du dossier Forry Associates.

Par ailleurs, ce refus des banques libanaises – déjà considérées comme en état de défaut sélectif par les agences de notation depuis l’instauration d’un contrôle informel des capitaux en novembre 2019 – à transférer ces fonds de déposants pourrait définitivement induire un état de défaut de paiement de ces dernières et ainsi couper le Liban du système financier international qui cessera tout contact avec elles, y compris avec la Banque du Liban amenant le Pays des Cèdres à une exacerbation de la crise financière qu’il traverse, crise déjà majeure.

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