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La Méditerranée assassinée : qu’attendons-nous pour sauver la richesse la plus précieuse du Liban ?

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Il existe des scandales qui éclatent dans un fracas médiatique, occupent les unes des journaux quelques jours, puis disparaissent dans l’oubli.

Et il existe des scandales plus graves encore.

Ceux auxquels tout le monde s’est habitué.

Recommande par Libnanews
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La pollution de la mer libanaise appartient à cette seconde catégorie.

Chaque hiver, des torrents d’eaux usées dévalent les montagnes. Chaque été, des centaines de milliers de Libanais se baignent sans toujours savoir ce qui se cache sous la surface. Chaque jour, des égouts se déversent directement dans nos rivières, nos fleuves et notre Méditerranée.

Et pourtant…

Nous savons depuis plus de quarante ans exactement ce qu’il faut faire.

Depuis les années 1980, les grandes conventions internationales sur la protection de la Méditerranée, soutenues notamment par l’Union européenne, n’ont cessé de répéter la même évidence : une mer propre commence par un traitement efficace des eaux usées.

Le principe est connu depuis longtemps.

Les eaux usées doivent être collectées par un réseau d’égouts moderne, dirigées vers une station d’épuration, traitées biologiquement, le méthane produit doit être récupéré pour produire de l’énergie, les boues valorisées, puis l’eau propre peut être réutilisée pour l’irrigation ou rejetée sans danger dans les rivières et la mer.

Rien de révolutionnaire.

Simplement ce que toutes les nations développées font depuis plusieurs décennies.

Pourquoi le Liban n’y arrive-t-il pas ?

Parce que nous ne construisons jamais une chaîne complète.

Nous construisons des morceaux.

Une station d’épuration sans réseau d’égouts.

Ou un réseau sans station.

Ou une station sans budget de fonctionnement.

Ou une station qui fonctionne quelques mois avant de tomber en panne faute d’entretien.

Ou encore une installation incapable de traiter les boues et le méthane.

Chaque gouvernement inaugure un maillon.

Personne ne construit la chaîne.

Le résultat est implacable.

Des centaines de millions de dollars investis.

Des infrastructures souvent inutilisées.

Et des eaux usées qui continuent leur chemin jusqu’à la mer.

Pourtant, lorsqu’une vision existe, les résultats suivent.

La ville de Zahlé constitue aujourd’hui l’une des rares réussites nationales. Grâce notamment au soutien des fonds italiens et à une approche cohérente, l’ensemble du système a été pensé comme un tout : collecte, traitement, fonctionnement et gestion durable.

La preuve est donc faite.

Ce n’est pas un problème technique.

Ce n’est même pas un problème financier.

C’est un problème de gouvernance.

Car les financements existent.

L’Union européenne, la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, ainsi que plusieurs agences internationales financent régulièrement des projets d’assainissement partout dans le monde.

Le Liban pourrait bénéficier de ces programmes à grande échelle.

Les capitaux sont disponibles.

Ce qui manque, c’est une stratégie nationale crédible.

Depuis la fin de la guerre civile, dans les années 1990, les gouvernements successifs ont reconstruit des routes, des ponts, des bâtiments publics, parfois des ports.

Mais personne n’a véritablement construit l’infrastructure invisible qui fait fonctionner un État moderne : l’assainissement.

Pourtant, il ne s’agit pas seulement d’une question environnementale.

Il s’agit d’une politique économique majeure.

Imaginons un instant une Méditerranée libanaise redevenue propre.

Des plages restaurées.

De nouvelles plages aménagées.

Une eau limpide du Nord jusqu’au Sud.

Des stations balnéaires ouvertes six mois par an.

Des hôtels remplis.

Des restaurants prospères.

Des ports de plaisance.

Des activités nautiques.

Des emplois.

Des investissements privés.

Des milliards de dollars de recettes touristiques supplémentaires chaque année.

La mer pourrait redevenir l’une des premières richesses du Liban.

Mais le potentiel ne s’arrête pas au littoral.

Pensons également à nos fleuves.

À l’Oronte.

Au Litani une fois restauré.

Aux rivières du Mont-Liban.

À celles de la Békaa.

Des parcours de rafting.

Des promenades.

Des parcs naturels.

Du tourisme écologique.

Des villages revitalisés.

Partout dans le monde, les rivières sont devenues des moteurs de développement local.

Chez nous, elles servent trop souvent de collecteurs d’égouts.

Quelle tragédie.

Quelle absurdité.

La solution existe pourtant.

Elle suppose simplement une nouvelle manière de penser.

Au lieu de vouloir équiper chaque village de sa propre station, il serait beaucoup plus rationnel de créer des regroupements intercommunaux.

En moyenne, six villages pourraient partager un même réseau de collecte et une station d’épuration commune.

Pour environ six cents villages, une centaine de stations régionales suffirait largement.

Les grandes villes côtières, quant à elles, nécessiteraient des infrastructures adaptées à leur taille : plusieurs grandes stations réparties entre le nord, le centre et le sud de leur territoire afin de répondre à l’ensemble des besoins urbains.

Mais une telle transformation exige une autorité unique.

Un ministère spécialisé, ou une grande agence nationale indépendante, dont la mission ne serait pas limitée aux eaux usées, mais engloberait l’ensemble des déchets liquides, solides et gazeux.

Une institution capable de planifier sur vingt ou trente ans.

De coordonner les municipalités.

De rechercher les financements internationaux.

De superviser les appels d’offres.

D’assurer le fonctionnement permanent des installations.

Et surtout d’évaluer les performances de chaque système.

Ce n’est pas une dépense.

C’est un investissement productif.

Car une mer propre rapporte infiniment plus qu’elle ne coûte.

Elle améliore la santé publique.

Réduit les dépenses médicales.

Augmente la valeur du foncier.

Attire les investisseurs.

Développe le tourisme.

Renforce l’agriculture grâce à la réutilisation de l’eau.

Produit de l’énergie grâce à la valorisation du biogaz.

Préserve enfin notre patrimoine naturel pour les générations futures.

Le véritable drame n’est donc pas technique.

Il est culturel.

Nous avons fini par considérer les égouts qui se jettent dans la mer comme un paysage normal.

Comme si l’insupportable était devenu banal.

Comme si la résignation avait remplacé l’ambition.

Le Liban a souvent démontré qu’il savait reconstruire après les guerres.

Il lui reste désormais à accomplir une reconstruction plus silencieuse, mais peut-être plus essentielle encore : celle de son environnement.

Car protéger la Méditerranée, ce n’est pas satisfaire une exigence européenne.

C’est protéger notre santé.

Notre économie.

Notre tourisme.

Notre agriculture.

Notre identité.

Et finalement notre dignité nationale.

La vraie question n’est donc plus de savoir si nous avons les moyens d’agir.

Les technologies existent.

Les financements existent.

Les exemples de réussite existent.

La seule question qui demeure est infiniment plus simple.

À quand la volonté politique de rendre au Liban la mer qu’il mérite ?

Bernard Raymond Jabre

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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