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À la télévision, Nawaf Salam dissipe la confusion autour de « l’accord‑cadre »

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Au soir du 1ᵉʳ juillet 2026, le Premier ministre libanais Nawaf Salam s’est longuement exprimé sur l’antenne de la chaîne LBCI pour défendre la position de son gouvernement face à l’accord de Washington négocié avec Israël. Depuis des semaines, le terme d’« accord‑cadre » fait polémique au Liban : ses partisans y voient une sortie de crise, ses détracteurs un acte de capitulation. Le chef du gouvernement a tenu à clarifier le sens de cette formule, à rappeler les objectifs du processus de négociation et à dissiper les rumeurs, en particulier celles qui évoquent un retrait israélien en 60 jours. Son message s’inscrit dans un contexte extrêmement tendu, marqué par des affrontements meurtriers au Sud, une crise économique sans précédent et une scène politique profondément polarisée. Le compte rendu de cette intervention télévisée met en lumière les points saillants de sa pensée et les réactions qu’elle suscite.

Un chapeau sémantique : « cadre », pas « accord »

Le Premier ministre a commencé par déminer un malentendu lexical. Selon lui, l’expression « accord‑cadre » est trompeuse : il ne s’agirait pas d’un accord ou d’un traité en bonne et due forme, mais d’un « cadre directeur » qui fixe le périmètre et les principes des négociations à venir. « Nous parlons d’un cadre qui oriente les discussions et non d’une convention déjà scellée », a‑t‑il insisté. L’emploi du terme « accord » conduirait, selon lui, à faire croire que l’État a d’ores et déjà accepté des concessions définitives. Or, dans son esprit, ce document n’est qu’un instrument méthodologique destiné à encadrer un processus plus vaste devant aboutir à une entente formelle. Cette clarification s’adresse à un public troublé par les discours contradictoires et par une opposition politique qui présente le texte comme un traité imposé par des puissances étrangères.

Pour étayer son propos, Nawaf Salam rappelle que le document signé à Washington énumère des principes mais ne scelle pas un retrait automatique. Il prévoit un « processus réciproque et séquencé » : l’armée libanaise doit d’abord rétablir son autorité et désarmer les groupes non étatiques, tandis que l’armée israélienne doit se retirer progressivement . Ces principes doivent être traduits en un calendrier précis lors des prochaines négociations. Présenter ce document comme un « accord » définitif reviendrait, selon lui, à ignorer l’étape cruciale des négociations qui reste à accomplir. C’est pourquoi il préfère l’appeler « cadre » ou « plateforme de négociation ».

L’insistance du chef du gouvernement sur les mots ne relève pas d’un simple débat de grammairiens. Elle vise à légitimer la décision de l’exécutif face à des critiques multiples. Pour ses adversaires, l’accord‑cadre est une capitulation déguisée ; pour ses partisans, il offre une chance historique de reprendre le contrôle du Sud. En affirmant qu’il n’existe pas encore d’accord contraignant, Nawaf Salam veut rassurer l’opinion et donner à son équipe une marge de manœuvre pour renégocier certains points. Il s’agit aussi de prévenir un rejet juridique : un véritable traité serait soumis à l’Assemblée nationale et au Conseil constitutionnel, alors qu’un « cadre directeur » peut être considéré comme une feuille de route de négociation.

Un objectif principal : le retrait complet et le retour des déplacés

Au cœur de la démarche gouvernementale, explique Nawaf Salam, se trouve un objectif « clair et non négociable » : l’évacuation de toutes les troupes israéliennes du territoire libanais et le retour des habitants déplacés. Depuis le déclenchement du conflit en mars 2026, plus d’un million de personnes ont fui les bombardements . Des villages entiers ont été détruits, notamment dans les régions de Nabatiyé et de Marjayoun. Des familles vivent dispersées dans des écoles ou dans des zones relativement épargnées du Nord. « Le but ultime est que nos compatriotes retrouvent leurs maisons et cessent de vivre dans la peur », martèle le Premier ministre. Il souligne que l’accord ne doit pas être perçu comme une fin en soi, mais comme un moyen de mettre un terme à ce qu’il qualifie de « naufrage national ».

Pour la population du Sud, la promesse d’un retrait israélien et d’un retour en sécurité représente un espoir colossal. Beaucoup ont perdu leur maison et leur lieu de travail. Les agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs terres. Les enfants ne vont plus à l’école. Or, le texte négocié à Washington souligne expressément que « le Liban est souverain et qu’Israël n’a aucune revendication territoriale », et qu’il « revendique la nécessité de rétablir son autorité sur l’ensemble de son territoire » . Cette affirmation, précise Nawaf Salam, garantit la possibilité d’un retrait complet. Il ajoute que le document prévoit aussi que la communauté internationale participera à la reconstruction et que des fonds seront mobilisés pour aider au retour des réfugiés. En insistant sur ces bénéfices, il cherche à convaincre les plus sceptiques que l’accord n’est pas synonyme de reddition mais d’une opportunité de tourner la page.

Le Premier ministre rappelle également que la négociation s’inscrit dans un continuum. « Depuis l’accord de Taëf jusqu’à la résolution 1701 en 2006, nous avons toujours appelé à l’extension de l’autorité de l’État sur tout le territoire », rappelle‑t‑il. La mention du retrait complet constitue donc une continuité politique. L’objectif est d’obtenir des garanties internationales pour la stabilisation, un contrôle des frontières et la relance de l’économie. Cependant, il reconnaît que la réussite de ce projet dépendra de la capacité de l’armée libanaise à se déployer et à sécuriser les zones libérées. « Chaque zone quittée par l’armée israélienne sera immédiatement prise en charge par l’armée libanaise », assure‑t‑il, précisant qu’un calendrier de retrait doit être négocié dans les prochaines semaines.

Sur l’absence de délai de 60 jours : un point de discorde

Une des rumeurs les plus persistantes concerne l’existence d’un délai de 60 jours pour le retrait israélien, prétendument inclus dans l’accord d’Islamabad. Nawaf Salam balaie cette idée. « Il n’y a aucune mention d’un délai de 60 jours dans le texte de l’accord », affirme‑t‑il. Il explique que le processus se déroulera par étapes, avec des jalons définis en fonction de la capacité de l’armée libanaise à désarmer les groupes armés et à contrôler les zones. Ce calendrier sera fixé lors des prochaines rencontres entre les délégations libanaise et israélienne, sous médiation américaine. Le Premier ministre précise que le document d’Islamabad – signé par Washington et Téhéran pour un cessez‑le‑feu global – n’inclut pas le Liban. Il est destiné à la situation à Gaza et à la Syrie. « On mélange deux démarches différentes », déplore‑t‑il.

Cette mise au point vise à contrecarrer les discours de certains responsables qui laissent entendre que l’État a accepté un délai court, irréaliste et humiliant. En réalité, selon le texte de Washington, aucune échéance ne figure noir sur blanc : le retrait est conditionné au respect des clauses de désarmement et de rétablissement de l’autorité de l’État . Un calendrier pourrait être annexé par la suite, mais il dépendra des négociations. Certaines sources militaires parlent d’un délai de six mois à un an pour libérer les premières zones pilotes, mais cela reste à confirmer. La confusion sur les délais provient aussi de l’annonce d’un processus pilote dans deux secteurs – Zawtar et Ghandouriyeh – où l’armée israélienne doit se retirer prochainement. Ces retraits ponctuels ont pu être interprétés comme un retrait global en 60 jours.

Le Premier ministre insiste sur le fait que la création d’un calendrier ne dépend pas uniquement du gouvernement libanais. « Le retrait ne se fera que lorsque l’armée libanaise aura rempli ses engagements et que la partie israélienne les aura acceptés », explique‑t‑il. Autrement dit, les 60 jours ne sont pas un délai imposé mais un chiffre qui a circulé sans base juridique. Cela implique que la pression se reporte sur les autorités libanaises, chargées de prouver leur capacité à désarmer les milices et à assurer la sécurité.

Une position d’équilibriste face à Hezbollah

Le chef du gouvernement sait que son discours ne peut faire l’économie d’une clarification quant à sa relation avec le Hezbollah. Ce dernier a rejeté sans appel l’accord‑cadre, qualifiant de « nul et non avenu » un texte jugé humiliant et contraire à la souveraineté nationale . Le parti a déclaré qu’il ne remettrait pas ses armes, voire qu’il verrait dans toute tentative de désarmement une provocation pouvant mener à une guerre civile . Face à ces déclarations, Nawaf Salam adopte un ton conciliant sans céder sur le fond. « Nous ne voulons pas de confrontation avec Hezbollah, nous voulons l’éviter à tout prix. Mais nous ne céderons pas au chantage, ni à la menace de guerre », affirme‑t‑il.

Il reconnaît que le parti chiite et ses alliés, notamment l’Iran et les Gardiens de la révolution, sont impliqués dans les hostilités et jouent un rôle central dans le déclenchement ou l’arrêt des tirs. Selon lui, ce sont donc ces acteurs qui doivent décider de l’arrêt des hostilités. « Ce n’est pas le Liban qui tire, ce sont les personnes qui utilisent des armes à l’extérieur des institutions. Elles doivent cesser le feu pour que nous puissions avancer », insiste‑t‑il. Toutefois, il se garde de prendre à partie directement le Hezbollah, conscients des risques de dérapage et de la fragilité du tissu social.

Nawaf Salam plaide pour une approche pragmatique. Il rappelle que le gouvernement précédent et les gouvernements qui ont suivi l’accord de Taëf avaient déjà inscrit la démilitarisation des groupes non étatiques dans leurs déclarations politiques. Ce n’est donc pas une nouveauté. Mais il insiste sur la différence de méthode : l’accord de Washington prévoit un déploiement progressif de l’armée libanaise dans des zones pilotes. « Chaque fois qu’Israël quittera une zone, nous devons y entrer immédiatement », explique‑t‑il. Cette cohabitation sur le terrain, très sensible, impliquera des contacts avec le Hezbollah pour éviter des heurts. En d’autres termes, le gouvernement veut éviter un affrontement ouvert tout en affirmant l’autorité de l’État.

Cette position suscite des critiques venant de tous les camps. Les souverainistes y voient une faiblesse, estimant que l’État devrait désarmer le Hezbollah sans attendre. Le camp pro-résistance y voit une manœuvre dilatoire. Quant à l’opinion publique, elle oscille entre crainte d’une guerre civile et lassitude face à des milices qui tiennent l’État en otage. Le Premier ministre semble jouer la montre, misant sur la fatigue de la population et sur la pression internationale pour amener le Hezbollah à composer.

Les positions des autres acteurs : un paysage fragmenté

Les déclarations de Nawaf Salam interviennent alors que la scène politique libanaise est profondément divisée sur le processus de paix. Le président du Parlement Nabih Berri a salué l’appel du chef du gouvernement au dialogue, mais il s’oppose à l’application du cadre sans un passage au Parlement. Lors d’une récente réunion avec Gebran Bassil, il a affirmé qu’il refusait la fitna et qu’il défendrait coûte que coûte l’armée, tout en promettant de mobiliser un bloc parlementaire contre le texte  . Cette position paradoxale rend toute majorité difficile, d’autant que la Constitution exige l’approbation de l’Assemblée pour tout traité impliquant des engagements financiers ou territoriaux .

Le Courant patriotique libre de Gebran Bassil, quant à lui, occupe une position intermédiaire. Il se dit prêt à soutenir le cadre à condition que des garanties soient apportées sur la restitution des territoires et la protection des ressources. Bassil rappelle que « la guerre externe est plus facile que la guerre interne » et appelle à préserver l’unité nationale . Il propose un dialogue national pour amender le cadre et renforcer la légitimité institutionnelle. Sa formation compte des députés qui pourraient faire pencher la balance en faveur ou contre la ratification.

Le camp souverainiste, conduit par les Forces libanaises de Samir Geagea et les Kataëb, soutient l’accord, y voyant la « plus grande avancée politique depuis cinquante ans » . Ces partis estiment que le texte offre une chance unique de mettre fin à la présence des milices et de reconstruire le pays. Ils soulignent que le cadre stipule clairement qu’Israël n’a aucune revendication territoriale et qu’il s’engage à des retraits graduels . Ils appellent à saisir cette occasion et à faire passer l’accord au Parlement avec les amendements nécessaires.

À l’opposé, le Hezbollah et ses alliés maintiennent une position de refus total. Ils dénoncent un document « imposé » et déclarent qu’ils ne remettront pas leurs armes. Leur camp, qui inclut le parti Amal et des mouvements de gauche, accuse l’État de céder aux diktats américains. Ils parlent d’une humiliation et d’une capitulation, reprenant des slogans inspirés de l’échec de l’accord du 17 mai 1983. Selon eux, l’État doit d’abord restaurer la souveraineté en s’appuyant sur la « résistance » avant de négocier. Cette position renvoie à une vision de la souveraineté liée à la possession d’armes en dehors de l’État.

Cette polarisation est aggravée par les rumeurs de renvoi du commandant de l’armée ou de certains directeurs des services de sécurité. Nawaf Salam a balayé ces rumeurs, affirmant qu’il n’y a « aucune vérité » dans l’idée de destituer les responsables militaires et que leur rôle est essentiel pour maintenir l’ordre . Il a rappelé que « toute remise en question de l’institution militaire équivaut à un acte de fitna ». Pour lui, cette insistance sur la neutralité de l’armée est une condition sine qua non de la réussite du cadre.

Entre Islamabad et Washington : deux trajectoires distinctes

Durant son interview, Nawaf Salam a aussi abordé la confusion entre le processus de Washington et l’accord d’Islamabad. Ce dernier, parrainé par le Pakistan, vise à obtenir un cessez‑le‑feu global entre les forces iraniennes, israéliennes et les mouvements alliés. Certains acteurs, notamment des influenceurs sur les réseaux sociaux, ont affirmé que ce texte comprenait un délai de 60 jours pour un retrait israélien complet du Liban. Le Premier ministre dément fermement cette assertion. « L’accord d’Islamabad ne concerne pas le Liban. Il n’a pas été rédigé pour notre dossier et ne prévoit pas de délai pour le retrait israélien », insiste‑t‑il.

Le chef du gouvernement explique qu’il s’est entretenu avec le Premier ministre pakistanais immédiatement après l’annonce de l’Islamabad Agreement pour s’assurer que la question libanaise était dissociée de ce document. Le Pakistan a confirmé que sa médiation portait exclusivement sur Gaza et la Syrie. De plus, il rappelle que l’administration américaine et l’Iran discutent de plusieurs volets, dont certains concernent le désarmement au Liban, mais que ces discussions ne se confondent pas. En d’autres termes, il rejette la rumeur d’un retrait en 60 jours comme une manœuvre destinée à discréditer son gouvernement et à faire croire qu’il céderait sans plan de transition.

Cette précision est importante pour limiter les fantasmes et les manipulations. En 1983, l’accord du 17 mai avait été accusé de prévoir un calendrier de retrait favorable à Israël et d’imposer une zone de sécurité permanente. Les opposants au cadre actuel tentent d’établir un parallèle pour en souligner la dangerosité. Nawaf Salam désamorce cette analogie en rappelant que le cadre de Washington ne fixe pas de calendrier et qu’il s’appuie sur un mécanisme de vérification. De surcroît, la création de zones pilotes est encadrée par une commission militaire conjointe, et non par des forces étrangères imposées .

La stratégie du gouvernement : éviter la guerre civile, gagner du temps

Nawaf Salam sait que sa marge de manœuvre est étroite. Il doit éviter l’affrontement avec le Hezbollah, obtenir le soutien du Parlement, satisfaire les exigences de Washington et rassurer la population. Sa stratégie repose sur plusieurs piliers :

  1. Soutien populaire et diplomatie publique : en s’exprimant sur la LBCI, il cherche à expliquer la démarche et à convaincre les indécis. Le message insiste sur la souveraineté, la fin de l’occupation et le retour des déplacés. Il vise à opposer le discours officiel aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux.
  2. Cadre juridique : le gouvernement travaille à l’élaboration d’une annexe sécuritaire qui sera soumise au Conseil des ministres. Cette annexe détaillera le calendrier, les zones pilotes, les modalités de retrait et les règles d’engagement de l’armée. La question de la ratification parlementaire reste en suspens. Des juristes soulignent que l’accord pourrait être contesté au Conseil constitutionnel si l’exécutif tente de l’imposer sans vote . Nawaf Salam compte sur une lecture souple de la Constitution pour avancer, arguant que le cadre n’est pas un traité.
  3. Dialogue avec le Hezbollah et ses alliés : le Premier ministre reconnaît qu’un affrontement direct serait suicidaire. Il cherche donc à établir des passerelles, notamment en incitant Nabih Berri à jouer les médiateurs. Il mise sur la pression populaire et internationale pour convaincre le Hezbollah qu’il est dans son intérêt de négocier.
  4. Pression internationale : la médiation américaine est essentielle. Le secrétaire d’État a réaffirmé le soutien des États‑Unis à la sécurité du Liban et à la nécessité de neutraliser le Hezbollah . Les Européens, comme la France, sont également impliqués. Selon Nawaf Salam, l’accord a été rédigé de façon à garantir que les fonds destinés à la reconstruction ne puissent pas être détournés par des milices. Il espère que cette perspective de financement motivera des compromis.
  5. Cadre humanitaire et documentation des violations : le Premier ministre a chargé son vice‑Premier ministre, Tarek Mitri, de documenter les violations du droit international humanitaire commises pendant les hostilités. Il affirme que si les négociations dérapent, cette documentation pourra servir d’argument pour solliciter des sanctions contre Israël. Il insiste sur le rôle des institutions internationales pour contraindre Tel‑Aviv à respecter ses engagements.

Cette stratégie est cependant fragile. Le gouvernement peut être accusé de temporiser et de ne pas saisir la main tendue, en particulier par les familles des martyrs. Les opposants l’accusent de jouer l’horloge en espérant un affaiblissement du Hezbollah ou un changement du rapport de forces. Les partisans du retrait y voient un plan réaliste, tandis que d’autres y voient un pari risqué.

Les risques d’une crise institutionnelle : le rôle du Parlement et du Conseil constitutionnel

La question de la ratification de l’accord‑cadre par le Parlement constitue un enjeu majeur des prochaines semaines. L’article 52 de la Constitution libanaise dispose que le président de la République négocie les traités en accord avec le gouvernement et ne les ratifie qu’après l’approbation de l’Assemblée nationale . Cette disposition s’applique aux accords qui comportent des charges financières ou qui modifient l’ordre juridique interne. Certains juristes estiment que le cadre n’y échappe pas, car il engage l’État à désarmer les groupes armés, à déployer son armée et à bénéficier de fonds internationaux. Si tel est le cas, un vote du Parlement sera nécessaire, ce qui pourrait donner à Nabih Berri la possibilité de bloquer le processus.

Le président du Parlement a déjà menacé d’utiliser « tous les mécanismes institutionnels » pour empêcher un passage en force . Il peut compter sur un certain nombre de députés d’Amal, du Hezbollah et de partis alliés pour faire capoter le quorum ou pour faire rejeter le texte. Dans un Parlement à 128 sièges, une majorité de 65 voix est nécessaire pour adopter un traité. Le camp souverainiste et les partisans du cadre disposent d’environ 60 voix. Les indécis – notamment les députés du Courant patriotique libre et du Parti socialiste progressiste – pourraient faire pencher la balance. Si l’accord est rejeté, le gouvernement pourrait se retrouver dans une impasse et subir un blocage institutionnel similaire à celui de 2015, lors de la paralysie du fonctionnement de l’État.

Le Conseil constitutionnel pourrait aussi être saisi. L’article 19 de la Constitution permet à dix députés de contester un texte. Si le Conseil juge que l’accord est un traité soumis à ratification, sa mise en œuvre serait suspendue jusqu’à une décision finale. Un tel scénario entraînerait une prolongation de la situation actuelle, avec des bombardements sporadiques et une paralysie économique.

Une dynamique régionale complexe

Les propos du Premier ministre ne peuvent être dissociés des dynamiques régionales. Le Liban se retrouve au cœur d’un bras de fer entre Israël et l’Iran. Le Qatar et la France jouent les médiateurs. Le Caire et Riyad tentent de pousser en faveur d’une solution qui réduirait l’influence iranienne au Liban et protègerait les intérêts des pays arabes. Nawaf Salam affirme qu’il veut dissocier le dossier libanais des autres négociations régionales. « Nous ne sommes pas l’annexe d’un accord Washington‑Téhéran », rappelle‑t‑il, faisant écho aux propos du président Joseph Aoun, qui avait insisté sur la souveraineté libanaise .

Cette posture est néanmoins compliquée par les interférences extérieures. Israël, confronté à un front nord instable, veut obtenir des garanties sur la neutralisation du Hezbollah. Téhéran, affaibli par les sanctions et les tensions internes, cherche à maintenir son influence via ses alliés. Washington, qui approche d’une échéance électorale, veut éviter une escalade mais impose ses conditions. L’Europe, préoccupée par l’afflux de réfugiés et la sécurité énergétique, soutient un compromis rapide. Au milieu de ces calculs, le gouvernement libanais peine à se faire entendre. Nawaf Salam estime toutefois que les Libanais doivent défendre leur agenda et ne pas devenir l’otage d’un marchandage régional. Il affirme avoir appelé le Premier ministre pakistanais dès les premières annonces de l’accord d’Islamabad pour dissocier le dossier libanais du front syrien, et saluer la médiation de ce pays dans le processus de cessez‑le‑feu .

La communication avec les habitants du Sud : entre angoisse et espoir

L’intervention télévisée de Nawaf Salam s’adresse aussi directement aux habitants du Sud. Il leur demande d’accorder du temps au gouvernement pour travailler à leur retour. « Nous comprenons votre douleur et votre impatience. Nous travaillons pour que vous reveniez rapidement », dit‑il. Il explique que la différence entre « retrait » et « redéploiement » est moindre qu’il n’y paraît. Certains opposants, comme le Hezbollah, affirment que l’accord parle de « redéploiement » au lieu de « retrait » et qu’Israël pourrait se contenter de reculer ses troupes sans quitter le pays. Nawaf Salam balaie cette interprétation. Selon lui, le mot « redéploiement » est précisé par « en dehors des territoires libanais » et désigne donc bien un retrait .

L’utilisation de la formule « chaque pouce de territoire libanais » revient fréquemment dans son discours. Il rappelle que l’accord mentionne explicitement que l’objectif est de « recouvrer le contrôle sur tout le territoire » . Il ajoute qu’un chronogramme doit être négocié et que l’armée est prête à entrer dans chaque village lorsque les troupes israéliennes se retirent. Il insiste sur le fait que l’Onu et les États‑Unis seront garants du respect du calendrier, et que toute violation pourra être signalée comme un manquement au droit international.

Entre réalisme et incertitude : la conclusion de Nawaf Salam

En conclusion de son entretien, le Premier ministre a voulu donner un ton à la fois réaliste et optimiste. Il reconnaît que le chemin vers la paix et la souveraineté est semé d’obstacles : l’opposition du Hezbollah, les réticences de Nabih Berri, les incertitudes régionales et l’effondrement économique. Il admet que la mise en œuvre du cadre risque de susciter des tensions internes. « Nous ne sommes pas des amateurs de négociations, mais nous avons choisi cette voie parce que les guerres précédentes ont été des catastrophes pour notre pays », affirme‑t‑il. Il rappelle que la guerre récente a coûté plus de cinq mille vies et causé des dégâts de plus de 7 milliards de dollars, sans compter 13 milliards de pertes économiques indirectes.

Nawaf Salam exprime aussi un souhait : que les Libanais cessent de voir l’accord comme un nouvel Oslo ou un nouveau 17 mai 1983, c’est‑à‑dire comme une trahison. Il assure que les négociations n’auront pas lieu au détriment de la souveraineté et qu’aucun article de l’accord ne sera appliqué sans la participation des institutions. Il insiste sur le rôle de la société civile, invitant les ONG à continuer de surveiller la mise en œuvre et à documenter les violations. Enfin, il tend la main aux opposants : « Nous sommes prêts à entendre vos critiques et à améliorer le texte. Mais nous devons donner une chance à la paix et à la reconstruction. Le peuple souffre. Il est temps d’agir. »

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