Le Premier Ministre libanais Hassan Diab, annonçant la mise en état de défaut du Liban. Crédit Photo: Dalati & Nohra, 8 mars 2020
Le Premier Ministre libanais Hassan Diab, annonçant la mise en état de défaut du Liban. Crédit Photo: Dalati & Nohra, 8 mars 2020

Lorsque le nouveau président des États-Unis fût élu après la crise de 1929, il appela ses partisans, représentants de gauche et dirigeants syndicaux, pour leur dire “vous m’avez élu, maintenant je vous demande de faire pression sur moi”. 

Le gouvernement Diab est le fruit des mobilisations populaires qui ont fleuri spontanément et massivement au Liban à l’automne précédent. 

Au lieu que les manifestations actuelles se développent pour qu’il puisse mettre en œuvre un programme de réformes pour la justice sociale, la mise en œuvre d’un véritable appareil productif en lieu et place d’un système de rentes et de spéculations financières, et enfin l’indépendance économique du pays, la plupart de leurs initiateurs s’évertuent au contraire à rejeter ce gouvernement, l’empêchant de puiser sa force sur des mobilisations populaires pour enrayer les multiples obstacles publics comme insidieux auxquels il fait face. Il devrait être d’une évidence pourtant qu’une très grande partie de la classe politique n’a aucun intérêt à un changement en profondeur des structures de pouvoir. Pire, beaucoup de cadres de l’État et des diverses institutions préféreront rester confinés dans les pesanteurs de l’attentisme et éviter de prendre tout risque face aux oppositions diverses et variées au gouvernement Diab au lieu d’agir, même discrètement pour lui faciliter la tâche.

Les manifestations actuelles seront-elles, consciemment ou non, les fossoyeurs du gouvernement Diab, à la grande satisfaction d’une classe politique, dans ses principales composantes, qui veut en réalité se perpétuer dans les pratiques du passé et reprendre ses bonnes vieilles habitudes ? Feront-elles finalement le jeu de l’État d’Israël et des États-Unis dont la seule obsession est de soumettre le Liban à leur main-mise,  obtenir de nouvelles consessions territoriales, et le maintenir dans un statut de pays touristique et “prostitutionnel” pour les princes du Golfe et autres et autres prédateurs financiers ?

Devrons-nous assister à une extinction des protestations populaires, comme par enchantement, le jour où le gouvernement Diab laissera la place à un nouveau dont les membres auront fait secrètement allégeance à l’État d’Israël et discrètement aux États-Unis ainsi que cela s’est passé au Soudan ? Car souvenons-nous quand même de ce pays, avec cette expérience si récente ? Les manifestations, si massives, si puissantes, qui ont réussi à mettre en miettes toutes les combinaisons proposées par le pouvoir pour se maintenir après toilettage, ont brusquement disparues,  comme par un coup de baguette magique, le jour ou la combinaison “gagnante” a été enfin rendue publique ! Laquelle ? Celle qui s’engageait à établir des relations avec l’État d’Israël et rétablir son allégeance aux États-Unis bien sûr. Il est évident que des initiateurs de ces mobilisations auront obtenu et/ou obtiendront à terme des portefeuilles garnis, des places au soleil, des ONG très largement financées pour leur permettre de vivre le grand luxe et sous les feux de la rampe s’il vous plaît ! Bien sûr, une partie des couches moyennes disposera à juste titre des plaisirs de la libération des mœurs. Mais que restera-t-il à l’immense majorité de la population soudanaise, sinon de se refermer de nouveau sur elle-même, se recroqueviller dans sa déception et sa résignation, et se nourrir d’espoir et des paillettes de la télévision, promesse de que la multiplication des richesses des plus riches finira par ruisseler sous forme d’aumônes et d’assistances pour “ceux qui savent être patients”.

Est-ce le sort qui attend de nouveau le Liban ? Est-ce la soumission de ceux qui attendent de leurs enfants partis si loin pour un autre avenir qu’ils leur envoient de quoi survivre en attendant de voir leurs frères et sœurs émigrés à leur tour ?

Ou est-ce que des mobilisations massives vont enfin se lever pour dire que ce gouvernement n’est pas seul, qu’il n’est pas soutenu juste par des gestes et des déclarations politiques ? N’est-il pas largement temps que ces mobilisations massives se lèvent pour dire que le peuple libanais attend une justice indépendante, des investissements productifs à tous les niveaux, de l’agriculture à l’industrie et au tourisme durable et solidaire, à une politique économique indépendante et ouverte à toutes les nations avec lesquelles le Liban est en paix. Dire qu’il est temps, largement temps de larguer les amarres et s’ouvrir à d’autres horizons que la soumission ou la fuite individuelle et, pour le peuple libanais, ne lui rester que les larmes pour pleurer.

Le 25 juin 2020

Scandre HACHEM

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