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Le remaniement ministériel sort de l’agenda : pourquoi le pouvoir préfère aujourd’hui conserver le gouvernement Salam

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Une rumeur démentie au sommet de l’État

Le scénario d’un remaniement du gouvernement de Nawaf Salam ne serait actuellement discuté ni entre la présidence de la République et le Grand Sérail, ni dans le cadre d’une initiative politique suffisamment avancée pour conduire au remplacement de plusieurs ministres. Les informations faisant état de changements imminents dans certaines portefeuilles, accompagnées parfois de noms de successeurs potentiels, sont catégoriquement démenties par une source officielle libanaise de premier plan. Selon cette version, personne n’aurait officiellement saisi Joseph Aoun d’une proposition de remaniement et aucune discussion de ce type ne serait engagée avec Nawaf Salam.

Le démenti est d’autant plus intéressant que l’idée n’est pas présentée comme entièrement imaginaire. Un changement gouvernemental avait bien été envisagé auparavant. La réflexion remontait à la période précédant la guerre et avait notamment pris de l’ampleur après la prorogation du mandat de la Chambre des députés. À ce moment-là, l’objectif était de profiter de l’allongement de la période politique pour injecter du « sang neuf » dans l’équipe ministérielle. L’hypothèse répondait donc à une logique différente de celle qui domine aujourd’hui : améliorer le fonctionnement du gouvernement, renouveler certaines figures et adapter l’exécutif à une séquence politique devenue plus longue que prévu.

La guerre a bouleversé ce calcul. Les priorités du pouvoir ont basculé vers le sud, les négociations avec Israël, le déploiement de l’armée, la question des armes, la reconstruction, la crise sociale et la préparation de l’après-Finul. Un remaniement qui pouvait apparaître quelques mois plus tôt comme un instrument de relance gouvernementale est désormais considéré comme une opération susceptible d’ouvrir davantage de problèmes qu’elle n’en résoudrait. La question n’est donc plus seulement de savoir quels ministres pourraient être remplacés. Elle est de déterminer si le Liban peut se permettre une bataille politique autour de la composition du gouvernement au moment où l’exécutif doit gérer plusieurs dossiers existentiels simultanément.

Cette évolution explique le paradoxe actuel. Les critiques contre certains ministres et contre l’action gouvernementale n’ont pas disparu. La colère sociale augmente. Des députés reprochent à l’exécutif ses réponses insuffisantes. Les divergences au sein même de l’équipe gouvernementale apparaissent parfois publiquement. Pourtant, ces faiblesses ne conduisent pas mécaniquement à un remaniement. Elles renforcent au contraire, dans le contexte actuel, la préférence pour la continuité.

Le projet existait avant la guerre

La précision selon laquelle le remaniement avait été envisagé avant la guerre permet de comprendre que la rumeur actuelle s’appuie sur un ancien projet politique. Après la prorogation du mandat parlementaire, le calendrier institutionnel avait changé. Le gouvernement disposait potentiellement d’une période d’action plus longue et certains responsables considéraient qu’une équipe partiellement renouvelée pouvait donner un nouvel élan à l’exécutif.

L’expression « injecter du sang neuf » résume la logique qui prévalait alors. Il ne s’agissait pas nécessairement de renverser le gouvernement ni de modifier son orientation générale. L’hypothèse consistait plutôt à changer certaines personnalités, à corriger des faiblesses apparues dans plusieurs ministères et à donner une nouvelle dynamique à une équipe appelée à rester en fonction plus longtemps que prévu.

Une telle opération aurait également permis de traiter certaines tensions politiques sans ouvrir une crise gouvernementale complète. Au Liban, la modification d’un nombre limité de portefeuilles peut théoriquement offrir un compromis entre le maintien de la structure gouvernementale et la volonté de plusieurs forces de revoir leur représentation. Mais ce qui paraît simple sur le papier devient rapidement complexe dès qu’il faut déterminer quels ministres partent, qui les remplace et comment préserver les équilibres politiques et confessionnels.

La guerre a rendu cette équation beaucoup plus risquée. Tout changement de ministre peut désormais être interprété à travers les grandes fractures du moment : attitude face aux négociations avec Israël, relation avec le Hezbollah, politique à l’égard de l’Iran, monopole des armes, coopération avec les États-Unis ou encore gestion de la crise sociale. Un remplacement qui aurait auparavant relevé d’une logique de performance gouvernementale peut aujourd’hui être présenté comme une victoire ou une défaite politique d’un camp.

C’est précisément ce que le pouvoir cherche à éviter. Le maintien de l’équipe actuelle permet de ne pas ouvrir une négociation parallèle sur les équilibres internes alors que l’État tente déjà de négocier le retrait israélien et la future architecture sécuritaire du sud.

La guerre a complètement changé la hiérarchie des priorités

Depuis l’escalade régionale, l’exécutif fonctionne sous une pression qui dépasse largement la gestion gouvernementale ordinaire. Le premier dossier est celui du territoire. Le Liban cherche à obtenir de nouveaux retraits israéliens tout en déployant l’armée dans les zones évacuées. Les États-Unis conditionnent une partie de leur soutien à des progrès concrets dans l’exercice de l’autorité de l’État. Israël continue de poser la question des capacités militaires du Hezbollah. Les négociations doivent parallèlement déterminer si une nouvelle phase sera engagée avant ou après les élections israéliennes.

À cette équation s’ajoute la fin programmée de la mission de la Finul. Le Liban doit préparer un nouveau dispositif international sans savoir encore quelle formule sera retenue. Une initiative franco-italienne est étudiée. Une force à dominante européenne est évoquée. Le recours à des observateurs internationaux renforcés constitue une autre piste. Aucun de ces scénarios n’est encore arrêté, et chacun soulève des questions sur le mandat, la zone d’action et la protection des militaires étrangers.

Le gouvernement doit simultanément gérer sa relation avec l’Iran. La rencontre entre Nawaf Salam et Masoud Pezeshkian à New York a montré que le Premier ministre cherche à reconstruire une relation d’État à État avec Téhéran, fondée sur la souveraineté et la non-ingérence. Il a clairement lié cette relation à la priorité donnée au retrait israélien et à l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

La relation avec la Syrie entre également dans une phase nouvelle. Nawaf Salam et Ahmad al-Sharaa ont discuté de la révision des accords entre les deux pays, de la remise en activité de la commission supérieure commune et de projets de liaison dans l’électricité, les chemins de fer et l’énergie. Là encore, le gouvernement travaille sur des dossiers qui nécessitent une continuité administrative et politique.

Modifier l’équipe ministérielle dans cette phase obligerait certains ministères à interrompre ou à réorganiser leurs dossiers au moment où les négociations sont particulièrement sensibles. La question du remaniement ne peut donc plus être examinée uniquement sous l’angle de la performance individuelle des ministres. Elle doit être comparée au coût politique et administratif d’une redistribution des portefeuilles.

Les tensions gouvernementales existent pourtant

L’abandon du remaniement ne signifie pas que le gouvernement fonctionne sans divergences. La séquence de New York en a fourni un exemple révélateur. La rencontre entre Nawaf Salam et le président iranien aurait été précédée de désaccords au sein de la délégation libanaise. Le Premier ministre aurait accepté la demande iranienne d’organiser l’entretien malgré les réserves du ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi. Salam aurait finalement tranché personnellement en faveur de la rencontre.

Cet épisode, s’il est replacé dans la question du remaniement, montre pourquoi certaines rumeurs peuvent apparaître crédibles. Les différences de ligne existent. Elles concernent parfois des dossiers aussi sensibles que l’Iran. Pourtant, la décision politique actuelle semble être de gérer ces désaccords à l’intérieur de l’équipe plutôt que de les résoudre par le remplacement de ministres.

Cette approche permet à Nawaf Salam de préserver son autorité de chef du gouvernement. Dans l’épisode iranien, il n’aurait pas modifié la composition de son équipe pour imposer une orientation. Il aurait simplement exercé son pouvoir d’arbitrage et décidé que la rencontre devait avoir lieu. Le fonctionnement institutionnel devient ainsi un moyen de contenir les divergences sans provoquer une crise.

Cette méthode comporte toutefois des limites. Plus les désaccords deviennent publics, plus les observateurs peuvent interpréter chaque différend comme le prélude à un changement ministériel. La circulation de noms de remplaçants s’alimente alors de conflits réels, même lorsqu’aucune procédure de remaniement n’est engagée.

Le démenti actuel vise précisément à couper court à cette mécanique. Les divergences ne doivent pas être automatiquement traduites en scénario de remplacement. La présidence et le Grand Sérail peuvent continuer à travailler avec des ministres qui ne partagent pas toujours la même appréciation tactique, tant que les grandes orientations restent fixées par les institutions.

Une crise sociale qui aurait pu justifier une relance de l’équipe

Le contexte intérieur pourrait pourtant fournir des arguments aux partisans d’un remaniement. La situation sociale se détériore rapidement. Les fonctionnaires du secteur public entrent dans une nouvelle phase de grèves. Le pouvoir d’achat continue de subir la hausse des prix. Le coût de l’énergie, du transport, de l’alimentation, de l’électricité privée et du logement exerce une pression considérable sur les ménages.

Les estimations disponibles montrent l’ampleur du problème. Pour une famille de quatre personnes louant un logement à Beyrouth ou dans sa banlieue, les seules dépenses de logement, nourriture, électricité, eau et transport peuvent atteindre environ 1 400 à 1 500 dollars par mois. Ce calcul exclut pourtant l’éducation, l’hospitalisation, les médicaments, les vêtements, les télécommunications, l’accès à internet et de nombreuses dépenses courantes.

Le revenu moyen utilisé dans l’une des enquêtes consacrées au secteur privé se situe autour de 560 dollars mensuels pour les travailleurs libanais restés en emploi. Même avec deux revenus de ce niveau dans le même foyer, la famille n’atteint pas le montant nécessaire pour couvrir les cinq dépenses essentielles étudiées. Le déficit apparaît donc avant même les frais scolaires ou médicaux.

Le président Joseph Aoun a lui-même été alerté sur la gravité de la situation. Une note remise par le Conseil économique, social et environnemental estime que les tensions sociales atteignent un niveau susceptible de concurrencer les risques sécuritaires et stratégiques auxquels le pays est confronté. Parmi les propositions figure la création d’un dialogue national économique et social associant l’État, les forces politiques, les représentants économiques, les syndicats et les acteurs sociaux.

Dans une période politique ordinaire, une telle accumulation de difficultés aurait pu nourrir un argument simple : changer certains ministres pour donner le sentiment d’une nouvelle impulsion. Mais la réponse retenue semble différente. Le pouvoir préfère demander des politiques nouvelles à l’équipe existante plutôt que reconstruire l’équilibre gouvernemental.

Le secteur public devient une bombe politique

La situation du secteur public renforce cette pression. Abbas Halabi décrit la structure administrative comme une « bombe énorme à retardement ». Son analyse est particulièrement sévère : le problème ne serait pas traité en raison des considérations confessionnelles, politiques et clientélistes qui empêchent une véritable restructuration.

Cette crise ne concerne pas seulement le niveau des salaires. Elle touche à l’organisation même de l’administration. L’État doit répondre à la dégradation du pouvoir d’achat de ses employés sans déclencher une nouvelle spirale inflationniste ni créer des charges budgétaires qu’il ne peut financer durablement. Il doit également éviter que les mouvements sociaux ne paralysent des services déjà fragiles.

La multiplication des grèves peut donc devenir une menace directe pour le gouvernement. Pourtant, là encore, la stratégie ne semble pas passer par un changement d’équipe. Le raisonnement est probablement que remplacer un ministre ne règle ni le financement des rémunérations ni les déséquilibres structurels de l’administration. Une crise budgétaire ne disparaît pas avec un nouveau titulaire de portefeuille.

Le pouvoir cherche plutôt à gagner du temps pour construire une réponse financière. Cela explique aussi l’importance accordée aux discussions avec le Fonds monétaire international et aux aides extérieures. La question sociale est devenue indissociable des réformes financières et du rétablissement de la confiance internationale.

Cette réalité rend paradoxalement le remaniement moins utile. Une nouvelle équipe ne disposerait pas de ressources supplémentaires. Elle devrait affronter immédiatement les mêmes revendications, les mêmes contraintes budgétaires et les mêmes échéances internationales.

Modifier le gouvernement ouvrirait une bataille sur les équilibres

Le problème le plus délicat reste cependant politique. Dès que le principe d’un remaniement est admis, chaque force chercherait à savoir quelles fonctions sont concernées. Un changement limité pourrait rapidement devenir une négociation générale sur la représentation au gouvernement.

Le Liban se trouve déjà dans une période de fortes tensions autour du Hezbollah, de l’Iran, des négociations avec Israël et de la souveraineté de l’État. Remplacer un ministre associé à une sensibilité particulière pourrait être interprété comme un changement de ligne. Le choix de son successeur déclencherait immédiatement une bataille sur l’équilibre entre les différentes forces.

La question ne se limiterait pas aux partis. Les équilibres confessionnels devraient également être préservés. Chaque portefeuille dispose d’un poids institutionnel et symbolique. Le remplacement d’un ministre pourrait donc nécessiter une série de compensations qui transformeraient une opération technique en négociation politique nationale.

La présidence de la République et le Grand Sérail n’ont aujourd’hui aucun intérêt évident à ouvrir ce chantier. Leur priorité est de maintenir une capacité de décision commune sur les grands dossiers. Le fait que le remaniement n’ait même pas été discuté entre les deux présidences est donc un élément significatif. Il indique que la stabilité de l’exécutif est, pour l’instant, considérée comme plus importante que son renouvellement.

Le statu quo ne vaut pas satisfecit

Écarter le remaniement ne signifie toutefois pas que le gouvernement bénéficie d’un blanc-seing. Les critiques parlementaires sont nombreuses. Lors de la séance consacrée à l’action du gouvernement, plusieurs réponses ministérielles ont été jugées insuffisantes par des députés. Les dossiers sociaux, économiques et sécuritaires restent ouverts.

Le gouvernement doit également démontrer que la stabilité institutionnelle produit des résultats. S’il invoque la guerre et les négociations pour éviter une modification de sa composition, il ne peut pas utiliser ces mêmes circonstances pour justifier indéfiniment l’inaction intérieure. La continuité devient donc une obligation de résultat.

La question est particulièrement nette sur l’économie. Les ménages supportent une hausse du coût des services privés qui compensent l’absence ou l’insuffisance des services publics. Ils paient l’électricité des générateurs, achètent de l’eau, financent directement une part croissante de leurs dépenses médicales et assument des transports extrêmement coûteux. Dans le même temps, les impôts indirects et les droits supplémentaires pèsent sur la consommation.

L’exécutif doit donc répondre à une contradiction : il veut conserver sa composition pour assurer la continuité, mais cette continuité sera jugée sur sa capacité à améliorer une situation quotidienne qui se dégrade. L’abandon du remaniement supprime l’argument d’une période d’adaptation liée à l’arrivée de nouveaux ministres. L’équipe actuelle reste pleinement responsable des dossiers en cours.

Le remaniement est gelé, pas nécessairement enterré

La décision actuelle doit enfin être replacée dans son calendrier. Le projet avait existé avant la guerre. Il a été abandonné lorsque les priorités ont changé. Rien ne permet donc de conclure qu’un remaniement est définitivement exclu jusqu’à la fin du mandat du gouvernement.

Une stabilisation du front, des progrès dans les négociations avec Israël ou une clarification de l’après-Finul pourraient modifier à nouveau le calcul. Une aggravation de la crise sociale ou un échec majeur dans un ministère pourrait également remettre le sujet sur la table. L’idée a déjà existé et pourrait réapparaître si les circonstances redeviennent favorables.

Pour l’instant, le message est néanmoins sans ambiguïté. Les noms qui circulent ne correspondent pas à un processus institutionnel engagé. Aucun accord n’est en préparation entre Baabda et le Grand Sérail pour remplacer plusieurs ministres. Le projet ancien de renouvellement partiel de l’équipe a été dépassé par la guerre et par les urgences qui en découlent.

Le statu quo gouvernemental est donc moins le résultat d’une satisfaction générale que d’un calcul de risque. Ouvrir aujourd’hui le gouvernement reviendrait à ajouter une négociation intérieure complexe aux négociations territoriales, militaires, financières et diplomatiques déjà en cours. Le pouvoir choisit pour le moment de conserver l’équipe existante et de gérer ses tensions en interne.

Cette décision place cependant Nawaf Salam et ses ministres devant une exigence accrue. Ils ne peuvent plus compter sur la perspective d’un remaniement pour donner l’image d’un nouveau départ. La relance devra venir des décisions elles-mêmes : avancées dans le sud, réponse aux grèves, réforme de l’administration, négociation financière, soutien à l’armée et amélioration des services. C’est désormais sur ces résultats, et non sur un changement de visages, que se jouera la prochaine phase du gouvernement.

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Newsdesk Libnanews
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