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Trois médias de Sehnaoui visés par un signalement devant la justice

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Plus de vingt avocats libanais ont saisi le parquet général près la Cour de cassation au sujet de « Houna Loubnan », « Ici Beyrouth » et « This Is Beirut », trois plateformes liées au banquier et homme d’affaires Antoun Sehnaoui. Le signalement demande une enquête sur des contacts et coopérations présumés avec des acteurs israéliens. Il intervient après l’annonce d’un partenariat entre « This Is Beirut » et la chaîne israélienne i24NEWS et prolonge une série d’épisodes impliquant directement Sehnaoui. Celui-ci avait notamment coorganisé à Washington, le 27 juillet 2026, un dîner auquel participaient le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son épouse Sara. La justice libanaise avait alors ouvert une enquête et émis un avis de recherche à son encontre.

Le nouveau signalement judiciaire ne concerne pas seulement des journalistes ou quelques contenus publiés séparément. Il pose la question du rôle du propriétaire et financier des médias concernés.

Antoun Sehnaoui est un acteur connu du paysage bancaire et médiatique libanais. Il préside la Société générale de banque au Liban, SGBL, et a développé au fil des années des intérêts dans les médias.

« Ici Beyrouth » appartient à cet ensemble médiatique. Le site francophone a été lancé en 2021 avec le journaliste Frédéric Domont. Sa déclinaison anglophone, « This Is Beirut », constitue aujourd’hui la plateforme qui a publiquement annoncé une coopération avec i24NEWS.

Les liens financiers de Sehnaoui avec « Ici Beyrouth » sont documentés depuis plusieurs années. Un rapport de la Fondation Samir Kassir consacré au financement des médias libanais cite ainsi « Ici Beyrouth » parmi les médias en ligne financés par Antoun Sehnaoui.

« This Is Beirut » est également identifié par plusieurs médias internationaux comme appartenant au banquier libanais. Lorsque la justice s’est intéressée à Sehnaoui en juillet après son dîner avec Netanyahu, une agence de presse internationale a d’ailleurs décrit « This Is Beirut » comme un site lié au banquier.

Le signalement déposé en septembre élargit donc le dossier : la question n’est plus seulement celle des contacts personnels de Sehnaoui avec des responsables israéliens. Elle concerne désormais aussi les activités de médias placés dans son environnement économique et éditorial.

Plus de vingt avocats saisissent le parquet

Les avocats ont saisi le parquet général près la Cour de cassation contre « Houna Loubnan », « Ici Beyrouth » et « This Is Beirut », ainsi que contre toute personne dont la participation aux faits pourrait être établie par l’enquête.

Ils demandent la convocation des propriétaires et dirigeants des plateformes concernées.

Ils souhaitent également que les services de sécurité et les organismes compétents recueillent les documents, communications et données permettant de déterminer la nature exacte des relations avec des acteurs israéliens.

Le signalement invoque plusieurs articles du Code pénal libanais ainsi que la législation relative au boycott d’Israël.

Il appartient cependant au parquet de déterminer si les faits présentés justifient une enquête et, éventuellement, des poursuites. Les qualifications avancées par les avocats ne constituent pas à ce stade des conclusions judiciaires.

Cette précaution est d’autant plus importante que le dossier mêle plusieurs types de faits : publications journalistiques, contacts professionnels, coopération entre médias et relations personnelles ou politiques.

This Is Beirut officialise sa coopération avec i24NEWS

L’élément le plus récent concerne « This Is Beirut ».

En septembre 2026, la plateforme anglophone liée à Sehnaoui et i24NEWS ont annoncé publiquement une coopération. Une vidéo commune a présenté cette initiative comme un rapprochement entre les deux rédactions.

i24NEWS est une chaîne israélienne créée en 2013 par l’homme d’affaires franco-israélien Patrick Drahi. Elle diffuse en plusieurs langues depuis Jaffa.

La nature précise de l’accord avec « This Is Beirut » n’a pas été détaillée.

Les deux médias n’ont notamment pas précisé publiquement si leur relation comprend une coproduction régulière, un échange de reportages, le partage de contenus ou une autre forme de coopération éditoriale.

Cette absence de détails constitue précisément l’un des points qu’une enquête pourrait chercher à éclaircir.

Le parquet pourrait examiner qui a négocié la relation, qui l’a autorisée au sein du média libanais et quelles obligations éventuelles ont été convenues entre les deux parties.

La question d’Antoun Sehnaoui devient alors centrale en raison de sa position de propriétaire de « This Is Beirut ».

Un propriétaire lui-même visé pour ses contacts avec Israël

Le calendrier donne au nouveau signalement une portée particulière.

Moins de deux mois avant l’annonce de la coopération entre « This Is Beirut » et i24NEWS, Antoun Sehnaoui avait lui-même été visé par la justice libanaise en raison de ses contacts avec des responsables israéliens.

Le 27 juillet 2026, Sehnaoui et l’ancienne diplomate américaine Morgan Ortagus ont organisé à Washington un dîner en mémoire du sénateur républicain Lindsey Graham, décédé le 11 juillet.

Benjamin Netanyahu et son épouse Sara figuraient parmi les participants.

Des responsables américains étaient également présents.

Des photographies diffusées après l’événement ont montré Antoun Sehnaoui à la même table que le Premier ministre israélien et son épouse.

Une agence de presse internationale a confirmé auprès d’un responsable israélien et d’une personne informée de l’organisation du dîner que celui-ci avait été organisé par Sehnaoui et Morgan Ortagus.

L’événement a immédiatement provoqué une controverse au Liban.

Vingt avocats avaient déjà porté l’affaire devant la justice

Le 29 juillet, vingt avocats libanais ont saisi le procureur général afin qu’une enquête soit ouverte sur la rencontre entre Antoun Sehnaoui et Benjamin Netanyahu.

Ils accusaient notamment le banquier de contacts avec Israël et demandaient à la justice d’examiner une éventuelle violation de la législation libanaise.

Le même jour, le juge Ahmad Rami el-Hajj, près la Cour de cassation, a émis un avis de recherche d’une durée de trente jours visant Sehnaoui.

La décision demandait aux services de sécurité de le localiser et de l’interroger.

La justice avait auparavant demandé une vérification de la photographie du dîner. Selon les informations rapportées par une agence de presse internationale, le Bureau technique de l’information avait conclu que l’image était authentique et n’avait été ni manipulée numériquement ni produite par intelligence artificielle.

Sehnaoui se trouvait alors aux États-Unis.

Cette procédure ne vaut pas condamnation. Elle établit toutefois qu’avant même la nouvelle affaire concernant ses médias, ses propres relations avec des personnalités israéliennes faisaient déjà l’objet d’un examen judiciaire au Liban.

Une proximité avec Israël revendiquée publiquement

Le dîner avec Netanyahu n’était pas le premier épisode public associant Antoun Sehnaoui à Israël.

En avril 2026, il avait participé à Washington aux « Days of Remembrance », la cérémonie annuelle organisée par le United States Holocaust Memorial Museum.

Son nom avait également été inscrit sur le mur des donateurs du musée.

Morgan Ortagus avait alors publiquement évoqué son engagement. Elle avait notamment parlé de son soutien à une initiative culturelle américano-israélienne.

Elle avait aussi décrit Sehnaoui et sa famille comme issus de plusieurs générations de « chrétiens sionistes », une caractérisation rapportée par la presse anglophone.

Sehnaoui a par ailleurs publiquement défendu l’établissement de relations diplomatiques entre le Liban et Israël.

Ces prises de position sont importantes pour comprendre le contexte politique du dossier. Elles ne constituent cependant pas, en elles-mêmes, la preuve des infractions alléguées dans les procédures judiciaires.

La justice doit examiner des actes précis et non une orientation politique.

Les médias de Sehnaoui avaient déjà ouvert leurs contenus à Israël

La coopération avec i24NEWS ne constitue pas non plus le premier contenu israélien publié par les plateformes liées à Sehnaoui.

Le 4 décembre 2025, « Ici Beyrouth » avait diffusé un entretien avec Yechiel Leiter, ambassadeur d’Israël aux États-Unis.

Cette interview avait déjà suscité une controverse au Liban.

Elle constituait un précédent important : un média libanais donnait directement la parole à un représentant diplomatique israélien alors que les deux pays ne disposent pas de relations diplomatiques.

À partir de février 2026, une nouvelle étape est franchie avec la diffusion de reportages réalisés directement en Israël.

Plusieurs de ces contenus sont signés Selena Ryan.

Des reportages depuis Israël à partir de février

Le 10 février 2026, « This Is Beirut » publie un reportage de Selena Ryan donnant la parole à des habitants du nord d’Israël sur leurs relations avec le Liban.

D’autres productions suivent.

En avril, elle interroge Avichai Stern, maire de Kiryat Shmona. En mai, un reportage porte sur les chrétiens en Israël. En août, une production tournée à Tel-Aviv donne notamment la parole au maire adjoint de la ville et à des Israéliens favorables à un rapprochement avec le Liban.

« This Is Beirut » présente Selena Ryan comme une journaliste indépendante couvrant la société israélienne et les affaires régionales.

La plateforme mentionne également son rôle à la tête de l’« Israel-Lebanon Friendship Association » au sein de l’Abrahamic Movement.

Une enquête journalistique publiée en septembre s’est ensuite intéressée à son parcours. Elle a notamment fait état d’un passage dans l’armée israélienne et d’activités liées à la « hasbara », terme utilisé pour désigner les actions israéliennes de diplomatie publique et de communication.

Selon les éléments repris dans le signalement, quatre reportages et treize publications associés à Ryan auraient été diffusés par les plateformes concernées sur une période de six mois.

Ces affirmations devront être vérifiées dans le cadre d’une éventuelle enquête.

De l’interview au partenariat institutionnel

La chronologie permet de mesurer l’évolution du dossier.

En décembre 2025, « Ici Beyrouth » publie l’interview d’un diplomate israélien.

À partir de février 2026, des reportages réalisés depuis Israël sont proposés au public libanais.

En avril, Antoun Sehnaoui participe à une cérémonie au Musée de l’Holocauste à Washington et ses positions favorables à Israël sont publiquement évoquées.

En juillet, il coorganise un dîner auquel participe Benjamin Netanyahu. Vingt avocats saisissent alors la justice libanaise et un avis de recherche est émis à son encontre.

En août, « This Is Beirut » continue à publier des reportages réalisés en Israël.

En septembre, la plateforme officialise une coopération avec i24NEWS.

Puis plus de vingt avocats saisissent le parquet au sujet de « Houna Loubnan », « Ici Beyrouth » et « This Is Beirut ».

Cette succession ne prouve pas à elle seule l’existence d’une stratégie commune ou d’une infraction pénale. Elle fournit en revanche le contexte nécessaire pour comprendre pourquoi le nouveau signalement dépasse largement la question d’un seul reportage.

La propriété des médias devient un élément central

Le rôle d’Antoun Sehnaoui constitue ainsi l’une des principales questions que pourrait soulever l’enquête.

Il ne s’agit pas seulement d’un homme d’affaires extérieur aux médias concernés.

Il est propriétaire de « This Is Beirut » et lié au financement et au développement d’« Ici Beyrouth ». Les auteurs du signalement demandent précisément que les propriétaires des plateformes soient entendus.

Cette structure de propriété pourrait permettre aux enquêteurs de chercher à déterminer à quel niveau les décisions concernant Israël ont été prises.

Les reportages ont-ils été décidés uniquement par les rédactions ? La coopération avec i24NEWS a-t-elle été négociée par la direction éditoriale ou au niveau de l’actionnaire ? Antoun Sehnaoui a-t-il participé directement aux discussions ? Existe-t-il des contrats ou des accords financiers entre les structures concernées ?

Aucune réponse vérifiée ne permet encore de trancher ces questions.

Elles deviennent cependant pertinentes en raison de la convergence entre les initiatives éditoriales des médias et les propres contacts publics de leur propriétaire avec des responsables israéliens.

Ce que le parquet devra désormais établir

Le dossier possède désormais deux dimensions étroitement imbriquées.

La première concerne Antoun Sehnaoui lui-même : sa rencontre avec Benjamin Netanyahu, son rôle dans l’organisation du dîner de Washington, ses prises de position publiques sur Israël et la procédure judiciaire ouverte au Liban cet été.

La seconde concerne les médias placés sous son contrôle ou financés par lui : l’interview d’un diplomate israélien, les reportages réalisés depuis Israël et, désormais, la coopération publique de « This Is Beirut » avec i24NEWS.

La proximité entre ces deux dimensions constitue le principal enjeu du nouveau signalement.

Elle ne permet pas de conclure que Sehnaoui a personnellement ordonné ou négocié chaque publication. Elle justifie en revanche que son rôle soit précisément établi si le parquet décide d’ouvrir une enquête.

Les avocats demandent pour cette raison l’audition des propriétaires et dirigeants ainsi que la collecte des communications, documents et données relatifs aux faits dénoncés.

Le parquet devra alors distinguer les responsabilités individuelles, les décisions éditoriales et les éventuels accords institutionnels.

Il devra aussi déterminer si les relations mises en évidence relèvent exclusivement de l’activité journalistique ou si certaines entrent dans le champ des interdictions prévues par le droit libanais concernant Israël.

Le nouveau signalement marque ainsi une étape supplémentaire. Après avoir examiné cet été les contacts personnels d’Antoun Sehnaoui avec Benjamin Netanyahu, la justice libanaise est désormais appelée à se pencher sur les relations avec Israël développées par des médias dont le banquier est propriétaire ou financier. La décision du parquet sur l’ouverture d’investigations et l’audition des responsables concernés constitue désormais la prochaine étape du dossier.

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