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Washington-Téhéran : le Liban dans l’angle mort d’une négociation qui pourrait pourtant redessiner son rapport de force

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Le Liban n’est pas officiellement partie aux discussions engagées à New York entre les États-Unis et l’Iran. Aucun négociateur libanais ne participe aux échanges transmis par les médiateurs, et aucun élément disponible ne permet d’affirmer qu’un chapitre formel consacré au Hezbollah aurait déjà fait l’objet d’un compromis. Pourtant, Beyrouth suit ces discussions avec une attention particulière. Le contenu des demandes iraniennes, la réponse américaine et l’élargissement du dialogue aux différents fronts régionaux peuvent avoir des conséquences directes sur le Sud-Liban, sur les armes du Hezbollah et sur la marge dont dispose l’État pour rétablir son autorité.

Le premier élément à retenir est précisément ce décalage. Le Liban n’est pas assis à la table, mais il est exposé au résultat. Selon des milieux présidentiels libanais, les responsables officiels suivent attentivement les discours et les informations provenant de New York afin d’identifier ce qui se négocie réellement entre Washington et Téhéran. Cette vigilance explique en partie l’intensité de l’activité de Nawaf Salam aux États-Unis. Le Premier ministre cherche simultanément à empêcher un vide international dans le Sud après la Finul et à obtenir un soutien extérieur aux décisions du gouvernement sur l’autorité de l’État et la décision de guerre et de paix.

Cette simultanéité est le véritable point de départ. Beyrouth tente d’avancer sur ses propres dossiers pendant que Washington et Téhéran discutent d’une sortie de guerre beaucoup plus large.

La première bataille a porté sur une photographie qui n’a finalement jamais existé

Les contacts de New York ont d’abord produit une controverse sur leur forme. Donald Trump les a présentés comme un échange substantiel avec des responsables iraniens. Les premières informations ont même laissé entendre qu’une réunion d’environ trois heures s’était tenue entre les deux parties. Cette présentation a provoqué une réaction à Téhéran, où les instructions données à la délégation iranienne auraient précisément exclu un face-à-face avec les Américains.

Steve Witkoff a ensuite apporté une clarification déterminante : les discussions se sont déroulées par l’intermédiaire de médiateurs qui circulaient entre les deux délégations. Le canal qatari a joué un rôle central dans la transmission des messages. Un haut responsable iranien a confirmé par la suite que Téhéran avait reçu une réponse américaine et qu’elle était en cours d’examen.

La correction peut paraître protocolaire. Elle révèle en réalité la fragilité politique du processus. L’Iran accepte de négocier, mais refuse encore de donner l’image d’un pouvoir contraint à un tête-à-tête avec Washington après sept mois de guerre. Les États-Unis, à l’inverse, ont intérêt à présenter l’ouverture diplomatique comme le résultat de la pression exercée sur Téhéran.

Le désaccord sur la mise en scène ne doit pourtant pas masquer l’essentiel : les deux adversaires échangent désormais des propositions suffisamment précises pour nécessiter une réponse.

Le processus a donc dépassé le stade des simples déclarations publiques.

Ce que l’Iran a réellement demandé aux Américains

Les exigences iraniennes rapportées dans les différents documents convergent sur plusieurs points.

Téhéran réclame d’abord une cessation durable des hostilités. Il demande ensuite la levée du dispositif maritime américain qui pèse sur ses échanges. Le détroit d’Ormuz occupe logiquement une place centrale dans cette négociation. Massoud Pezeshkian a lui-même insisté à New York sur l’impossibilité, selon lui, de laisser les autres États bénéficier librement de cette voie maritime alors que l’Iran subirait simultanément des restrictions.

Cette position ne relève pas seulement de la politique étrangère. Elle touche directement à la capacité économique iranienne.

Les sanctions américaines contre le secteur aérien illustrent la même stratégie de pression. Washington a placé 27 compagnies aériennes iraniennes sous sanctions. Les prestataires étrangers qui continueraient à leur fournir certains services s’exposeraient à leur tour à des mesures les excluant du système financier fondé sur le dollar. L’Irak aurait déjà informé ses aéroports de restrictions concernant les appareils iraniens, tandis que les liaisons vers Bagdad et Mascate ont été affectées.

Dans le même temps, des vols iraniens continuaient d’être observés vers la Chine, la Turquie et les Émirats arabes unis.

Pékin a publiquement rejeté les sanctions unilatérales qui ne reposent pas sur une décision du Conseil de sécurité.

Cette confrontation autour de l’aviation montre pourquoi Téhéran insiste autant sur la levée du blocus et des restrictions économiques. L’Iran ne veut pas seulement un arrêt des frappes. Il cherche une sortie de guerre qui rétablisse ses capacités de circulation, de commerce et de financement.

C’est dans cette architecture que les fronts régionaux prennent leur importance.

Le mot décisif est « fronts », parce qu’il empêche de réduire la négociation à l’Iran

Selon les informations disponibles, Téhéran ne veut pas que la cessation des hostilités soit pensée exclusivement comme un arrangement bilatéral entre les États-Unis et l’Iran. La question de la fin des combats sur les différents fronts régionaux fait partie des sujets transmis par les médiateurs.

Cette formulation est capitale pour le Liban.

Elle ne signifie pas que l’Iran aurait demandé aux États-Unis un accord particulier garantissant les armes du Hezbollah. Aucun élément disponible ne permet de l’affirmer. Elle signifie cependant que Téhéran cherche à éviter une situation dans laquelle il obtiendrait une accalmie sur son propre territoire tandis que la pression militaire continuerait contre ses alliés ailleurs dans la région.

Washington voit précisément dans cette demande un point de désaccord.

Les informations provenant des milieux américains indiquent que l’administration considère la formule iranienne sur la fin de la guerre dans les différents théâtres comme une tentative de protéger les alliés régionaux de Téhéran. Le Hezbollah entre dans cette lecture, au même titre que les Houthis au Yémen et les groupes armés proches de l’Iran en Irak.

Le Liban apparaît donc dans la négociation sans être nécessairement nommé comme dossier autonome.

Il apparaît à travers le Hezbollah.

Cette différence est fondamentale. Elle signifie que le Liban peut être affecté par un compromis régional dont l’objet juridique et diplomatique n’est pas le Liban lui-même.

Washington veut beaucoup plus qu’un nouvel accord nucléaire

L’une des erreurs serait de lire les discussions actuelles comme une simple nouvelle version du contentieux nucléaire.

Les exigences américaines sont beaucoup plus larges.

Washington veut traiter le programme nucléaire iranien, mais également les missiles balistiques, les menaces contre la navigation et le réseau régional constitué autour de Téhéran. Le Hezbollah fait partie de ce dernier dossier.

Cette approche modifie profondément l’équation libanaise.

Pendant des années, les armes du Hezbollah ont été débattues au Liban comme un problème relevant simultanément de la défense nationale, du conflit avec Israël et de l’équilibre intérieur. Elles deviennent désormais l’un des éléments d’un rapport de force beaucoup plus large entre Washington et Téhéran.

Cela ne retire rien à la compétence des institutions libanaises. Cela signifie simplement que les acteurs extérieurs ne considèrent pas le dossier sous le même angle que Beyrouth.

Pour les États-Unis, le Hezbollah appartient à l’architecture régionale iranienne.

Pour le gouvernement libanais, la question est celle du monopole de la force légitime et de la récupération par l’État de la décision de guerre et de paix.

Ces deux lectures peuvent aboutir à un même objectif pratique sur certains points, mais elles partent de logiques très différentes.

Cette différence explique pourquoi Beyrouth cherche à éviter qu’un calendrier extérieur lui soit imposé.

L’Iran a peu de raisons de céder une carte libanaise avant de connaître le prix américain

Du côté iranien, la valeur du Hezbollah augmente précisément parce que Washington l’intègre à ses demandes.

Téhéran ne négocie pas après une période normale de relations diplomatiques. Il négocie après sept mois de guerre, sous sanctions, avec une pression directe sur ses liaisons aériennes et maritimes. Son ancien guide Ali Khamenei a été tué au début du conflit. Des responsables militaires ont également été éliminés. Le pays a subi des frappes américaines et israéliennes et reste confronté à un dispositif économique destiné à réduire sa marge de manœuvre.

Dans ces conditions, l’Iran cherche à préserver ce qu’il considère comme ses cartes de négociation.

Cela ne permet pas de conclure qu’il négocie directement l’avenir des armes du Hezbollah. Cela permet en revanche de comprendre pourquoi il refuse une sortie de guerre limitée au seul territoire iranien.

Si Téhéran accepte un accord, il cherchera logiquement à savoir ce qu’il obtient sur les sanctions, Ormuz, le commerce et les fronts régionaux.

Washington cherche exactement l’inverse : empêcher qu’une cessation des hostilités permette simplement à l’Iran de préserver l’ensemble de son dispositif régional sans modification.

C’est là que se situe le cœur de la négociation.

Et c’est là que le Liban devient vulnérable aux résultats d’une discussion à laquelle il ne participe pas.

Le Liban essaie donc de construire son propre calendrier avant qu’un accord régional ne le dépasse

Les milieux officiels libanais ont bien identifié ce risque.

Nawaf Salam utilise sa présence à New York pour multiplier les rencontres. Deux objectifs apparaissent clairement.

Le premier concerne la Finul. Si sa mission prend fin à la fin de l’année, Beyrouth veut empêcher qu’un vide international se crée dans le Sud. Les discussions sur une force de remplacement, une présence européenne ou une autre formule internationale doivent donc avancer indépendamment du résultat des négociations américano-iraniennes.

Le deuxième objectif concerne l’autorité de l’État.

Le gouvernement cherche à obtenir un soutien international à ses décisions sur le déploiement de l’armée, le monopole des armes et la récupération de la décision de guerre et de paix.

La logique est importante : Beyrouth tente de transformer une fenêtre diplomatique régionale en renforcement de ses propres institutions.

Elle ne peut pas attendre de savoir si Washington et Téhéran concluront un accord.

Le calendrier du Sud, celui de la Finul et celui des pressions américaines sur le gouvernement libanais sont déjà en cours.

Trump a réuni les dirigeants régionaux pendant que le canal iranien fonctionnait à quelques kilomètres

La méthode américaine montre également que Washington ne mise pas sur une seule négociation.

Donald Trump a réuni à New York plusieurs dirigeants et responsables arabes et musulmans. Nawaf Salam a participé à cette rencontre.

Le détail est politiquement important. Le Liban a donc été intégré à la consultation régionale menée par Washington au moment même où les émissaires américains échangeaient indirectement avec les Iraniens.

Beyrouth n’était pas dans la pièce des négociations américano-iraniennes. Elle était cependant présente dans l’autre cercle : celui des États de la région consultés par le président américain.

Cette configuration donne au Liban une capacité d’expression, mais pas un droit de veto.

Nawaf Salam peut exposer les priorités libanaises. Il peut insister sur le retrait israélien, le rôle de l’armée, la reconstruction et la nécessité d’éviter un vide au Sud.

Il ne peut pas déterminer les concessions que Washington demandera à Téhéran ni celles que Téhéran acceptera.

C’est toute la différence entre participer à une consultation et participer à une négociation.

Pékin construit parallèlement une autre sortie de guerre

La Chine tente, elle aussi, de peser sur le contenu du règlement.

Plusieurs déplacements effectués en septembre montrent que cette médiation n’est pas improvisée. Le Premier ministre et ministre qatari des Affaires étrangères Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani s’est rendu à Pékin le 8 septembre. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi y est arrivé le 16 septembre.

Pékin a remis en avant le mémorandum d’Islamabad comme cadre possible de retour à la négociation.

La position chinoise repose sur une idée précise : l’Iran doit sortir de la guerre en conservant sa capacité à agir comme puissance politique, économique et scientifique et comme partenaire stratégique de la Chine. Pékin refuse une architecture régionale construite sur l’exclusion ou l’étranglement durable de Téhéran.

Cette position a gagné du poids lorsque l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Pakistan et la Turquie ont appelé, à New York, à conserver le mémorandum d’Islamabad comme référence pour la paix et la stabilité.

Le rapport de force ne se résume donc pas à Washington et Téhéran.

La Chine veut peser sur les conditions de sortie de guerre. Le Qatar sert de médiateur. Plusieurs puissances régionales soutiennent un cadre de négociation. Les États-Unis consultent séparément leurs partenaires du Moyen-Orient.

Le Liban se retrouve au milieu de cette architecture sans disposer du poids nécessaire pour la façonner seul.

La négociation régionale ne dispense pas Washington de faire pression directement sur Beyrouth

Il serait cependant trompeur de penser que les États-Unis attendent un accord avec l’Iran avant d’agir au Liban.

Les pressions sur Beyrouth sont déjà engagées.

Des visiteurs de Washington rapportent que les responsables américains veulent voir une traduction concrète des décisions libanaises relatives au monopole des armes. Ils posent des questions sur le Sud, sur les sites militaires et sur la présence d’armes dans d’autres régions du pays.

Le raisonnement américain est simple : l’État libanais a pris des engagements, Washington veut désormais mesurer leur application.

Cette pression avance donc indépendamment du dialogue avec Téhéran.

C’est un point essentiel pour comprendre la stratégie américaine.

Washington travaille sur deux niveaux simultanément. Elle négocie avec l’Iran sur l’environnement régional. Elle pousse directement les institutions libanaises à modifier la situation intérieure.

Un éventuel accord avec Téhéran pourrait faciliter cette politique. Son absence ne l’empêche pas de continuer.

Le risque d’un « grand marché » existe dans les imaginations, pas encore dans les faits disponibles

À Beyrouth, toute négociation américano-iranienne réveille naturellement le scénario d’un grand compromis régional dans lequel les dossiers seraient échangés les uns contre les autres.

Cette hypothèse doit être traitée avec prudence.

Les documents disponibles ne montrent pas l’existence d’un accord dans lequel l’Iran aurait promis une concession précise sur le Hezbollah en échange de la levée d’une sanction ou d’une garantie américaine.

Ils ne fournissent aucun calendrier de désarmement négocié entre Washington et Téhéran.

Ils ne démontrent pas davantage que les États-Unis accepteraient de laisser à l’Iran une influence particulière au Liban en échange d’une concession nucléaire.

Présenter l’un de ces scénarios comme une information serait donc incorrect.

Ce qui est documenté est à la fois plus limité et plus solide.

L’Iran demande une sortie de guerre qui prenne en compte les fronts régionaux. Les États-Unis veulent traiter les organisations alliées à Téhéran dans le cadre d’un règlement plus large. Le Hezbollah appartient à cette équation. Les autorités libanaises savent qu’elles sont concernées et cherchent à faire avancer leurs propres priorités avant que les paramètres régionaux ne soient arrêtés.

C’est déjà considérable.

Pour Beyrouth, le véritable enjeu est d’empêcher que « le dossier Hezbollah » remplace « le dossier Liban »

La distinction peut sembler sémantique. Elle est en réalité stratégique.

Si Washington et Téhéran parlent du Hezbollah uniquement comme d’un élément du réseau régional iranien, les intérêts de l’État libanais risquent de devenir secondaires.

Or Beyrouth possède ses propres dossiers.

Elle veut obtenir la fin des opérations israéliennes. Elle veut récupérer les secteurs encore occupés. Elle doit organiser le retour des habitants. Elle veut éviter un vide après la Finul. Elle a besoin de financer l’armée et la reconstruction. Elle doit aussi régler la question des armes sans provoquer une crise intérieure.

Aucun de ces enjeux ne se résume parfaitement au rapport entre l’Iran et le Hezbollah.

C’est pourquoi l’activité diplomatique libanaise à New York est plus importante qu’une simple présence protocolaire.

Le gouvernement tente de rappeler que le Liban est un État avec ses propres intérêts, et pas seulement le territoire sur lequel se trouve le principal allié arabe de Téhéran.

La nuance déterminera une partie de la suite.

Si le dossier libanais est absorbé par la négociation américano-iranienne, Beyrouth risque de subir le calendrier des autres.

S’il parvient à imposer ses propres priorités parallèlement au dialogue régional, le gouvernement disposera d’une marge plus importante pour transformer une détente éventuelle en consolidation de l’État.

Pour l’instant, aucune percée ne permet de savoir laquelle de ces deux trajectoires prévaudra. Mais les négociations de New York ont déjà rendu une chose visible : le Liban n’est pas officiellement à la table entre Washington et Téhéran, alors que l’un des principaux sujets de leur confrontation régionale se trouve sur son territoire. C’est moins une place dans la négociation qu’une position d’exposition à son résultat.

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Newsdesk Libnanews
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