Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a affirmé mercredi 16 septembre qu’Israël se préparait à reprendre une guerre de grande ampleur dans la bande de Gaza et à mettre en œuvre un projet de départ de ses quelque deux millions d’habitants palestiniens. Il présente ce projet comme une « migration » volontaire. Ses déclarations interviennent alors que les États-Unis assurent qu’aucun déplacement forcé de la population n’est prévu et que le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025 reste fragile.
Israel Katz ne présente plus le départ massif des Palestiniens de Gaza comme une hypothèse lointaine. Le ministre israélien de la Défense l’inscrit dans la perspective d’une nouvelle offensive contre le Hamas.
Selon lui, l’armée israélienne est prête à reprendre les combats à grande échelle si elle reçoit l’ordre d’éliminer le mouvement palestinien. Cette opération permettrait ensuite de mettre en œuvre ce qu’il appelle le « plan de migration ».
Le projet concernerait potentiellement l’ensemble de la population de la bande de Gaza, soit environ deux millions de personnes.
Le ministre avait déjà affirmé au début de septembre qu’Israël était prêt à organiser leur départ par voie terrestre et maritime. Il avait alors indiqué attendre les États-Unis, qui discuteraient, selon lui, des pays susceptibles d’accueillir les Palestiniens quittant l’enclave.
Aucun accord sur de tels pays d’accueil n’a été annoncé.
Gaza : Katz lie nouvelle guerre et départ des Palestiniens
Les nouvelles déclarations d’Israel Katz établissent un lien direct entre deux objectifs : la reprise de l’offensive militaire contre le Hamas et l’application du projet de départ de la population palestinienne.
Le ministre estime qu’il est seulement question de temps avant une reprise de la guerre à grande échelle.
Il considère également que le désarmement négocié du Hamas ne devrait pas aboutir. L’armée israélienne serait donc prête, sur ordre politique, à reprendre son offensive pour « finir le travail », selon les termes employés par Katz.
Cette opération devrait, dans le scénario présenté par le ministre, permettre ensuite d’appliquer le projet de « migration ».
Israel Katz a par ailleurs affirmé que 70 % de Gaza avait déjà été « vidé » de sa population au cours de l’offensive israélienne lancée après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Cette affirmation ne signifie toutefois pas que 70 % des habitants ont quitté la bande de Gaza. La quasi-totalité de la population palestinienne a subi des déplacements internes depuis le début de la guerre. Des habitants ont dû quitter leur quartier ou leur ville, parfois à plusieurs reprises, tout en restant à l’intérieur du territoire palestinien.
Cette distinction est essentielle. Les déplacements massifs déjà provoqués par la guerre se sont principalement déroulés à l’intérieur de Gaza. Le projet évoqué par Katz concerne, lui, le départ de Palestiniens hors de l’enclave.
Israël parle de « migration volontaire »
Le gouvernement israélien présente le projet comme un mécanisme de départ volontaire et non comme une expulsion.
Israel Katz affirme qu’une majorité de Palestiniens souhaiterait quitter Gaza. Aucun élément public permettant d’établir qu’une majorité des quelque deux millions d’habitants souhaite émigrer définitivement n’accompagne cependant cette affirmation.
Le ministre avait précisé au début de septembre qu’Israël pourrait permettre des départs par terre et par mer. La destination des Palestiniens constitue l’un des principaux obstacles pratiques et diplomatiques à un tel projet.
Cette question est d’autant plus sensible que la population de Gaza vit dans un territoire largement détruit par près de trois années de guerre. La quasi-totalité des habitants a été déplacée au moins une fois à l’intérieur de l’enclave et une grande partie des logements et infrastructures a été détruite ou endommagée.
Dans ces conditions, la distinction entre un départ volontaire et un déplacement contraint constitue un enjeu majeur.
La volonté individuelle de quitter un territoire ne peut en effet être appréciée indépendamment des conditions dans lesquelles vivent ses habitants. À Gaza, la destruction des logements, les déplacements successifs et la poursuite des frappes constituent le cadre dans lequel le projet israélien est désormais évoqué.
Washington nie tout projet de déplacement forcé
Les déclarations de Katz ne correspondent pas entièrement à la position publique exprimée par Washington.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a assuré au début du mois qu’il n’existait aucun projet visant à faire sortir de force les Palestiniens de Gaza.
Le diplomate américain a distingué un déplacement contraint d’une possibilité donnée aux habitants souhaitant volontairement quitter l’enclave. Il a assuré qu’à sa connaissance ni les États-Unis ni Israël ne soutenaient un déplacement contre la volonté des habitants.
Cette position contraste avec la formulation employée mercredi par Israel Katz, qui a lié explicitement la reprise d’une offensive militaire à la mise en œuvre ultérieure du « plan de migration ».
Le ministre israélien affirme parallèlement que les États-Unis participent aux discussions sur les destinations possibles des Palestiniens. Washington n’a pas annoncé publiquement d’accord prévoyant l’accueil à l’étranger des quelque deux millions d’habitants de Gaza.
Le désaccord porte donc notamment sur la nature exacte du projet. Katz défend une émigration qu’il qualifie de volontaire. Les autorités américaines excluent publiquement tout déplacement forcé.
L’Égypte rejette le déplacement des Palestiniens
Le projet rencontre également une opposition régionale.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a réaffirmé mercredi son rejet du déplacement des Palestiniens. Cette déclaration est intervenue lors d’une rencontre avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au Caire.
L’Égypte s’oppose depuis le début de la guerre à un transfert de la population de Gaza vers son territoire. Le sujet concerne directement Le Caire puisque l’enclave partage une frontière avec l’Égypte au niveau de Rafah.
La question des destinations reste ainsi sans réponse publique.
Israel Katz affirme qu’Israël dispose des moyens nécessaires pour permettre des départs terrestres et maritimes. Mais un déplacement de cette ampleur nécessiterait que des États acceptent l’entrée et l’installation des Palestiniens concernés.
À ce stade, aucune architecture internationale permettant le transfert des deux millions d’habitants n’a été rendue publique.
Le désarmement du Hamas au cœur du scénario de Katz
Israel Katz inscrit également son projet dans le blocage autour du désarmement du Hamas.
Le cessez-le-feu annoncé par le président américain Donald Trump en octobre 2025 avait permis une forte réduction de l’intensité des combats et le retour des otages israéliens encore détenus à Gaza. Il devait également ouvrir une nouvelle phase politique et sécuritaire.
Fin juillet 2026, le Hamas a déclaré être prêt à entrer dans un processus de désarmement. Une feuille de route soutenue par les États-Unis prévoit un abandon progressif de ses armes en contrepartie d’un retrait israélien.
Mais les modalités et l’ordre des différentes étapes restent contestés.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu refuse un retrait tant que le Hamas n’a pas procédé à un désarmement vérifiable. Cette divergence bloque la mise en œuvre de la nouvelle phase du processus.
Israel Katz part désormais publiquement de l’hypothèse que le désarmement négocié échouera.
C’est sur cette hypothèse qu’il fonde la possibilité d’une reprise de la guerre. L’armée israélienne recevrait alors pour mission d’éliminer le Hamas avant la mise en œuvre du projet de départ des Palestiniens.
Près de trois ans de guerre ont ravagé Gaza
La perspective d’un départ massif intervient après près de trois ans de conflit et de déplacements de population.
L’attaque menée par le Hamas et d’autres groupes palestiniens le 7 octobre 2023 a fait 1 221 morts en Israël, selon un décompte établi à partir des chiffres officiels israéliens. Les assaillants avaient également emmené 251 personnes en otage dans la bande de Gaza.
L’offensive israélienne lancée en réponse a fait plus de 73 700 morts dans l’enclave, selon le ministère de la Santé de Gaza. Celui-ci ne distingue pas les combattants des civils dans son bilan. Ses données sont toutefois considérées comme fiables par les Nations unies pour l’évaluation générale des pertes.
Le cessez-le-feu entré en vigueur en octobre 2025 a fortement réduit les combats sans les faire disparaître.
Israël a continué à mener régulièrement des frappes dans la bande de Gaza. Selon le ministère de la Santé du territoire, 1 375 Palestiniens ont été tués depuis l’entrée en vigueur de la trêve.
La destruction du parc immobilier reste également considérable. Des familles déplacées continuent de vivre dans des bâtiments endommagés faute de logements disponibles. Mercredi, l’effondrement à Gaza-ville d’un immeuble déjà touché pendant la guerre a encore fait plusieurs dizaines de victimes et blessés.
C’est dans ce territoire dévasté qu’Israel Katz envisage désormais ouvertement le départ de la population palestinienne.
À moins de six semaines des élections israéliennes du 27 octobre, ses déclarations interviennent aussi dans un contexte de concurrence à droite. Le ministre répondait mercredi aux critiques d’un autre responsable politique de droite lorsqu’il a détaillé sa position sur Gaza.
La reprise effective de la guerre dépendrait toutefois d’une décision politique qui n’a pas encore été annoncée. De même, aucun calendrier précis n’a été présenté pour le « plan de migration », aucun pays d’accueil n’a été officiellement désigné et Washington continue de nier l’existence d’un projet de déplacement forcé des Palestiniens hors de Gaza.


