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Après la Finul, la bataille du mandat : Paris et Rome cherchent une force que Washington veut plus offensive

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Le risque de vide n’est plus théorique

La fin programmée de la mission de la Finul place le Liban devant une échéance qui ne peut plus être traitée comme un dossier lointain. Au dernier jour de l’année, le pays pourrait se retrouver sans la force internationale qui accompagne le sud depuis près de quarante-huit ans, alors que l’armée israélienne occupe encore des territoires, que les attaques se poursuivent et que l’accord-cadre conclu avec Israël n’a pas achevé son parcours. L’urgence n’est donc plus seulement de savoir si la Finul partira. Elle consiste à déterminer qui prendra le relais, avec quel mandat et surtout pour accomplir quelles missions.

Les discussions font apparaître plusieurs scénarios. La formule la plus avancée repose sur une initiative franco-italienne destinée à constituer une force à dominante européenne. Une dizaine de pays européens auraient exprimé leur disposition à participer. Des États asiatiques ayant déjà une expérience du maintien de la paix pourraient également rejoindre le dispositif. L’Indonésie et la Chine sont notamment citées parmi les pays intéressés par le maintien d’une présence au Liban dans le cadre d’une future force.

Mais aucune décision définitive n’a été prise. La composition du contingent n’est qu’une partie du problème. Les gouvernements susceptibles d’envoyer des soldats veulent connaître leur mission exacte, les limites géographiques de leur intervention, leurs règles d’engagement et les garanties données pour leur sécurité. Ils veulent également savoir comment leurs militaires réagiraient si une confrontation éclatait avec Israël ou avec le Hezbollah.

C’est précisément à ce niveau que les divergences deviennent profondes. Paris et Rome travaillent sur une présence internationale permettant de préserver la stabilité et d’accompagner l’armée libanaise. Washington souhaite une architecture plus directement liée au monopole des armes et à l’extension effective de l’autorité de l’État. Israël, de son côté, ne montre aucun enthousiasme pour une force qui pourrait documenter durablement ses opérations ou limiter sa liberté militaire dans le sud.

L’enjeu dépasse ainsi le remplacement administratif de plusieurs milliers de Casques bleus. Il porte sur la nature du système de sécurité qui doit gouverner le sud après leur départ.

La formule franco-italienne est la piste la plus avancée

La piste considérée comme la plus sérieuse consiste à bâtir un noyau européen sous impulsion française et italienne. Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont travaillé sur cette option, tandis que des contacts ont été menés avec plusieurs capitales européennes afin d’identifier les États prêts à fournir des contingents. Le projet pourrait ensuite être élargi à des pays non européens disposant d’une expérience des opérations internationales.

L’intérêt de cette formule est d’éviter une rupture brutale. Les Européens connaissent déjà le terrain libanais. La France et l’Italie ont joué un rôle important dans la Finul et disposent d’une expérience opérationnelle dans le sud. Une force construite autour de leurs contingents pourrait reprendre une partie des fonctions existantes sans reconstruire entièrement le dispositif.

La continuité institutionnelle ne suffit cependant pas. La Finul agit actuellement dans un cadre juridique, militaire et politique spécifique. La future force devra disposer de son propre fondement. Beyrouth insiste sur un point : toute présence internationale doit rester placée sous la couverture d’une décision du Conseil de sécurité. Nawaf Salam a explicitement défendu cette position à New York. Il veut éviter qu’une coalition de pays se déploie sur la base d’arrangements bilatéraux ou d’une simple initiative européenne.

Cette exigence répond à une préoccupation de souveraineté. Une force internationale mandatée par le Conseil de sécurité dispose d’un cadre connu, d’obligations définies et d’une légitimité internationale. Une force constituée uniquement par un groupe d’États pourrait dépendre davantage des intérêts politiques de ses membres. Pour Beyrouth, la question n’est donc pas seulement de conserver des soldats étrangers dans le sud. Il faut maintenir une architecture internationale permettant de surveiller la situation et de produire des rapports reconnus par les Nations unies.

Le projet franco-italien reste pourtant inachevé. Les dix pays européens disposés à participer n’ont pas encore reçu de réponse définitive sur les missions qu’ils devraient accomplir. Or cette question détermine tout le reste : nombre de soldats, équipements, règles d’engagement et niveau de risque accepté.

Paris veut éviter une confrontation directe avec le Hezbollah

La France privilégie une force dont le rôle resterait centré sur le sud et sur le soutien à l’armée libanaise. L’idée serait de préserver une présence internationale capable d’observer, de communiquer et de contribuer à la stabilité sans la transformer en acteur chargé de désarmer directement le Hezbollah.

Cette distinction est essentielle. Une force de surveillance peut patrouiller, documenter les violations, maintenir des canaux de communication et accompagner l’armée. Une force chargée de rechercher des armes, d’entrer dans des dépôts ou d’intervenir contre des positions militaires se trouve dans une tout autre logique. Elle passe du maintien de la stabilité à une mission potentiellement coercitive.

Les Européens ne semblent pas vouloir franchir facilement cette frontière. Leur principale crainte est d’envoyer leurs soldats dans une mission susceptible de les placer directement face au Hezbollah. Une telle évolution modifierait complètement le niveau de risque. Les contingents ne seraient plus seulement exposés aux conséquences d’une confrontation entre Israël et le Hezbollah. Ils pourraient devenir eux-mêmes une partie du conflit.

Cette prudence explique la préférence pour une mission essentiellement concentrée au sud du Litani. Elle permettrait à la future force d’aider l’armée à consolider son contrôle dans la zone frontalière sans lui confier une mission générale de désarmement à l’échelle du pays.

Cette conception se heurte toutefois à une lecture américaine beaucoup plus large du problème. Washington ne considère pas que le contrôle du sud du Litani suffise à régler la question sécuritaire. Les demandes américaines portent également sur les dépôts et les positions du Hezbollah, ainsi que sur les armes présentes dans d’autres régions du pays.

Le débat sur la future force devient ainsi un prolongement du débat sur le monopole des armes. Une mission limitée au sud peut satisfaire l’objectif de stabilité immédiate. Elle ne répond pas entièrement aux attentes américaines concernant l’exercice de l’autorité de l’État sur tout le territoire.

Washington veut regarder au-delà du Litani

Les exigences américaines donnent au dossier une dimension beaucoup plus sensible. Dans les échanges avec des responsables et visiteurs libanais, Washington pose des questions sur l’absence de progression de l’armée vers certains dépôts et sites militaires du Hezbollah dans le sud. Mais les interrogations ne s’arrêtent pas là. La présence d’armes dans la région de Beyrouth est également évoquée.

Cette approche signifie que la future architecture internationale ne peut pas être pensée uniquement comme une copie réduite de la Finul. Pour les Américains, la question centrale est celle de l’autorité effective de l’État. Le sud du Litani constitue une première étape, mais il ne représente pas l’ensemble du problème.

C’est ici que la différence avec la conception européenne apparaît clairement. Paris et Rome cherchent avant tout une formule susceptible d’être acceptée par les pays fournisseurs de troupes et de fonctionner sans provoquer une nouvelle confrontation. Washington veut que l’après-Finul accompagne une transformation plus profonde de l’équilibre sécuritaire libanais.

Une force internationale dont le mandat s’étendrait, directement ou indirectement, au nord du Litani serait cependant beaucoup plus difficile à constituer. Les pays européens devraient accepter que leurs soldats soient impliqués dans un dossier relevant directement des armes du Hezbollah. Ils devraient également disposer de règles d’engagement adaptées à des situations qui ne ressemblent plus aux patrouilles habituelles de maintien de la paix.

La question devient alors presque insoluble : plus le mandat est limité, plus il est acceptable pour les contributeurs européens, mais moins il répond aux attentes américaines. Plus le mandat est étendu, plus il satisfait l’objectif politique de Washington, mais plus il devient dangereux et difficile à faire accepter aux États susceptibles de fournir les militaires.

C’est ce conflit de conception, davantage que la recherche de soldats, qui retarde aujourd’hui la naissance de la force.

Israël ne veut ni contrainte ni témoin permanent

La position israélienne complique encore davantage le dossier. Israël ne paraît pas favorable à une force internationale susceptible de limiter sa liberté d’action dans le sud. Une présence française suscite notamment de fortes réserves. Les relations difficiles entre Paris et le gouvernement israélien pèsent directement sur les discussions.

Cette hostilité ne concerne pas seulement l’identité nationale des contingents. Une force internationale remplit également une fonction de témoin. Ses patrouilles observent les mouvements militaires, documentent les incidents et transmettent des rapports. Sa présence rend plus difficile la transformation d’une opération militaire en événement sans observateur extérieur.

L’absence de force internationale modifierait donc profondément le rapport de force. Dans les secteurs encore occupés, Israël disposerait d’une marge de manœuvre beaucoup plus importante. L’armée libanaise resterait présente, mais elle ne bénéficierait plus du même accompagnement international ni du même mécanisme de communication.

C’est précisément le scénario qui inquiète au Liban. Le départ de la Finul sans remplacement pourrait laisser Israël dans une position dominante au sud du Litani, notamment autour des localités encore occupées. Les autorités libanaises craignent qu’un vide international ne facilite la consolidation d’une nouvelle réalité militaire.

Cette inquiétude explique pourquoi Beyrouth refuse de considérer le départ de la Finul comme une simple transition administrative. Le problème n’est pas seulement de remplacer des Casques bleus par d’autres soldats. Il s’agit de préserver un dispositif capable de produire une surveillance indépendante et de maintenir des canaux de communication lorsque les tensions augmentent.

L’hypothèse d’une prolongation de six mois se heurte à Washington

Face à l’absence d’accord sur la future force, une solution transitoire a été envisagée : prolonger la Finul pendant environ six mois. Ce délai permettrait de négocier la composition du nouveau dispositif, son mandat et les garanties nécessaires sans créer de rupture à la fin de l’année.

Sur le plan pratique, cette option présente une logique évidente. Construire une force multinationale demande du temps. Il faut déterminer quels pays participent, combien de soldats ils fournissent, qui commande l’opération, quelles armes peuvent être utilisées et quelles infrastructures seront conservées. Une transition précipitée pourrait produire exactement le vide que Beyrouth cherche à éviter.

Mais la prolongation rencontre une opposition américaine. Washington ne souhaite pas maintenir simplement la Finul sous sa forme actuelle. Cette position réduit considérablement la marge de manœuvre du Liban. Sans consensus au Conseil de sécurité, une extension technique devient difficile.

L’échec de cette solution oblige donc les négociateurs à accélérer la recherche d’un successeur. Or le calendrier se resserre alors que les principales questions politiques restent sans réponse.

La situation crée un paradoxe. Tout le monde reconnaît qu’une transition mal préparée serait dangereuse. Pourtant, la solution la plus simple pour acheter du temps, à savoir une prolongation limitée de la mission actuelle, ne recueille pas le soutien nécessaire.

Le Liban risque ainsi de devoir préparer en quelques mois un dispositif que les puissances internationales ne sont pas encore parvenues à définir.

Les observateurs de la trêve : une solution plus légère

Une deuxième piste consiste à renforcer le rôle des observateurs internationaux de la trêve déjà présents dans la région. Cette formule permettrait de maintenir une présence des Nations unies après le départ de la Finul sans reconstituer immédiatement une force de plusieurs milliers de soldats.

L’avantage est évident. Les observateurs appartiennent déjà au système onusien et disposent d’une expérience de la surveillance militaire. Leur nombre pourrait être augmenté et leurs missions adaptées. Le Liban conserverait ainsi un mécanisme international de constatation et de rapport.

Mais cette solution est beaucoup plus légère qu’une véritable force de maintien de la paix. Des observateurs ne peuvent pas accomplir les mêmes missions qu’un contingent armé. Leur capacité à patrouiller dans des zones dangereuses, à maintenir une présence permanente ou à accompagner l’armée est plus limitée.

Le problème de la protection se pose également. Si la situation se dégrade, qui assure leur sécurité ? Quelle liberté de mouvement auront-ils ? Comment pourront-ils intervenir dans des secteurs où les opérations israéliennes se poursuivent ? La formule permet de conserver des yeux internationaux sur le terrain, mais elle ne remplace pas automatiquement la capacité opérationnelle de la Finul.

Cette option pourrait donc devenir une solution intermédiaire plutôt qu’un remplacement complet. Elle permettrait de maintenir un lien avec les Nations unies en attendant la constitution d’une architecture plus robuste.

Les pays contributeurs veulent savoir qui les protégera

La sécurité des futurs contingents constitue l’un des dossiers les plus délicats. Les États prêts à participer demandent des garanties précises. Ils veulent savoir ce qui se passera si leurs soldats se trouvent entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Ils veulent également connaître les mécanismes permettant d’éviter que leurs positions soient prises pour cible.

Cette question n’est pas théorique. Une force déployée dans le sud évoluera dans un espace où les bombardements, les drones et les mouvements militaires restent possibles. Son mandat devra donc être accompagné d’accords permettant de réduire les risques.

Une interrogation particulièrement sensible concerne l’attitude des parties locales et régionales. Faudra-t-il obtenir des garanties israéliennes sur la sécurité des contingents ? Une forme de compréhension avec le Hezbollah sera-t-elle également nécessaire pour permettre aux soldats de circuler ? Jusqu’où une telle coordination peut-elle aller sans transformer la mission en arrangement politique avec les acteurs armés ?

Ces questions expliquent pourquoi les pays européens ne se contentent pas d’une invitation à participer. Ils veulent connaître les règles du jeu avant d’envoyer leurs militaires.

La future force devra donc être construite sur un équilibre extrêmement précis. Elle doit être suffisamment robuste pour avoir une utilité réelle, mais pas au point d’être perçue comme une force de combat. Elle doit soutenir l’armée sans se substituer à elle. Elle doit observer Israël sans devenir son adversaire. Elle doit contribuer au monopole de l’État sans se voir confier directement le désarmement du Hezbollah.

L’armée dit pouvoir assumer ses responsabilités, mais pas remplacer toutes les fonctions

L’institution militaire libanaise se dit prête à remplir ses missions même en cas de départ de la Finul. Cette affirmation est essentielle, car elle signifie que Beyrouth ne présente pas la présence internationale comme une condition de survie de l’État dans le sud.

L’armée peut déployer ses unités, sécuriser les secteurs et exercer les responsabilités souveraines. Elle est déjà au centre du mécanisme de retrait israélien. Chaque zone évacuée doit passer sous son contrôle.

Mais être capable d’assumer la responsabilité militaire du territoire ne signifie pas pouvoir remplacer toutes les fonctions de la Finul. La force internationale fournit des capacités logistiques, des patrouilles, des mécanismes de communication et une présence diplomatique que l’armée ne peut pas reproduire seule.

Le soutien international à l’armée devient donc encore plus important. Le rendez-vous préparatoire organisé à Paris a montré qu’un intérêt international existe toujours. Mais il a également révélé une évolution : les aides sont désormais davantage conditionnées à des résultats concrets. Les partenaires veulent voir l’État progresser dans l’exercice de son autorité avant d’engager de nouvelles ressources.

Le Liban se trouve ainsi devant une équation exigeante. On lui demande de renforcer son armée pour remplacer progressivement certaines fonctions de la Finul, alors que ce renforcement dépend lui-même d’aides internationales soumises à des conditions politiques.

Le départ de la Finul provoquerait aussi un choc économique dans le sud

Une dimension beaucoup moins discutée concerne l’économie locale. La présence de la Finul ne produit pas uniquement un effet sécuritaire. Depuis plusieurs décennies, les contingents internationaux font partie de l’économie du sud.

Leurs dépenses alimentent les commerces, les logements, les services, les transports et différentes activités locales. Des emplois directs et indirects dépendent de cette présence. Le départ des contingents ferait donc disparaître une partie de cette activité au moment même où le sud doit reconstruire les dégâts de la guerre.

Cette conséquence est particulièrement importante dans les régions déjà frappées par les destructions et le déplacement de population. Les villages ont perdu des logements, des exploitations agricoles et des entreprises. La disparition parallèle de la dépense liée à la Finul ajouterait un nouveau choc.

La question de l’après-Finul doit donc également être examinée comme un dossier économique. Une nouvelle force, même plus petite, permettrait de conserver une partie de cette activité. Une disparition presque complète de la présence internationale aurait au contraire des effets beaucoup plus larges que la seule modification du dispositif sécuritaire.

Le véritable conflit porte sur la mission, pas sur le drapeau

La difficulté essentielle apparaît finalement clairement. Il existe des pays disposés à participer. La France et l’Italie travaillent sur une architecture. Une dizaine d’États européens ont manifesté leur intérêt. Des pays asiatiques pourraient compléter le dispositif. Le Liban veut maintenir une présence internationale sous l’autorité du Conseil de sécurité.

Le blocage ne vient donc pas d’une impossibilité absolue de trouver des soldats. Il vient de l’absence d’accord sur ce qu’on leur demandera de faire.

Une force de surveillance et d’accompagnement de l’armée peut probablement être constituée. Une force chargée de participer directement à l’application du monopole des armes au-delà du sud du Litani est beaucoup plus difficile à imaginer. Une force acceptée par Israël risque d’être trop faible pour répondre aux attentes libanaises. Une force dotée d’un mandat plus robuste risque, à l’inverse, d’être rejetée par Israël ou de placer ses contingents face au Hezbollah.

L’échéance de la fin de l’année oblige désormais les acteurs à trancher ces contradictions. Le choix déterminera bien davantage que le successeur administratif de la Finul. Il dira quelle conception de la sécurité internationale doit prévaloir dans le sud : une présence destinée avant tout à observer et empêcher l’escalade, ou un instrument plus ambitieux destiné à accompagner la transformation de l’équilibre militaire libanais.

C’est cette question, et non le simple nom de la future force, qui explique pourquoi aucun accord n’est encore conclu.

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