Les derniers articles

Articles liés

De Beyrouth aux tribunaux européens : quelle affaire se cache derrière la nouvelle procédure financière ?

- Advertisement -

Une indiscrétion qui prend une autre dimension

Une information discrète publiée à Beyrouth le 23 septembre 2026 fait état d’une procédure engagée par une institution financière officielle contre des responsables du secteur financier et des personnes fortunées, actuels et anciens. Le dossier ne serait pas uniquement libanais. Il croiserait des enquêtes ou des procédures conduites dans plusieurs pays européens.

L’information ne donne aucun nom. Elle ne précise pas davantage l’identité de l’institution à l’origine de la démarche. Cette prudence interdit d’associer formellement la procédure à une affaire déterminée. Elle intervient toutefois dans un contexte judiciaire beaucoup plus précis qu’il n’y paraît. Plusieurs dossiers impliquant l’ancien gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, son frère Raja Salamé, l’ancien dirigeant de Bank Audi Samir Hanna et différentes institutions bancaires font actuellement l’objet de procédures au Liban et en Europe.

Un autre élément renforce les interrogations. Une décision confidentielle de la Commission d’enquête spéciale de la Banque du Liban, datée du 18 septembre 2026, soit cinq jours avant cette indiscrétion, a ordonné aux banques et institutions financières libanaises de geler les comptes et avoirs de onze personnes et de deux sociétés. Le secret bancaire a également été levé à leur égard vis-à-vis des autorités compétentes.

La liste comprend notamment Riad Salamé, Raja Salamé et Samir Hanna. Elle comprend également Hassan Moukalled, André Mechantef, Bachir Mansour, Marianne Hoayek, Bassem Hout, Alaa Khawaja, Mohammad Hariri et Samara Kazzi. Deux sociétés sont aussi concernées : CTEX et V Limited Investment Inc. Il s’agit cependant de personnes et d’entités liées à plusieurs dossiers distincts. Leur présence sur une même décision de gel ne signifie donc pas qu’elles seraient impliquées dans une même affaire.

La proximité chronologique entre les deux informations mérite néanmoins d’être relevée. La procédure évoquée le 23 septembre renvoie-t-elle à cette initiative de la Banque du Liban ? À une autre action engagée par l’institution ? Ou à un dossier judiciaire distinct ? Aucun élément disponible ne permet encore de répondre.

Riad Salamé et Samir Hanna, un dossier qui s’étend au secteur bancaire privé

Un premier rapprochement possible concerne l’affaire visant Riad Salamé et Samir Hanna, ancien président de Bank Audi.

Le 10 août 2026, la justice libanaise a engagé de nouvelles poursuites contre les deux hommes dans un dossier financier portant sur des dizaines de millions de dollars. Les accusations formulées comprennent notamment des faits allégués de détournement, d’enrichissement illicite, de blanchiment et de corruption.

Selon les éléments rendus publics dans cette procédure, les investigations portent notamment sur des opérations réalisées entre 2010 et 2012. Des structures établies à l’étranger apparaissent dans le dossier. Les montants évoqués par les enquêteurs dépassent 250 millions de dollars pour l’ensemble des opérations examinées.

Cette procédure est importante pour une autre raison. Elle marque l’entrée d’un ancien dirigeant d’une grande banque commerciale dans un dossier financier directement lié aux enquêtes visant l’ancien gouverneur de la Banque du Liban.

Riad Salamé conteste depuis plusieurs années les accusations portées contre lui dans les différentes procédures. Samir Hanna bénéficie lui aussi de la présomption d’innocence. Il a été remis en liberté sous caution dans le cadre de cette procédure. Aucune condamnation définitive ne permet donc de présenter les faits reprochés comme établis.

Mais le dossier ouvre une nouvelle question. Les investigations sur la crise financière libanaise ne concernent plus seulement la Banque du Liban et son ancien gouverneur. Elles commencent à examiner plus directement les relations entre la banque centrale et certains acteurs du secteur bancaire commercial.

C’est précisément ce qui pourrait donner une signification particulière à la formulation faisant état de « responsables financiers actuels et anciens ».

L’affaire Forry, matrice européenne des investigations

Le dossier le plus avancé en Europe reste celui de Forry Associates. Cette société enregistrée aux îles Vierges britanniques était contrôlée par Raja Salamé, frère de l’ancien gouverneur.

Les enquêteurs européens soupçonnent qu’un mécanisme mis en place à partir de 2002 aurait permis de faire transiter plus de 330 millions de dollars et environ 5 millions d’euros provenant de commissions liées à des opérations de la Banque du Liban.

Le mécanisme allégué reposait sur des commissions versées lors de l’achat de produits financiers de la banque centrale. Ces sommes étaient ensuite reversées à Forry Associates, présentée comme intermédiaire. Les enquêteurs européens cherchent depuis plusieurs années à déterminer la destination finale de ces fonds.

Riad Salamé a contesté les accusations. Sa défense soutient notamment que son patrimoine avait été constitué grâce aux revenus importants qu’il avait perçus avant son arrivée à la tête de la Banque du Liban. Raja Salamé a également été impliqué dans différentes procédures liées à cette affaire sans qu’une condamnation définitive puisse être déduite des investigations en cours.

La dimension européenne est, elle, incontestable. Dès mars 2022, une coopération judiciaire réunissant la France, l’Allemagne et le Luxembourg avait permis de geler environ 120 millions d’euros d’actifs liés à l’enquête.

En Allemagne, trois propriétés situées notamment à Hambourg et Munich avaient été saisies, ainsi que des participations immobilières et d’autres actifs. Leur valeur atteignait plusieurs dizaines de millions d’euros. En France, deux ensembles immobiliers parisiens avaient été saisis, ainsi que des comptes bancaires. Des avoirs avaient également été gelés à Monaco. Au Luxembourg, environ 11 millions d’euros avaient été immobilisés sur plusieurs comptes.

L’agence européenne de coopération judiciaire avait alors indiqué que l’enquête principale concernait cinq suspects soupçonnés de blanchiment de capitaux issus d’un détournement présumé de fonds publics libanais.

C’est exactement ce caractère transfrontalier qui rend possible un rapprochement avec l’indiscrétion du 23 septembre. Mais ce rapprochement demeure une hypothèse.

HSBC Private Bank Suisse entre dans le dossier

L’année 2026 a apporté un développement majeur à l’affaire Forry. En France, HSBC Private Bank Suisse a été formellement mise en cause dans l’instruction relative aux avoirs de Riad Salamé et de son entourage.

La justice française examine le rôle joué par la banque suisse dans les circuits financiers utilisés par Forry. La banque a été mise en examen pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de la commission de plusieurs délits financiers présumés. Une caution de 80 millions d’euros lui a été imposée.

Les enquêteurs français estiment que le compte de Forry ouvert auprès de la banque suisse a joué un rôle important dans les mouvements de fonds. Ils examinent notamment des centaines de virements et les contrôles effectués par l’établissement.

HSBC a indiqué coopérer avec l’enquête et n’a pas été reconnue coupable des faits examinés.

Cette affaire montre surtout que les procédures européennes changent de nature. Elles ne cherchent plus uniquement à déterminer l’origine du patrimoine de certains responsables libanais. Elles examinent désormais le rôle éventuel d’intermédiaires financiers ayant traité les fonds.

Cette extension pourrait expliquer pourquoi une information libanaise évoque désormais des responsables financiers et des personnes fortunées plutôt qu’une seule personnalité.

Suisse et Luxembourg : des procédures parallèles

Le dossier ne se limite pas à la France. La Suisse mène également une procédure concernant HSBC Private Bank Suisse. Les autorités y examinent notamment les dispositifs internes de contrôle de l’établissement ainsi que le comportement de certains employés ayant géré les relations avec Raja Salamé et Forry.

Le Luxembourg constitue un autre volet. Une procédure y a notamment visé un ancien chargé de clientèle de Riad Salamé. Les enquêteurs se sont intéressés à des versements reçus personnellement de l’ancien gouverneur alors que cet employé travaillait dans le secteur bancaire.

Ces éléments montrent que l’affaire libanaise est devenue une véritable enquête européenne en réseau. Les mêmes flux peuvent être examinés dans plusieurs juridictions parce que les comptes, sociétés, biens immobiliers et intermédiaires étaient répartis entre différents pays.

La coopération judiciaire permet alors de reconstituer le parcours des fonds. C’est précisément ce qu’une enquête exclusivement libanaise aurait beaucoup plus de difficultés à réaliser.

La Banque du Liban elle-même s’est constituée partie civile dans la procédure française. Son gouverneur Karim Souaid a été entendu dans ce cadre en 2026. Il a annoncé la volonté de l’institution de coopérer avec les magistrats français et de défendre les intérêts de la banque centrale et des déposants.

Cette évolution est importante. Elle place désormais la Banque du Liban non seulement au centre des faits historiques examinés, mais aussi parmi les acteurs cherchant à obtenir réparation.

Bank Audi France et Banque Richelieu France : une autre enquête, distincte

Une deuxième piste européenne doit être distinguée du dossier Forry.

La justice française a ouvert une enquête visant Bank Audi France et Banque Richelieu France, cette dernière étant liée à la Société Générale de Banque au Liban et au banquier Antoun Sehnaoui.

Cette procédure porte sur des soupçons relatifs à des transferts de capitaux hors du Liban pendant la crise financière. Les enquêteurs examinent notamment des faits susceptibles de recevoir des qualifications de blanchiment, abus de confiance, recel et association de malfaiteurs.

Il ne s’agit pas, en l’état des informations disponibles, du même dossier que l’affaire Forry.

Cette distinction est essentielle. Le premier ensemble concerne principalement des commissions, la Banque du Liban, Forry Associates et les avoirs de Riad et Raja Salamé. Le second porte sur le rôle éventuel d’établissements bancaires dans les mouvements de capitaux intervenus pendant la crise, alors que les déposants libanais perdaient progressivement l’accès à leurs économies.

Les établissements et personnes concernés bénéficient de la présomption d’innocence. L’ouverture d’une enquête ne permet pas de conclure que des transferts illégaux ont été réalisés par les personnes ou institutions visées.

Mais l’existence de cette seconde procédure élargit considérablement le contexte dans lequel doit être lue l’indiscrétion du 23 septembre.

Lorsque celle-ci parle d’investigations menées dans « plusieurs pays européens », elle pourrait renvoyer au dossier Salamé. Lorsqu’elle évoque des responsables financiers et de grandes fortunes, elle pourrait également concerner des investigations touchant le secteur bancaire privé. Elle pourrait enfin faire référence à une procédure encore différente.

SGBL et Antoun Sehnaoui dans le champ des investigations françaises

Le nom de SGBL apparaît dans ce contexte en raison des liens entre le groupe libanais et Banque Richelieu France.

Les enquêteurs français cherchent à déterminer le rôle joué par différents établissements dans des opérations réalisées durant la période critique de la crise libanaise. La question centrale porte sur l’éventuelle sortie de capitaux au moment où les restrictions imposées aux déposants devenaient de plus en plus sévères.

L’enjeu judiciaire consiste notamment à établir si certaines opérations ont bénéficié d’un traitement particulier et, dans l’affirmative, dans quelles conditions elles ont été autorisées.

Il serait cependant incorrect d’écrire que SGBL ou Antoun Sehnaoui sont responsables d’une fuite illégale de capitaux. À ce stade, il existe une enquête. Elle doit précisément déterminer la réalité des faits et les éventuelles responsabilités.

La même précaution vaut pour Bank Audi France.

Ces investigations deviennent néanmoins essentielles pour comprendre la nouvelle phase judiciaire de la crise libanaise. Pendant plusieurs années, le débat a essentiellement porté sur les pertes du système bancaire et le remboursement des déposants. Désormais, les magistrats cherchent également à reconstituer certains flux individuels.

Le gel confidentiel du 18 septembre change la lecture du dossier

C’est cependant la décision prise au Liban cinq jours avant l’indiscrétion qui soulève le plus de questions.

La Commission d’enquête spéciale de la Banque du Liban a ordonné le 18 septembre le gel des comptes, actifs, avoirs et coffres détenus directement ou indirectement par onze personnes et deux sociétés. Elle a également levé le secret bancaire à leur égard au profit des autorités compétentes.

Parmi les personnes concernées figurent Riad Salamé, Raja Salamé, Marianne Hoayek et Samir Hanna. D’autres noms relèvent de dossiers différents, notamment Hassan Moukalled et plusieurs personnes ou sociétés associées à des affaires financières ou à des sanctions internationales.

Cette diversité empêche de considérer la liste comme celle des protagonistes d’une seule affaire.

Elle révèle en revanche un changement d’approche. La Banque du Liban utilise désormais les instruments de la Commission d’enquête spéciale pour immobiliser des avoirs et faciliter l’accès aux informations financières dans plusieurs dossiers sensibles.

La proximité avec l’information du 23 septembre est frappante : une institution financière officielle, des responsables actuels ou anciens, des personnes fortunées et des dossiers susceptibles de dépasser les frontières libanaises.

Elle ne constitue pourtant pas une preuve d’identité entre les deux procédures.

Une même question derrière plusieurs enquêtes : où est parti l’argent ?

Les différents dossiers possèdent un point commun : la reconstitution des flux financiers.

Dans l’affaire Forry, la question porte sur l’origine et la destination de centaines de millions de dollars de commissions. Dans l’affaire visant Riad Salamé et Samir Hanna, les magistrats examinent d’autres opérations entre la banque centrale et des structures financières. Dans les investigations françaises concernant Bank Audi France et Banque Richelieu France, la question porte sur les mouvements de capitaux pendant la crise.

Ces affaires sont juridiquement distinctes. Elles commencent néanmoins à dessiner une cartographie beaucoup plus large des relations entre la Banque du Liban, les banques commerciales, les intermédiaires financiers, les sociétés étrangères et les bénéficiaires de certains transferts.

Cette cartographie pourrait devenir déterminante pour les déposants.

Depuis 2019, le débat libanais oppose régulièrement l’État, la Banque du Liban, les banques et les déposants autour de la répartition des pertes. Les procédures judiciaires européennes ajoutent une autre question : une partie des sommes peut-elle être retrouvée et éventuellement récupérée ?

Les quelque 120 millions d’euros d’avoirs gelés en Europe dans le dossier lié au Liban montrent que cette hypothèse n’est plus seulement théorique. Le gel n’équivaut toutefois pas à une restitution. Les tribunaux doivent encore établir l’origine des fonds et les responsabilités avant qu’un éventuel mécanisme de récupération puisse être envisagé.

Une procédure nouvelle ou la jonction de plusieurs affaires ?

L’information du 23 septembre reste donc entourée d’une ambiguïté essentielle.

Une première hypothèse serait qu’elle concerne directement les initiatives récentes de la Banque du Liban et notamment les décisions prises par la Commission d’enquête spéciale.

Une deuxième serait qu’elle renvoie au nouveau dossier impliquant Riad Salamé et Samir Hanna, dont certaines ramifications peuvent conduire vers des opérations et structures étrangères.

Une troisième piste serait celle des procédures européennes concernant les banques et les mouvements de capitaux intervenus pendant la crise.

Enfin, il reste possible que l’indiscrétion concerne une procédure encore inconnue du public.

Aucun élément ne permet aujourd’hui de choisir entre ces hypothèses.

Mais le calendrier est suffisamment resserré pour justifier la question. Le 18 septembre, une décision confidentielle de la Commission d’enquête spéciale frappe onze personnes et deux sociétés. Quelques jours plus tard, une information de coulisses évoque une institution financière officielle ayant engagé une procédure contre des responsables financiers et des personnes fortunées, avec des ramifications dans plusieurs pays européens.

Entre les deux se trouve désormais la question centrale : la Banque du Liban est-elle en train de réunir, au Liban, plusieurs fils d’enquêtes financières jusqu’ici dispersées entre Beyrouth, Paris, Genève, Munich et Luxembourg ?

La réponse dépendra des prochaines transmissions judiciaires, de l’identité des personnes effectivement visées par la procédure évoquée le 23 septembre et, surtout, des opérations financières précises que les enquêteurs cherchent à reconstituer.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire aussi