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Le retour de Nasser

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La prise de pouvoir par l’armée égyptienne et plus particulièrement par le Conseil Suprême de l’Armée dirigée par le Maréchal Tantaoui en lieu et place d’Omar Souleiman ou du premier ministre Ahmad Chafic comme prévu par les dépêches de Wikileaks, faisait état d’un plan israélo-américain de succession d’Hosni Moubarak par ces 2 derniers pourrait augurer d’importants changements au Royaume des Pharaon bien différent, faisant justement craindre pour Tel Aviv, la problématique d’une remise en cause de sa stratégie militaire.

Alors que la tête de l’institution militaire reste pourtant faible, les officiers à sa tête étant caractérisés par une certaine incompétence, il ne fallait pas que Moubarak puisse faire face à un adversaire possible mais aussi en raison que tout officier compétant pourrait causer à Israël, des officiers de rang inférieur n’avaient pas hésité à s’exprimer publiquement en faveur des manifestants de la place Tahrir.

Les responsables du Mouvement des officiers libres en 1952 : Abdel Latif Boghdadi (à gauche), Gamal Abdel Nasser, (centre gauche), Salah Salem (centre droit), Abdel Hakim Amer (à droite).

Un commentaire m’avait particulièrement frappé quand un journaliste étranger sur place faisait état d’un retour du mouvement des officiers libres, organisation qui avait amené Nasser au pouvoir. C’est peut être justement sous la pression de ces derniers et non des officiers supérieurs que Moubarak aura finalement abandonné le pouvoir, lui qui rappelait ses états de services à la veille de sa démission, il semblait ne pas vouloir « lâcher le morceau ».

Il n’est pas justement sans rappeler la prise de pouvoir par Nasser, qui en 1952, avait utilisé un proche de l’ancien roi Farouk, le général Mohammed Naguib écarté 2 ans après à son propre profit. C’est d’ailleurs face au changement important constitué par la révolution nassérienne que les autorités de l’époque avaient mis en place l’Opération Lavon.

Tout comme Naguib, Tantaoui pourrait connaitre un destin similaire, à la faveur du brusque retournement de situation au Caire, avec le renouveau du nationalisme arabe, les mouvements islamistes étant en perte de vitesse comme on a pu le constater le mois dernier en Tunisie, aujourd’hui en Egypte ou ils n’ont fait que suivre la génération Facebook et comme on a pu le voir en Algérie ou ils ont été forcés de rejoindre les manifestants contre le pouvoir en place. Il s’agit justement du refus de l’Armée de ces pays d’agir contre les manifestants qui a fait basculer les choses, il s’agit plus encore de rappeler que les dictateurs – la plupart du temps sorti du rang – mis en place dans ces pays, ne sont que les dépositaires du pouvoir accordé par l’armée au cours d’une histoire trouble et non le contraire.

Alors que penser de ce qui va se passer? Le problème « Nasser » est apparu en raison, non pas son alignement avec l’URSS mais suite au refus des pays occidentaux de financer le barrage d’Assouan. Aujourd’hui, l’Egypte reste très dépendante de l’aide américaine qui se monte à 1.3 milliards de dollars annuellement mais qui est critiquée par les rangs inférieurs de l’Armée qui la juge insuffisante et surtout qui la juge contraire aux accords de Camp David signés en 1979 qui stipulent une également de cette aide avec l’état hébreu, qui elle se monte à plus de 5 milliards de dollars. La remise en cause des fonds alloués par les USA comme évoqué, mais également le détournement de fonds de l’institution militaire comme évoqué en Égypte etc… est très certainement également à l’origine du mécontentement de l’institution militaire qui a trouvé dans les manifestations en mal de démocratie, une occasion en or pour provoquer une succession avec l’assentiment de la communauté internationale.

Il est fort à parier que les craintes israéliennes sont justifiées de leur coté, mais « tout est bon » pour le Liban, l’état hébreu étant obligé de redéployer à plus ou moins long terme ses troupes face à l’Égypte, qui en 1996 avait mis en place une série de manœuvres militaires « avec un ennemi au Nord Est » de ses frontières. Alors que le Liban n’est stable que quand les autres sont « dans la merde », on peut espérer que le Pays des Cèdres connaitra un retour à la prospérité des années 60, les troubles dans le monde arabe provoquant également une diminution des ingérences étrangères, égyptiennes préoccupées par leur problème domestique, saoudienne provoquée par la mise en place, tout comme du temps de Nasser, d’une stratégie de containment, et américaines qui essayent de limiter les dégâts pour leurs alliés israéliens. On ne peut que pour cela applaudir les évènements en Egypte en espérant l’avènement de dirigeants qui pourront réellement entendre la voix de leur peuple pour retrouver leur fierté de nation phare des Pays Arabes, fer de lance de la lutte contre les ingérences et les conceptions impérialistes qui avaient cour depuis plus de 30 ans, depuis la signature des fameux accords de Camp David.

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