L’Occident divisé, l’épreuve iranienne et l’urgence d’une défense européenne souveraine
Bernard Raymond Jabre
| « Le véritable leadership ne consiste pas à faire plier ses amis. Il consiste à leur donner envie de se tenir à vos côtés. » |
L’occasion manquée de rassembler l’Occident
Nous avions voulu croire que Donald Trump pouvait devenir un leader. Non pas seulement le président des États-Unis, mais le chef politique d’un Occident qui doute de lui-même, le défenseur d’un monde libre confronté à des puissances autoritaires de plus en plus sûres d’elles-mêmes.
Face à une Chine totalitaire qui considère toujours Taïwan comme une province destinée à revenir, par la négociation ou par la force, sous son contrôle ; face à une Russie qui tente de reconstituer autour d’elle un espace de domination au nom de l’histoire, de sa sécurité et de son ancienne influence sur l’Europe de l’Est ; face, enfin, à toutes les puissances qui ne reconnaissent dans le droit international qu’une limite imposée aux faibles, l’Amérique avait une responsabilité particulière : celle de rassembler.
Donald Trump aurait pu être celui qui réveillait l’Occident. Il aurait pu dire aux Européens qu’ils ne pouvaient plus déléguer éternellement leur défense à Washington. Il aurait pu exiger d’eux davantage d’efforts, de courage et de responsabilités, tout en renouvelant solennellement l’engagement américain envers leurs libertés. Il aurait pu construire une union sacrée des démocraties, non pas une coalition de vassaux placés sous l’autorité de l’Amérique, mais une alliance de nations souveraines, égales en droit, unies par leurs intérêts, leur histoire, leur amitié et une certaine idée de la dignité humaine.
Il avait même raison sur un point essentiel : l’Europe s’était trop longtemps installée dans le confort stratégique. Elle consacrait ses ressources à son modèle économique et social pendant que les États-Unis assumaient une part disproportionnée de sa sécurité. La pression exercée par Trump a incontestablement contribué à réveiller les Européens. Au sommet de La Haye de 2025, les membres de l’OTAN se sont engagés à porter progressivement leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % de leur PIB d’ici à 2035. En 2025 et 2026, les alliés européens et le Canada ont fortement augmenté leurs budgets militaires. Sur cette question, il faut reconnaître à Trump d’avoir brisé une forme d’hypocrisie européenne. Une alliance ne peut durablement fonctionner si l’un de ses membres en assume l’essentiel du coût pendant que les autres en réclament toutes les garanties.
Mais il existe deux manières de demander davantage à ses amis. On peut les rappeler à leurs responsabilités en leur montrant qu’ils sont indispensables. Ou bien on peut les humilier jusqu’à leur faire comprendre qu’ils ne sont plus considérés comme des amis. Donald Trump a trop souvent choisi la seconde voie.
Quand l’allié devient un client
Il regarde l’alliance comme une transaction, la fidélité comme une dette et l’amitié comme un rapport de forces. Il ne semble plus voir les alliés des États-Unis comme les membres d’une communauté historique, mais comme des clients dont il faudrait constamment vérifier la solvabilité. Il ne leur parle pas d’égal à égal : il exige, menace, taxe, rabaisse, puis présente la concession obtenue comme une victoire personnelle. Ce comportement peut arracher quelques avantages immédiats. Il détruit pourtant, lentement, ce que l’Amérique a mis près d’un siècle à construire : la confiance.
Les droits de douane imposés au Canada, à l’Europe et à d’autres partenaires en sont l’un des exemples les plus révélateurs. En avril 2025, Washington a instauré un tarif général de 10 %, assorti de taux plus élevés pour certains pays et certains secteurs. Le compromis commercial conclu ensuite avec l’Union européenne a maintenu un tarif américain de 15 % sur de nombreux produits européens et de 50 % sur certains métaux. Même lorsqu’elles sont justifiées au nom de la réciprocité, ces mesures donnent aux alliés le sentiment d’être traités presque comme des adversaires économiques.
Le protectionnisme peut protéger provisoirement quelques industries ; il ne crée pas une civilisation politique. À force de considérer toute relation comme un marché dans lequel l’Amérique devrait obligatoirement gagner davantage que l’autre, Trump risque de transformer la première puissance mondiale en une forteresse immense, redoutée mais de moins en moins aimée. Or une puissance entourée de méfiance est déjà une puissance plus seule.
Même la bataille des noms révèle quelque chose de cette vision du monde. Rebaptiser officiellement, aux États-Unis, le golfe du Mexique « golfe d’Amérique », rétablir le nom de mont McKinley à la place de Denali, ce ne sont peut-être que des gestes symboliques. Mais les symboles ne sont jamais insignifiants en politique. Ils donnent l’impression que l’Amérique ne veut plus seulement défendre ses intérêts : elle veut imposer son vocabulaire au monde. Comme si nommer un espace suffisait déjà à en revendiquer moralement la possession.
Plus graves encore furent les déclarations répétées sur le Canada, présenté comme un possible « 51e État », et sur le Groenland, territoire autonome du royaume du Danemark que Trump a affirmé vouloir obtenir. Même si ces propos relèvent parfois de la provocation ou d’une stratégie de négociation, ils franchissent une limite dangereuse. On ne peut pas dénoncer les prétentions chinoises sur Taïwan ou les ambitions russes en Europe orientale tout en donnant l’impression que la souveraineté des nations amies devient, elle aussi, négociable dès lors qu’une grande puissance convoite leur territoire.
C’est ici que la politique de Trump rencontre sa contradiction fondamentale. Il prétend défendre un monde fondé sur la force américaine, mais il affaiblit le principe même qui rend cette force légitime aux yeux des démocraties : le respect de la souveraineté. Si le Canada peut être absorbé parce qu’il serait économiquement dépendant, si le Groenland peut être acquis parce qu’il est stratégiquement utile, sur quel fondement moral condamner demain Pékin lorsque la Chine invoquera la proximité géographique, l’histoire et la nécessité stratégique pour s’emparer de Taïwan ? Et que répondre à Moscou lorsque la Russie expliquera qu’elle ne fait que récupérer une zone autrefois soumise à son influence ?
L’épreuve iranienne : la force sans stratégie
La question iranienne révèle encore plus brutalement les faiblesses de cette conception solitaire du pouvoir. Nous pensions que l’administration américaine avait longuement étudié les différents scénarios, évalué les capacités de riposte de Téhéran et préparé, avec ses alliés, toutes les conséquences d’un affrontement. Or le bilan actuel donne au contraire l’impression d’une extraordinaire sous-estimation de l’adversaire.
Avait-on sérieusement analysé la doctrine militaire iranienne ? Avait-on anticipé l’utilisation simultanée des missiles balistiques, des drones, des mines marines, des missiles antinavires et de ces centaines de petites embarcations rapides — les fameux « bateaux-moustiques » — conçues non pour affronter frontalement la flotte américaine, mais pour la harceler, la disperser et l’obliger à défendre en permanence un immense espace maritime ? Avait-on prévu que l’Iran utiliserait sa géographie comme une arme et le détroit d’Ormuz comme un otage ?
Près d’un cinquième du pétrole et du gaz mondialement échangés par voie maritime passe habituellement par Ormuz. Celui qui perturbe ce passage ne menace donc pas seulement ses ennemis : il prend en otage l’économie mondiale. Il expose directement les États arabes du Golfe, leurs ports, leurs raffineries, leurs installations gazières, leurs villes et leurs populations. Les monarchies du Golfe deviennent ainsi, même lorsqu’elles ne souhaitent pas la guerre, des champs de bataille potentiels et des cibles de représailles.
À Ormuz s’ajoute la menace de Bab el-Mandeb. L’Iran n’en contrôle pas directement les rives, mais ses relations avec les Houthis du Yémen lui offrent un moyen indirect de pression sur ce second passage stratégique. Entre Ormuz, Bab el-Mandeb, la mer Rouge et le canal de Suez, c’est une part considérable des routes énergétiques et commerciales mondiales qui peut être perturbée. En imaginant qu’une frappe initiale suffirait à neutraliser le problème iranien, on semble avoir oublié que Téhéran ne raisonne pas seulement en termes de territoire national. Il raisonne en réseaux, en relais, en milices, en détroits, en profondeur stratégique et en guerre d’usure.
La grande illusion fut peut-être de penser que l’Iran était un nouveau Venezuela : un régime isolé, fragile, que quelques jours de pression militaire et la décapitation de son sommet suffiraient à faire tomber. Mais l’Iran n’est pas le Venezuela. C’est une civilisation ancienne, un pays de plus de quatre-vingt-dix millions d’habitants, doté d’une culture stratégique, d’un appareil d’État, d’une industrie militaire et d’un réseau régional patiemment construit depuis des décennies.
On peut éliminer un chef. On ne détruit pas nécessairement le système qui l’a produit. Les têtes se remplacent. Les chaînes de commandement se reconstituent. Les ingénieurs demeurent. Les savoir-faire se transmettent. La mort d’un dirigeant peut désorganiser momentanément un régime ; elle peut aussi renforcer sa cohésion, réveiller le nationalisme et convaincre toute une nouvelle génération que la possession de l’arme nucléaire constitue la seule assurance-vie possible.
Le front autoritaire se rapproche
Pendant ce temps, les rapprochements entre l’Iran, la Russie, la Chine et la Corée du Nord s’approfondissent. Il ne s’agit pas encore d’une alliance intégrée comparable à l’OTAN, avec un commandement commun et une obligation automatique de défense. Mais la convergence existe : coopération militaire, transferts technologiques, échanges de drones, de missiles et de renseignements, contournement des sanctions, exercices navals et soutien diplomatique. La Russie et l’Iran ont signé en janvier 2025 un traité de partenariat stratégique global. Les quatre puissances n’ont pas besoin de s’aimer ni de se faire entièrement confiance pour comprendre qu’elles ont intérêt à s’entraider contre un adversaire commun.
Des soupçons sérieux existent déjà sur l’aide technique, matérielle ou informationnelle fournie à Téhéran. Toutes les livraisons annoncées ne sont pas vérifiables publiquement, et il faut rester prudent avant de parler d’« alliances secrètes » comme d’une certitude. Mais le simple fait que cette coopération soit aujourd’hui plausible aurait dû entrer au centre de la planification américaine. En frappant l’Iran sans avoir préalablement consolidé l’unité occidentale, Washington risque d’obtenir exactement le contraire du résultat recherché : non pas l’isolement de Téhéran, mais l’accélération de son intégration dans un front informel réunissant les principales puissances hostiles à l’Occident.
Plus étonnant encore : qui a réellement demandé l’avis des alliés ? Quelle consultation stratégique approfondie a eu lieu avec l’OTAN ? Quel plan commun a été élaboré avec l’Europe ? Quels mécanismes de protection ont été négociés avec les pays du Golfe avant qu’ils ne soient exposés aux missiles, aux drones et aux représailles iraniennes ?
Consulter ne signifie pas demander la permission d’exister ou d’agir. Consulter, c’est reconnaître que lorsqu’une décision américaine peut provoquer une guerre régionale, fermer Ormuz, menacer Bab el-Mandeb, atteindre les bases occidentales et faire exploser le prix mondial de l’énergie, ses conséquences ne seront pas exclusivement américaines. Les alliés ont donc le droit d’être entendus avant d’être sommés de payer, de protéger, de participer ou de se taire.
Le coût ne se limite d’ailleurs pas aux opérations militaires. Il se retrouve dans le prix du pétrole, du gaz, du transport maritime, de l’assurance et des engrais. Il finit dans les factures des ménages européens, dans les déficits des pays importateurs d’énergie et dans le prix du pain des populations les plus pauvres. La FAO a averti que la perturbation prolongée d’Ormuz pourrait provoquer, dans les mois à venir, un choc agroalimentaire systémique. L’inflation énergétique devient alors une inflation agricole : l’énergie renchérit les engrais, l’irrigation, la transformation et le transport ; les céréales deviennent plus coûteuses ; les États fragiles s’endettent davantage ; la faim et l’instabilité politique progressent.
Nous avons donc devant nous, jusqu’à présent, un bilan calamiteux : un Iran frappé mais non vaincu, des capacités de nuisance qui subsistent, un détroit stratégique transformé en instrument de chantage, des États arabes exposés, des stocks militaires américains fortement sollicités, des alliances adverses qui se resserrent et une économie mondiale qui paie la facture. Une guerre annoncée comme courte devient une guerre d’usure. Une démonstration de force destinée à restaurer la dissuasion révèle les limites de la force lorsqu’elle n’est accompagnée ni d’une stratégie politique complète ni d’une véritable coalition.
L’Europe face à sa dépendance
Vladimir Poutine et les dirigeants chinois n’ont probablement pas besoin que Donald Trump leur offre directement quoi que ce soit. Il leur suffit de voir l’Occident se diviser, les Européens douter de la parole américaine, le Canada se sentir menacé par son propre voisin et les alliés asiatiques s’interroger sur la solidité des engagements de Washington. Chaque fissure dans l’alliance occidentale constitue un bénéfice stratégique pour Moscou et Pékin. Ce qu’ils auraient dû obtenir au prix d’immenses efforts, l’Amérique risque de le leur accorder gratuitement : un Occident qui ne croit plus tout à fait en lui-même.
L’OTAN existe encore. Elle s’est même renforcée militairement sur plusieurs plans et ses membres ont réaffirmé leurs engagements communs. Il serait donc excessif de dire que Trump l’a déjà détruite. Mais une alliance militaire ne repose pas uniquement sur des budgets, des missiles et des déclarations finales. Elle repose sur une certitude intime : le jour du danger, l’autre sera là. Si cette certitude disparaît, l’alliance demeure sur le papier mais commence à se vider de sa substance.
L’Europe comprend désormais, lentement et douloureusement, qu’elle ne peut plus fonder toute sa sécurité sur l’hypothèse d’une protection américaine automatique et éternelle. Elle a engagé son programme de préparation militaire à l’horizon 2030 et accepté d’investir beaucoup plus dans sa défense. Mais augmenter les budgets nationaux ne suffira pas. Vingt-sept armées juxtaposées ne forment pas une puissance commune. Il lui faut une véritable capacité européenne : une industrie de défense coordonnée, une chaîne de commandement capable d’agir, une politique étrangère plus cohérente, une dissuasion crédible et une armée européenne articulée avec l’OTAN mais capable d’intervenir lorsque les États-Unis ne veulent ou ne peuvent pas le faire.
Il faut maintenant aller plus loin et constituer une véritable union militaire européenne, assez puissante pour protéger seule le territoire, les populations, les frontières, les espaces maritimes et les intérêts vitaux de l’Europe, sans dépendre de quiconque — pas même des États-Unis. Cela suppose un commandement politique et militaire permanent, une planification stratégique commune, une défense aérienne et antimissile intégrée, un renseignement européen autonome, des capacités spatiales et cybernétiques, des réserves de munitions suffisantes, une logistique unifiée et une industrie capable de produire rapidement les armes nécessaires. Cela suppose aussi une force européenne de réaction, une doctrine commune et une réflexion assumée sur la dissuasion nucléaire française et britannique au service de la sécurité du continent. Tant que l’Europe dépendra d’un autre pour savoir si elle sera défendue, elle ne sera pas pleinement souveraine. Une puissance qui doit demander à une puissance extérieure la permission ou les moyens de survivre n’est pas encore une puissance.
Cette union militaire ne devrait être dirigée contre les États-Unis ni destinée à dissoudre l’OTAN. Elle permettrait au contraire de transformer une relation de dépendance en une véritable alliance entre égaux. L’Amérique resterait une amie et un partenaire essentiel ; elle ne serait plus le garant indispensable sans lequel l’Europe serait incapable d’assurer sa propre sécurité. L’amitié devient plus saine lorsque chacun peut tenir debout par lui-même.
L’Europe ne doit donc pas construire cette autonomie contre l’Amérique. Elle doit la construire parce que l’amitié entre nations adultes ne peut reposer sur la dépendance de l’une et l’humeur de l’autre. Une Europe forte serait d’ailleurs un meilleur allié des États-Unis qu’une Europe apeurée, divisée et militairement incomplète.
Monsieur Trump, qu’est-ce qu’un leader ?
Monsieur Trump, le véritable leadership ne consiste pas à faire plier ses amis. Il consiste à leur donner envie de se tenir à vos côtés.
Être un leader, ce n’est pas entrer dans chaque négociation en affirmant : « Moi, je gagne ; toi, tu te tais et tu obéis. Si tu refuses, je te punis. » Cette méthode peut fonctionner dans une transaction immobilière où l’on cherche à obtenir le meilleur prix. Elle ne fonctionne pas durablement dans les relations internationales, parce que les nations ont une mémoire, une identité et une dignité. Elles ne sont ni des filiales, ni des fournisseurs, ni des débiteurs que l’on convoque dans un bureau.
Le leadership consiste à écouter avant de décider, à consulter avant d’engager, à prévoir avant de frapper et à négocier avant de menacer. Il consiste à comprendre la pensée de l’adversaire, à envisager ses réponses possibles et à préparer non seulement le premier jour de la guerre, mais le centième, le millième et surtout le jour d’après.
Une alliance de puissances ne se construit pas sur l’obéissance, mais sur la réciprocité. Elle suppose que chacun accepte les intérêts légitimes de l’autre, reconnaisse sa souveraineté, considère ses inquiétudes et participe à une décision dont il devra partager les risques. L’allié véritable n’est pas celui qui obéit toujours. C’est celui qui peut vous dire que vous vous trompez et que vous écoutez encore.
L’amitié entre les États-Unis, le Canada et l’Europe n’est pas née d’un contrat commercial. Elle a été forgée dans le sang de deux guerres mondiales. Des Américains sont morts pour libérer l’Europe ; des Canadiens, des Britanniques, des Français, des Polonais et tant d’autres ont combattu à leurs côtés. Plus tard, pendant la guerre froide, ces nations ont défendu ensemble un espace de liberté face au totalitarisme soviétique. Cette histoire crée des obligations morales qui dépassent les comptes trimestriels, les déficits commerciaux et les pourcentages de dépenses militaires.
Roosevelt et Truman avaient compris qu’une Amérique entourée d’alliés libres était plus puissante qu’une Amérique entourée de vassaux soumis. Ils savaient que le respect offert aux partenaires n’était pas une faiblesse, mais un multiplicateur de puissance. Ils savaient surtout que l’ordre international ne pouvait être défendu par une nation qui réclamerait pour elle-même les privilèges territoriaux et politiques qu’elle dénonçait chez ses adversaires.
La solitude n’est pas la souveraineté
Donald Trump veut rendre sa grandeur à l’Amérique. Mais la grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement à ce qu’il peut imposer. Elle se mesure à la confiance qu’il inspire, à la fidélité qu’il suscite et au monde qu’il rend possible autour de lui. À force de confondre autorité et domination, négociation et intimidation, indépendance et isolement, Trump pourrait obtenir quelques victoires commerciales tout en perdant l’héritage géopolitique le plus précieux des États-Unis : l’alliance volontaire des nations libres.
Oui, dans ce monde, une nation ne peut finalement compter que sur elle-même. Mais cette vérité doit être correctement comprise. Compter sur soi ne signifie pas vivre seul, mépriser ses amis ou rompre ses alliances. Cela signifie être suffisamment fort pour choisir librement ses solidarités, tenir ses engagements et ne jamais placer son existence entre les mains d’un protecteur devenu imprévisible.
C’est la leçon que l’Europe doit désormais apprendre. Et c’est peut-être aussi celle que l’Amérique devra un jour redécouvrir : même la plus grande puissance du monde finit par s’affaiblir lorsqu’elle ne sait plus reconnaître, écouter et respecter ses amis.
Bernard Raymond Jabre
Beyrouth, août 2026
Sources factuelles principales
• Maison-Blanche — Restoring Names That Honor American Greatness
https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/restoring-names-that-honor-american-greatness/
• Maison-Blanche — Accord commercial États-Unis–Union européenne
https://www.whitehouse.gov/fact-sheets/2025/07/fact-sheet-the-united-states-and-european-union-reach-massive-trade-deal/
• OTAN — Engagement de défense adopté au sommet de La Haye
https://www.nato.int/en/about-us/official-texts-and-resources/official-texts/2025/06/25/the-hague-summit-declaration
• Conseil de l’Union européenne — Préparation de la défense européenne
https://www.consilium.europa.eu/en/policies/european-defence-readiness/
• U.S. Energy Information Administration — Détroits et routes énergétiques stratégiques
https://www.eia.gov/international/analysis/special-topics/world_oil_transit_Chokepoints
• FAO — Conséquences agroalimentaires de la crise du détroit d’Ormuz
https://www.fao.org/newsroom/detail/strait-of-hormuz-conflict-threatens-global-food-prices-as-fao-warns-time-is-running-out/en
• Présidence de la Fédération de Russie — Partenariat stratégique russo-iranien
https://en.kremlin.ru/acts/news/76739
Bernard Raymond Jabre |



