“Juste avant la guerre, Kodo Sawaki dirigea un grand temple dans la montagne, leTengyo Zen Ien…. À 86 ans, il tombe gravement malade… et trois jours avant sa mort, il dit à une nonne :”Regarde ça. La nature est magnifique. Je comprends le problème des hommes. Dans toute ma vie, je n’ai jamais rencontré une personne à laquelle j’aurais pu me soumettre et que j’aurais pu admirer. Mais ce mont Takagamine me regarde toujours de haut en disant : “Kodo, Kodo”. ” Ce furent ses dernières paroles…”
Extrait de, Le Trésor du Zen, textes du Maître Dogen, traduits et commentés par maitre Taisen Dashimaru, Albin Michel, 2003. 

Sarah et Hamida sont amies depuis longtemps. Elles ont fait connaissance sur les bancs de l’école et se retrouvent presque traditionnellement pour commenter la situation au pays des Cèdres. Cependant, depuis quelques jours, l’embarras prévaut lors de leurs échanges. Ils sont surtout teintés d’amertume et d’aveux inexplorés.

Sarah dit : “On devra choisir entre une douceur orientale ou un café alors que même au point culminant des guerres civiles, ces deux éléments étaient inséparables.” 

Hamida répond :  ” La dramatique dévaluation de la livre libanaise, les restrictions draconiennes et les humiliations qui s’en suivent constituent la préoccupation majeure de tant de personnes, mais ce matin, je tiens à discuter l’espace de l’autocritique. Cela est un sujet inhabituel entre nous et étranger pour tant de libanais. “

Sarah indique :” Tu as raison, parlons cette fois de nos gaffes afin de les corriger. Ainsi, au lieu de ressasser de mauvais souvenirs et ce “pourquoi les mêmes nous ramènent autant en arrière?”, j’essaie de limiter leur réminiscence et de ranimer l’exploration de ma vitalité. Elle manque à tant de gens, d’enfants, de femmes et d’hommes épuisés par leurs manques d’initiatives. J’en ai assez de me sentir accusatrice, non responsable de ma citoyenneté et ligotée à  des supposés faire, avoir ou savoir. ” 

Hamida dit : “Nous avons subi ensemble, chacun de son côté, le traumatisme des tirs intermittents et le cloisonnement des barricades érigées entre les quartiers Est et Ouest de Beyrouth. Ces angoisses persistent même quand les routes sont ouvertes. Je vais désormais éviter la norme des distances formelles, l’habitude du fait accompli et les règles arbitraires indiscutables.”

Sarah dit : ” Moi aussi je ne tolère plus ce silence tacite. Il m’a ramené 30 ans après aux susceptibilités identitaires. Elles ne servent qu’à ranimer de vieux conflits. Entendons nous donc sur ce qui compose nos lumineuses convergences ainsi que nos points communs. Nos ancêtres avaient pour lumière le jour. La nuit était bienvenue pour se reposer, se retrouver et puis s’endormir. Il nous reste la nature et la foi en Dieu pour qu’un récit sur papier soit transmis au présent. “

Hamida dit enfin : “C’est vrai qu’on a ces  complexités. Le silence nous mène finalement à noyer la recherche des faits et la véracité des choses. Ainsi, tant parmi nous préfèrent qu’on parle pour eux. Arrêtons de nous lamenter sur un passé terrible qui devient ce remords omniprésent. J’en ai assez de vivoter ou de mourir comme tant de vérités et de crimes non élucidés. L’histoire m’élève quand j’évite les faux rapports et la tutelle abusive. ” 

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