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Sud-Liban : Joumblatt appelle à soutenir Haykal

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Walid Joumblatt a choisi Yarzé pour envoyer un signal politique simple, mais lourd de contexte. L’ancien président du Parti socialiste progressiste a rencontré le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, afin d’examiner la situation générale du pays et les développements sécuritaires, en particulier dans le Sud. À l’issue de cette rencontre, il a insisté sur le rôle national de l’institution militaire et sur la nécessité de se tenir à ses côtés dans une période où le Liban avance entre cessez-le-feu fragile, pressions israéliennes, débats internes sur les armes et attentes internationales.

Cette visite n’est pas un geste protocolaire isolé. Elle intervient alors que l’armée libanaise devient le pivot annoncé de toute sortie de crise au Sud. Les discussions sur les zones pilotes, le retrait israélien, le retour des déplacés et l’application de la résolution 1701 placent les militaires au centre d’un dispositif dont le coût politique dépasse largement leurs moyens opérationnels. En appelant à l’unité nationale, Joumblatt rappelle que l’armée peut être un point de rassemblement. Mais il souligne aussi, indirectement, que cette institution ne peut pas porter seule les contradictions d’un État encore divisé.

Armée libanaise : un message à Yarzé

Le message de Walid Joumblatt tient en quelques mots : l’armée libanaise doit être soutenue par tous. La formule paraît consensuelle. Elle l’est moins lorsqu’on la replace dans le moment actuel. Soutenir l’armée ne signifie pas seulement saluer ses soldats, participer à une cérémonie ou publier un communiqué. Cela implique de lui donner une couverture politique, des moyens financiers, un mandat clair et une protection contre les usages partisans de son rôle.

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À Yarzé, le choix des mots a compté. Joumblatt a parlé d’un rôle national, non d’un rôle communautaire ou sécuritaire limité. Dans le langage politique libanais, cette nuance est importante. L’armée reste l’une des rares institutions capables de dépasser les appartenances confessionnelles, même si elle n’échappe pas aux équilibres du système. Elle peut tenir un checkpoint au Nord, accompagner un déploiement au Sud, sécuriser une frontière à l’Est et rester, dans l’imaginaire collectif, un symbole d’unité.

La rencontre avec Rodolphe Haykal intervient aussi dans une phase où le commandement militaire multiplie les contacts internes et externes. Depuis sa nomination, le chef de l’armée doit gérer l’après-Joseph Aoun, devenu président de la République, tout en répondant aux attentes des partenaires étrangers. Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les pays arabes et l’ONU regardent l’armée comme l’instrument capable de stabiliser le territoire. Cette attente est flatteuse. Elle peut aussi devenir écrasante.

Le Sud, arrière-plan de la rencontre

Le Sud est l’arrière-plan principal de la visite. Le cessez-le-feu n’a pas encore produit la sécurité attendue par les habitants. Des frappes, des survols, des incidents et des zones encore inaccessibles entretiennent l’incertitude. Les familles déplacées veulent rentrer. Les municipalités veulent dégager les routes. Les autorités veulent montrer que l’État revient. Israël exige des garanties contre le retour des armes du Hezbollah. Le Hezbollah refuse d’être réduit à une question technique. Dans cette équation, l’armée est placée entre toutes les demandes.

L’accord-cadre signé en juin a renforcé cette centralité. Il prévoit un mécanisme progressif autour de zones pilotes, où les Forces armées libanaises devraient assumer une responsabilité sécuritaire pleine, après retrait israélien et vérification de l’absence de groupes armés non étatiques. Sur le papier, le schéma paraît ordonné. Sur le terrain, il soulève des questions très concrètes : qui vérifie, avec quels moyens, selon quel calendrier, dans quelles localités et sous quelle protection politique ?

Le Liban exige désormais que le retrait israélien commence dans deux zones pilotes avant le prochain cycle de pourparlers directs annoncé à Rome. Cette condition traduit une méfiance profonde. Beyrouth ne veut pas se rendre à une table de négociation si rien ne change dans les villages touchés. Le gouvernement cherche un premier geste mesurable. L’armée, elle, devra immédiatement occuper l’espace ouvert par ce retrait, s’il intervient. Elle n’aura pas droit à l’ambiguïté.

Le problème est que la logique militaire ne suit pas toujours la logique diplomatique. Un retrait annoncé peut rester partiel. Une zone peut être dégagée sur la carte et dangereuse dans les faits. Un village peut être accessible le matin et frappé le soir. Un déploiement de l’armée peut rassurer une partie des habitants et inquiéter ceux qui craignent une confrontation interne. Voilà pourquoi l’appel de Joumblatt à l’unité nationale vise aussi à prévenir une fracture autour du rôle militaire.

Joumblatt, soutien critique plutôt que blanc-seing

Walid Joumblatt occupe une place particulière dans cette séquence. Il n’est plus chef officiel du Parti socialiste progressiste, mais son poids politique reste réel. Sa parole conserve une capacité d’orientation dans la communauté druze, au Parlement et dans les relations entre blocs. Depuis plusieurs semaines, il critique certaines ambiguïtés de l’accord-cadre avec Israël, tout en défendant l’idée d’un État fort et d’un monopole public de la décision militaire.

Cette position n’est pas simple. Joumblatt se méfie d’un accord qu’il juge susceptible d’être dicté par un rapport de forces défavorable au Liban. Il refuse aussi que le Hezbollah garde seul le pouvoir d’entraîner le pays dans une guerre. Entre ces deux risques, il cherche une ligne de crête : soutenir l’armée, protéger la cohésion interne, ne pas laisser Israël définir seul les conditions de sécurité et ne pas remettre la décision libanaise à l’Iran ou à un acteur armé non étatique.

Sa visite à Yarzé doit donc être lue comme un message adressé à plusieurs publics. À l’armée, il dit que la couverture politique existe. Au pouvoir, il dit que l’institution militaire ne doit pas être utilisée comme simple outil d’exécution d’un accord mal négocié. Au Hezbollah, il rappelle que l’autorité de l’État doit primer. À Israël, il indique que l’État libanais peut se rassembler autour de son armée si le retrait est réel et si les civils sont protégés.

Haykal face à une institution sous pression

Le général Rodolphe Haykal hérite d’une institution respectée, mais fatiguée. La crise financière a réduit le pouvoir d’achat des militaires. Les unités restent sollicitées sur plusieurs fronts : frontières, camps palestiniens, sécurité intérieure, lutte contre les trafics, maintien de l’ordre, présence au Sud et coordination avec les partenaires internationaux. Dans beaucoup de cas, les soldats doivent compenser par la discipline ce que l’État ne leur fournit pas en équipement, salaires et infrastructures.

La nomination de Haykal en 2025 a installé une continuité institutionnelle après l’élection de Joseph Aoun à la présidence. Cette continuité rassure les partenaires étrangers. Elle ne règle pas les difficultés structurelles. L’armée peut être le socle de la souveraineté, mais elle ne peut pas devenir le substitut de toutes les politiques publiques. La sécurité du Sud dépend de ses patrouilles. Elle dépend aussi de routes réparées, de logements reconstruits, de municipalités financées et d’un accord politique minimal.

Le soutien international, souvent présenté comme une garantie, reste insuffisant s’il ne se traduit pas en capacités durables. Des visites officielles, des formations et des aides techniques renforcent l’image de l’armée. Mais la question décisive reste celle des moyens continus : carburant, véhicules, communications, renseignement, protection des positions, soutien médical et conditions de vie des troupes. Un soldat déployé dans une zone sensible ne défend pas seulement une ligne. Il représente la présence effective de l’État.

Soutenir l’armée : slogan ou politique publique ?

Il faut donc se méfier d’un slogan trop facile : « tout le monde avec l’armée ». Dans le Liban actuel, cette phrase peut masquer des divergences profondes. Certains veulent l’armée pour remplacer le Hezbollah. D’autres veulent l’armée comme tampon entre Israël et les groupes armés. D’autres encore l’utilisent comme symbole tout en refusant de lui donner le pouvoir réel de décision. Le soutien authentique exige une clarté que la classe politique n’a pas toujours fournie.

La première clarté concerne le mandat. L’armée doit-elle seulement accompagner le retour des déplacés, ou démanteler des infrastructures armées ? Doit-elle contrôler les zones pilotes avant ou après le retrait israélien ? Doit-elle arrêter des combattants, confisquer des armes, surveiller les frontières, ou se limiter à une présence visible ? Chacune de ces missions implique un niveau de risque différent. Les responsables politiques ne peuvent pas rester dans les généralités et laisser les militaires assumer seuls les conséquences.

La deuxième clarté concerne l’unité nationale. Joumblatt insiste sur la solidarité interne parce qu’il sait que l’armée ne peut pas réussir dans un climat de suspicion communautaire. Un déploiement au Sud sera regardé par les habitants, par les partis, par Israël, par la FINUL et par les médiateurs. La moindre erreur pourra être interprétée comme une provocation, une faiblesse ou une concession. Sans consensus minimal, la troupe risque de devenir le lieu où s’affrontent les contradictions du pays.

Cette difficulté explique pourquoi la résolution 1701 reste un texte de référence et non un simple slogan. Elle demande l’arrêt durable des hostilités, l’autorité exclusive du gouvernement libanais dans le Sud et l’absence d’armes non autorisées entre la Ligne bleue et le Litani. Mais elle suppose aussi le respect de la souveraineté libanaise et la fin des violations israéliennes. La citer seulement contre le Hezbollah ou seulement contre Israël revient à la vider de son équilibre.

L’appel de Joumblatt vise également la classe politique. Depuis le début de la crise, beaucoup de responsables saluent l’armée, mais hésitent lorsqu’il faut assumer les décisions qui la protègent. Le Parlement doit soutenir les crédits nécessaires. Le gouvernement doit fixer les règles d’engagement. Les partis doivent éviter de transformer les casernes en terrain de compétition. Les municipalités doivent coopérer sur les retours. Sans cette chaîne civile, le soldat au checkpoint se retrouve seul avec une crise nationale sur les épaules.

Il existe aussi une dimension sociale. Les familles de militaires vivent la même crise économique que le reste du pays. Les salaires, les soins, les transports et l’éducation pèsent sur leur quotidien. Demander à l’armée de tenir le Sud sans protéger la dignité de ses membres serait une contradiction majeure. La solidité institutionnelle commence parfois par des choses simples : payer correctement, soigner rapidement, loger décemment et reconnaître le sacrifice sans le transformer en argument politique.

Israël, Hezbollah et l’espace étroit de l’État

La troisième clarté concerne Israël. Aucune consolidation durable ne sera possible si les frappes se poursuivent et si les zones occupées restent sous menace permanente. Demander à l’armée libanaise de garantir la sécurité pendant que l’armée israélienne conserve le droit d’intervenir à sa guise revient à placer l’institution dans une position intenable. Le retrait doit être vérifiable. Les violations doivent être documentées. Les civils doivent pouvoir revenir sans craindre qu’un déplacement ordinaire soit traité comme un risque militaire.

La quatrième clarté concerne le Hezbollah. Le retour du monopole de l’État sur les armes ne peut pas rester un principe abstrait. Il doit faire l’objet d’une séquence politique, sécuritaire et sociale. Le parti armé ne disparaîtra pas par décret. Il ne remettra pas ses positions parce qu’un communiqué le souhaite. Mais l’État ne peut pas non plus reconstruire sa souveraineté si des décisions de guerre continuent d’être prises en dehors de lui. L’armée se trouve au centre de cette tension.

Le mérite de la visite de Joumblatt est de rappeler que l’institution militaire ne doit pas être abandonnée à cette tension. Le risque est pourtant réel. Dans le débat public, chacun projette sur l’armée son propre programme. Les partisans de la négociation veulent qu’elle prouve que le Liban peut contrôler son territoire. Les adversaires de l’accord craignent qu’elle soit utilisée pour imposer des concessions. Les partenaires étrangers veulent qu’elle exécute vite. Les habitants veulent qu’elle protège tout de suite.

Un test politique avant d’être militaire

Le commandement militaire devra donc préserver une ligne d’équilibre. Il doit coopérer avec le pouvoir civil, mais ne pas devenir une caution automatique. Il doit répondre aux attentes internationales, mais ne pas apparaître comme l’instrument d’une tutelle extérieure. Il doit rassurer les habitants du Sud, mais éviter tout affrontement interne. Il doit soutenir l’application de la résolution 1701, mais rappeler que cette résolution implique aussi le retrait israélien et le respect de la souveraineté libanaise.

La visite de Yarzé intervient enfin dans une atmosphère politique où les symboles comptent. À l’approche des pourparlers de Rome, chaque déclaration sur l’armée devient un message diplomatique. À l’approche de la visite attendue de Joseph Aoun à Washington, chaque soutien à l’institution militaire devient aussi une demande adressée aux États-Unis et aux bailleurs. Le Liban veut de l’aide, mais il veut aussi être reconnu comme détenteur d’une décision nationale.

Le pays ne pourra pas sortir de cette phase avec des slogans seuls. Il lui faut un plan précis pour les zones pilotes, un calendrier de retrait, un mécanisme de vérification, des moyens budgétaires pour l’armée, un dispositif de retour des déplacés et une parole politique cohérente. La rencontre entre Joumblatt et Haykal souligne l’urgence de cette cohérence. L’armée reste debout. La question est désormais de savoir si les responsables civils sauront construire autour d’elle un consensus assez solide pour tenir le Sud lorsque les premières routes seront rouvertes.

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