
(Beyrouth) – Tandis que des milliers de personnes ont récemment
manifesté dans les rues de Beyrouth, la secrétaire générale d’Amnesty
International, Irene Khan, a demandé aux dirigeants politiques de
veiller à ce que ces manifestations ne dégénèrent pas en violence
politique entraînant des atteintes aux droits fondamentaux.
«Du point de vue des droits humains, c’est une remarquable
illustration des libertés d’expression et de réunion exercées d’une
manière globalement pacifique», a déclaré Irene Khan.
Toutefois, au moins une mort violente a été annoncée ce dimanche 3 décembre : «Le
Liban a un passé douloureux émaillé de conflits politiques liés à des
clivages communautaires qui ont engendré des violations massives des
droits humains, pour la plupart non sanctionnées. Tous les acteurs
politiques doivent agir en responsabilité afin d’éviter que les erreurs
du passé ne se reproduisent.»
Lorsqu’elle les a rencontrés, Irene Khan s’est adressé en ces termes au
président Lahoud, au Premier ministre Siniora et au porte-parole du
Parlement Berri : «Tous
les dirigeants politiques doivent user de leur influence pour faire en
sorte que ces manifestations ne dégénèrent pas en violence politique
débouchant sur des atteintes aux droits humains.»
Irene Khan se trouve à Beyrouth dans le cadre de sa mission au
Moyen-Orient. Elle s’est rendue ce dimanche 3 décembre dans le sud du
Liban afin de constater les répercussions sur la population civile des
récents affrontements.
«Le conflit a fait de très nombreuses victimes et détruit un grand
nombre d’infrastructures. Les événements politiques à Beyrouth ne
doivent pas faire oublier les efforts de reconstruction – la population
a encore besoin d’une aide urgente et soutenue afin de faire face aux
séquelles de la guerre, a indiqué la secrétaire générale.
«Les manifestations politiques ne peuvent pas faire l’impasse sur la
nécessité de remédier à l’impunité. Car c’est l’absence de mécanismes
efficaces à même de s’attaquer à cette impunité qui a engendré un
climat de méfiance généralisée au Liban, en partie relayée par ces
manifestations.»
Amnesty International a fait valoir que justice n’avait pas été rendue
pour les assassinats politiques et les autres atteintes aux droits
humains commis par le passé.
«Il faut mettre sur pied une stratégie globale déclinée en mesures concrètes pour que tous les Libanais obtiennent justice», a indiqué Irene Khan.
Quant à la proposition d’un tribunal international chargé de juger les
personnes reconnues coupables d’avoir participé à l’assassinat de
l’ancien Premier ministre Hariri, Amnesty International a souligné
qu’il serait plus judicieux d’inscrire ce tribunal dans une stratégie
d’ensemble.
«Les clivages politiques actuels font ressortir la méfiance et la
suspicion, qu’une approche sélective de la justice ne ferait que
renforcer, a conclu Irene Khan.
«Une stratégie globale suppose une réforme du système judiciaire
libanais et une adhésion aux traités internationaux relatifs aux droits
humains.»
Amnesty International demande l’adoption d’une approche globale de l’obligation de rendre des comptes au Liban, notamment :
– la création d’une commission d’enquête chargée d’examiner les
atteintes aux droits humains commises par les deux camps lors du récent
conflit ;
– la réforme du système judiciaire, notamment l’abolition des tribunaux
militaires pour les crimes perpétrés par des civils, du Conseil de
justice et du recours à des preuves obtenues par la torture ;
– l’abrogation des lois d’amnistie afin que les violations passées puissent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites ;
– la ratification du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
(source: Communiqué Amnesty International)
Article restauré depuis les archives historiques de Libnanews via Web Archive.

