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Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé vendredi 28 août à faire tomber l’accord-cadre conclu en juin entre le Liban et Israël sous médiation américaine. Dans un discours prononcé dans la banlieue sud de Beyrouth, il l’a qualifié d’« illégitime », d’« illégal » et d’« humiliant », estimant qu’il « détruit la souveraineté libanaise » sans permettre au pays de récupérer ses droits. Il a également rejeté les « zones pilotes » prévues pour amorcer le retrait israélien et le déploiement de l’armée libanaise, ainsi que le mécanisme international de vérification discuté entre les parties. « Nous resterons la tête haute et nous ne nous rendrons pas », a-t-il lancé, dans l’une de ses prises de position les plus fermes contre le processus engagé par l’État libanais avec Israël.
Qassem appelle à « faire tomber » l’accord-cadre
Naim Qassem a consacré une partie importante de son intervention à l’accord-cadre négocié sous médiation américaine. Le dirigeant du Hezbollah ne s’est pas contenté d’exprimer des réserves sur certaines de ses dispositions. Il en a demandé explicitement l’abandon.
« Nous sommes contre l’accord-cadre et nous appelons à le faire tomber », a-t-il déclaré lors du rassemblement organisé sur la place Ashoura, dans la Dahiyeh. Il a ensuite accumulé les qualificatifs pour contester sa légitimité : « L’accord-cadre est illégitime, illégal, humiliant et détruit la souveraineté libanaise sans restituer les droits. »
Cette position place directement le Hezbollah en opposition avec le processus engagé par les autorités libanaises. L’accord conclu en juin doit organiser plusieurs dossiers interdépendants : le retrait progressif des forces israéliennes présentes dans le sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise et le traitement des armes et infrastructures militaires du Hezbollah.
Pour Qassem, ce dispositif ne constitue pas un compromis susceptible de restaurer la souveraineté. Il considère au contraire qu’il impose au Liban des obligations sans garantir au préalable la récupération de son territoire.
« Nous resterons sur le terrain »
Le secrétaire général du Hezbollah a accompagné son rejet politique d’un message destiné à montrer que son mouvement n’entend pas se retirer sous la pression militaire ou diplomatique. « Nous sommes aujourd’hui dans une situation de confrontation », a-t-il affirmé devant ses partisans.
Il a ensuite ajouté : « Nous continuerons, nous resterons fermes. » Dans une autre formule destinée à résumer la position du mouvement, Qassem a lancé : « Nous resterons la tête haute et nous ne nous rendrons pas. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. »
Le message est particulièrement significatif dans le contexte militaire actuel. Le Hezbollah a subi des pertes considérables depuis 2023 et les forces israéliennes occupent toujours plusieurs secteurs du territoire libanais. Israël poursuit parallèlement ses frappes, ses dynamitages et ses opérations terrestres dans le Sud.
Qassem cherche donc à écarter l’idée selon laquelle l’affaiblissement militaire du mouvement conduirait nécessairement à l’acceptation des conditions négociées sous pression internationale. « Nous resterons sur le terrain et nous n’accepterons pas ces projets dont ils parlent », a-t-il déclaré.
Rejet catégorique des « zones pilotes »
Le dirigeant du Hezbollah a particulièrement visé le mécanisme des « zones pilotes », devenu l’un des principaux éléments opérationnels des négociations entre le Liban, Israël et les médiateurs américains.
« Nous n’acceptons pas les zones pilotes ni ce qui en découle », a affirmé Qassem. Ces secteurs doivent permettre de tester progressivement un dispositif associant retrait israélien, déploiement de l’armée libanaise et démantèlement des infrastructures militaires du Hezbollah.
Les dernières discussions ont notamment porté sur les secteurs où ce mécanisme pourrait être appliqué. Les autorités libanaises ont proposé plusieurs zones dans la région de Nabatiyé, tandis que les discussions doivent également déterminer les modalités du retrait des forces israéliennes.
Pour le Hezbollah, le problème dépasse cependant la géographie des secteurs concernés. Accepter ces zones reviendrait, selon son dirigeant, à reconnaître un processus qu’il considère lui-même comme dépourvu de légitimité.
Qassem refuse donc à la fois l’accord général et les instruments prévus pour sa mise en œuvre.
« Nous n’acceptons pas la commission de vérification »
Le secrétaire général du Hezbollah s’est également opposé à la création d’un mécanisme chargé de vérifier l’application des engagements pris dans les zones concernées.
« Nous n’acceptons pas la commission de vérification, ni ceux qui y participent », a-t-il déclaré. Il a présenté ce mécanisme comme étant « hors de la loi et hors du consensus libanais ».
Les discussions menées au début du mois d’août à Rome avaient notamment porté sur les pays susceptibles de participer à cette commission. Celle-ci serait chargée de surveiller le déploiement de l’armée libanaise et la destruction des armes ou infrastructures militaires du Hezbollah dans les zones pilotes.
Qassem en donne une lecture beaucoup plus hostile. Il présente la commission comme un mécanisme dominé par les États-Unis et Israël et imposé à l’armée libanaise. Dans cette perspective, le dispositif ne constituerait pas une garantie internationale pour le Liban, mais une forme de contrôle exercé sur ses institutions.
Ce rejet complique directement la mise en œuvre du processus. Le Hezbollah conserve une présence politique et militaire importante dans les régions concernées, même si son rapport de force a été profondément modifié par les guerres successives.
Qassem s’en prend aux négociations directes
Le discours du 28 août contient également une critique explicite de la voie choisie par les autorités libanaises pour négocier avec Israël. Qassem estime que Beyrouth s’est engagé dans un processus qui ne respecte ni les sacrifices consentis par le pays ni sa souveraineté.
Il a accusé les responsables libanais d’avoir choisi « une voie qui n’honore ni le Liban ni ses sacrifices ». Selon lui, l’entrée dans des négociations directes avec Israël revient à consentir des concessions alors même que les opérations militaires israéliennes se poursuivent.
Le dirigeant du Hezbollah insiste précisément sur cette simultanéité. Les négociations se déroulent alors que l’aviation israélienne continue de frapper le territoire libanais et que les forces israéliennes maintiennent leur présence dans le Sud.
Qassem présente donc le processus comme une négociation conduite « sous les bombardements israéliens ». Il l’a assimilé à une forme de « reddition dans l’humiliation », contestant l’idée que le rapport de force actuel puisse produire un accord équilibré.
« Qui bombarde ? Qui tue ? »
Le secrétaire général du Hezbollah a cherché à replacer la question de son armement dans celle, plus large, des opérations israéliennes au Liban. Il a interpellé son auditoire par une série de questions : « Qui bombarde ? Qui tue ? Qui extermine ? Qui commet ces actes ? Réveillez-vous ! »
Cette formulation vise directement ceux qui, au Liban comme à l’étranger, font du désarmement du Hezbollah une condition préalable à la stabilisation. Qassem inverse l’ordre des priorités : il considère que la présence et les opérations israéliennes doivent être traitées avant toute discussion susceptible d’affaiblir les capacités militaires de son mouvement.
Le contexte des dernières journées nourrit cette argumentation. Les 25, 26 et 27 août ont été marqués par une nouvelle intensification des opérations israéliennes dans le Sud, avec des frappes, des tirs d’artillerie et des dynamitages dans plusieurs localités.
Une femme a notamment été tuée dans une frappe contre Arab Salim lors de la vague de bombardements du 27 août. Israël avait présenté ces raids comme une réponse au lancement de deux drones explosifs attribués au Hezbollah contre ses forces déployées dans le secteur d’Ali al-Taher. Le mouvement n’avait pas revendiqué cette attaque dans les informations disponibles.
Le Hezbollah se réclame toujours de l’accord de novembre 2024
Naim Qassem ne rejette pas tout cadre de règlement. Il affirme que le Hezbollah reste attaché à l’accord de cessation des hostilités du 27 novembre 2024, conclu sous le plafond de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
« Notre position est claire : nous acceptons l’application de l’accord du 27 novembre 2024 », a-t-il déclaré vendredi. Cette référence permet au Hezbollah de présenter son opposition non comme un refus de tout engagement, mais comme un rejet du nouveau dispositif négocié depuis juin.
La distinction est centrale dans le discours du mouvement. L’accord de novembre 2024 reposait notamment sur l’application de la résolution 1701 et sur des dispositions concernant la zone située au sud du Litani. Le nouvel accord-cadre va plus loin dans la définition des étapes concernant le retrait israélien, le déploiement de l’armée et les infrastructures du Hezbollah.
Pour Qassem, la souveraineté libanaise doit donc rester encadrée par le dispositif précédent. Il refuse qu’un nouveau mécanisme international élargisse les contraintes imposées à son mouvement.
Le dossier d’Ali al-Taher au centre des tensions
Le discours intervient alors que les hauteurs d’Ali al-Taher, dans la région de Nabatiyé, deviennent l’un des principaux points de friction entre Israël et le Hezbollah. Israël affirme que des infrastructures du mouvement restent présentes dans le secteur et conteste l’efficacité du mécanisme envisagé pour les zones pilotes.
Une source libanaise a parallèlement accusé Israël de chercher à retarder les négociations, notamment en invoquant l’échec de ces expériences. Selon cette lecture, les considérations politiques israéliennes et les élections prévues en octobre pèseraient également sur le calendrier.
Les autorités libanaises cherchent pour leur part à éviter une confrontation directe entre l’armée et le Hezbollah. La même source a affirmé qu’il n’existait pas de volonté de provoquer un affrontement intérieur pour imposer rapidement le désarmement du mouvement.
La situation d’Ali al-Taher illustre donc précisément le conflit que Qassem met en avant : Israël réclame des résultats concrets concernant les infrastructures du Hezbollah, tandis que celui-ci refuse les mécanismes élaborés pour parvenir à leur démantèlement.
Une critique directe de la stratégie de l’État
En demandant la chute de l’accord-cadre, Qassem ne s’adresse pas seulement à Israël et aux États-Unis. Son discours constitue également une contestation directe de la stratégie adoptée par l’État libanais.
Le gouvernement cherche à obtenir un retrait israélien par la négociation, en échange d’un renforcement du contrôle de l’armée et d’un traitement progressif des armes du Hezbollah. Cette stratégie repose sur l’idée que les différentes étapes doivent avancer parallèlement.
Le Hezbollah défend un ordre différent. Israël devrait d’abord cesser ses opérations et se retirer du territoire libanais. Le dossier des armes serait ensuite traité dans un cadre interne libanais, sans mécanisme imposé par Washington ou auquel participerait Israël.
Ces deux approches sont difficilement conciliables. Elles touchent directement à la question du monopole de la force armée et à la définition même de la souveraineté. Pour les autorités, celle-ci suppose que l’armée devienne la seule force armée organisée sur le territoire. Pour le Hezbollah, elle suppose d’abord la disparition de la présence militaire israélienne et le maintien d’une capacité de résistance tant que la menace persiste.
« Deux grands courants » dans la région
Naim Qassem a également replacé le dossier libanais dans une confrontation régionale plus large. Selon lui, deux grands camps s’affrontent actuellement au Moyen-Orient.
Il a opposé un courant dominé par les États-Unis et Israël à un autre rassemblant l’Iran et les mouvements de « résistance » en Palestine, au Liban, en Irak et au Yémen. Cette présentation confirme que le Hezbollah continue à inscrire sa stratégie dans un axe régional dépassant les seules frontières libanaises.
Le dirigeant du mouvement a accusé ses adversaires d’avoir utilisé toutes les formes de pression militaire et politique disponibles. Il a présenté la situation actuelle comme une phase de « confrontation et de fermeté ».
Cette dimension régionale reste l’un des principaux points de désaccord entre le Hezbollah et ses adversaires libanais. Ces derniers reprochent au mouvement de lier la sécurité du pays à des conflits régionaux et à la stratégie iranienne. Qassem présente au contraire cette appartenance à un axe régional comme une composante de la capacité de résistance face à Israël.
Un refus qui pèse sur la prochaine étape des négociations
Le discours intervient à quelques jours d’une nouvelle séquence diplomatique attendue en septembre. Un nouveau round de discussions entre le Liban et Israël est envisagé, même si aucune date définitive n’avait encore été annoncée vendredi soir.
Les discussions précédentes avaient précisément porté sur les zones pilotes et sur la composition d’un mécanisme de vérification. Or Qassem vient de rejeter explicitement ces deux éléments. Sa prise de position réduit donc l’espace disponible pour appliquer le dispositif sans confrontation politique interne.
Dans le même temps, Israël exprime son mécontentement à l’égard du rythme des opérations menées par l’armée libanaise. Des informations israéliennes ont fait état d’accusations selon lesquelles certaines coordonnées transmises pour identifier des infrastructures du Hezbollah n’auraient pas été suivies des destructions attendues.
Du côté libanais, cette pression est perçue comme une tentative de transférer à l’armée la responsabilité d’une situation créée par la poursuite de l’occupation et des opérations israéliennes. Le risque est désormais de voir les deux parties considérer le mécanisme de juin comme insuffisant, mais pour des raisons exactement opposées.
« Nous ne nous rendrons pas »
Le passage final du discours résume la ligne choisie par le Hezbollah. Qassem ne propose pas de compromis supplémentaire sur les zones pilotes ou la commission de vérification. Il réaffirme au contraire la continuité de la présence du mouvement sur le terrain.
« Nous continuerons et nous resterons fermes », a-t-il déclaré. Puis, dans la formule la plus nette de son intervention : « Nous resterons la tête haute et nous ne nous rendrons pas. »
Cette affirmation intervient alors que le Hezbollah sort affaibli de plusieurs séquences militaires depuis 2023 et qu’une partie du territoire du Sud reste occupée par Israël. Le mouvement se trouve simultanément soumis à la pression militaire israélienne, aux exigences internationales sur son désarmement et à un débat intérieur sur le monopole des armes par l’État.
Qassem répond à ces trois pressions par le même principe : le Hezbollah refuse que son désarmement résulte d’un accord négocié avec Israël sous médiation américaine. La prochaine étape se jouera désormais entre cette ligne de refus, la volonté du gouvernement libanais de poursuivre les négociations et la situation militaire dans le Sud, où le dossier d’Ali al-Taher pourrait rapidement imposer son propre calendrier.


