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Beyrouth…
J’écris à Beyrouth, la ville, la personne.
Beyrouth c’est toi.
En une fraction de seconde, tu es parti, pour une éternité. Laissant derrière toi des larmes, des cœurs brisés et des bien-aimés. Sans préavis, tu es parti.
Beyrouth c’est moi.
Ruinée par une beauté superficielle, engloutie dans un deuil éternel, alourdie par un silence assourdissant. Je suis devenue une fille égarée, une fille qui se nourrit de souvenirs et de nostalgie.

C’est la fin de l’été et le début de l’automne… Oh mon Septembre !

Tu reviens chaque année avec ton unique palette de couleurs qui brille de mille feux, ramenant avec toi les sourires de la rencontre et les larmes de la séparation.

Tu reviens cette année avec un air de mélancolie et une âme brisée. Mon furieux désir de vivre et d’exister, n’est plus… Oh mon Beyrouth !

Tandis qu’une partie d’étudiants prépare les livres et les cahiers, une autre prépare les valises… C’est la rentrée, c’est le temps de retourner de nouveau à Paris ou d’y aller pour la première fois. C’est le temps de cacher nos larmes et de sentir de nouveau tout ce dont on a tant essayé d’oublier depuis le dernier départ, le dernier adieu ou même d’essayer d’être forts pour notre tout premier adieu.

Beyrouth – Paris, un trajet qui n’a plus le même sens cet automne, un trajet qui ne sera plus suivi d’un retour pour les vacances, pour célébrer les fêtes avec la famille, pour faire la fête avec les amis et essayer les nouveaux restos de Beyrouth. Cet automne, à l’heure de notre départ, Beyrouth n’est plus le même, notre vie n’est plus la même. Beyrouth n’est plus, on n’est plus. Que reste-t-il pour nous dans cette terre qui nous a été arrachée, volée, qui a détruit tous nos souvenirs et notre espoir d’une vie meilleure ?

Beyrouth – Paris, un trajet à deux bouts qui nous captive au milieu au point de vivre un entre-deux. On existe sitôt dans cet entre-deux qui nous pousse à mener une double vie entre un ‘ici’ et un ‘là- bas’, une vie qui devient un entre-deux schizophrénique ; on n’est plus ‘ici’ et on ne sera jamais complètement là-bas. On n’est plus tout à fait beyrouthins, mais on n’est pas encore complètement parisiens, on s’égare dans notre propre hybridité. On porte la marque de l’Orient et on se démarque à l’Occident. Notre appartenance ne sera plus jamais une, à l’unique existence, elle oscillera entre le pays du ‘taboulé’ et celui du ‘croissant’, entre le tohu-bohu beyrouthin et le charme parisien.

Beyrouth – Paris, un trajet désormais chargé d’émotions qui ne cesse de bouleverser notre vie : entre un Beyrouth qui nous a façonné et un Paris qui nous complètera. Cette vie ressemble

désormais à une mosaïque éclatée, semant dans chaque pays une partie de nous-même, de nos souvenirs et de nos éclats de rire, de nos folies et de nos furies, de nos peurs et de nos malheurs. Entre le Beyrouth de notre passé et le Paris de notre futur, le ‘maintenant’ devient assez pénible, il se confronte à ce ‘maintenant’ chargé des souvenirs d’un pays et des rêves d’un autre, jamais réunis sur la même terre.

Beyrouth – Paris, un trajet qui devient un jeu perpétuel de rires et de larmes, de joie et de souffrance. On quitte des parents, des frères et des sœurs, des neveux et des nièces et tant d’amis afin d’aller suivre nos rêves et nos passions, afin de chercher repos, calme et sécurité. On laisse derrière nous un vide, un néant et une trace, la trace de l’absence de toutes ces personnes et la trace d’un pays qui nous a façonnés avec toute la fierté, la fermeté et l’audace.

Beyrouth – Paris, les années passent, les allers- retours se réduisent et les émotions ne cessent de nous traverser ; on quitte des gens pour en accueillir d’autres, ne laissant au fin fond de nous- mêmes que des chagrins et des cœurs brisés pour ce qu’on laisse derrière nous. Le mal du pays envahit nos esprits et le regret n’arrête pas de nous faire douter nos décisions de ce que pouvait être notre vie si on était restés.

Beyrouth – Paris, Beyrouth je te quitte, je me quitte, je reprends la route vers ma nouvelle vie, celle que je décide de la passer ailleurs, loin de toi et loin de nos souvenirs ensemble. Paris, je trouve en toi, la terre de l’espoir et de la confiance.

Paris, toi qui m’as accueillie à bras ouverts, finiras-tu par ressembler un jour à ma terre ?

Et toi, mon cher Beyrouth, ce souffle de vie qui vient de l’Orient ; ma joie de vie et mon plus grand chagrin à la fois, pardonneras-tu un jour ma trahison ?

Beyrouth, malgré moi je te quitte, je t’abandonne pour traverser les océans et les continents vers cette terre étrange que j’appelle désormais ma patrie. Beyrouth, fidèle et traitre que je le suis et que tu l’es, tu seras à jamais mon plus grand paradoxe et mon plus grand trou noir.

Beyrouth, je te promets, un jour je reviendrai, un jour on se réunira, sur les escaliers de Mar Mikhaïl on s’assiéra, une Almaza on boira, je te parlerai de mon chagrin loin de toi et dans tes bras tu me prendras. On se rappellera ensuite de nos souvenirs ensemble, de nos rires vers minuit, de nos coups de foudre sur tes escaliers, de nos cafés pris ensemble et de nos balades matinales.

Beyrouth, à mon retour, seras-tu le même ? Seras tu le Beyrouth que je connaissais ? Trouverais- je tes escaliers et tes maisons traditionnelles et tes arcades ? Seras- tu un souvenir que je dessine et une mémoire que je raconte seulement ou bien un fragment de ma vie que je retrouve de nouveau ?

Beyrouth, tu es mon enfance, mon adolescence et ma jeunesse. Tu es mon tout ! Beyrouth, ne disparais pas !
Attends-moi…Je reviendrai !

Hala Obeid

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