Une facade d'une maison traditionnelle dans l'ancienne ville, Tripoli © Francois El Bacha
Une facade d’une maison traditionnelle dans l’ancienne ville, Tripoli © Francois El Bacha

En ces jours d’affrontement à Tripoli au Nord Liban, les photos et les articles concernant la bravoure de notre armée face à l’extrémisme, ne passent pas inaperçu. La tristesse de voir une ville saccagée et nos soldats sacrifiés, règne en maître.

Les discours des uns pour et des autres contre, me font plonger dans un deuil interne, le deuil de l’identité …Que s’est-il passé entre ces libanais déchiquetés par leur appartenance ? Que s’est-il passé entre ces hommes politiques qui ont accaparé le pouvoir, le divisant en clans et boutiques ? Que s’est-il passé pour que le pays soit obligé de sacrifier ses soldats sur ses terres et non pas aux frontières ? La haine est-elle si profonde ? Ou bien êtes-vous vraiment la proie de ces hommes qui ont vendu leur âme au diable ?

On parle d’une menace de division de l’armée, d’une guerre de sunnites contre chiites, d’une guerre d’un mouvement contre le symbole du pays… Et le Liban dans tout cela ? Si vous êtes sunnites, chiites, druzes, chrétiens ou autre … ; Si vous êtes d’un parti, d’un clan ou d’un autre … Dites-moi avant tout qu’elle est votre identité, votre passeport, votre langue parlée ? Quel est le pays auquel vous appartenez vous tous ? Quel est cet autre pays pour lequel vous-vous battez tous ? Etes-vous des réfugiés mentaux ? Auriez-vous fait allégeances à d’autre identité que la vôtre ? Du désaccord idéologique au boycotte de la démocratie, vos responsables et vous tous, avez oublié l’objectif premier d’un pays en soif de paix…

كلكم سواسية

« Kullukom sawassiya », vous êtes tous égaux, pareils, chez ces hommes politiques… Regardez votre mode de vie et regardez la leur … Expliquez-moi, comment un peuple comme vous, un peuple qui aspire à la réussite, à la gloire, à la fête, à la vie… a-t-il pu se résigner ainsi ? Vous vivez en dessous du minimum vital, pour une bonne partie de vous, vous vivez en dessous du seuil de pauvreté, ceux-là on ne les voit pas, on ne les entend probablement pas, par dignité… Vous vivez chez vous dans votre pays, sans le minimum vital nécessaire à un citoyen et pourtant, ce n’est pas l’argent qui manque…Car si vous consacrez votre temps à passer au crible les gains des uns et des autres, pour qui vous vous déchirez, vous verrez qu’ils sont à des années lumières de vos besoins et vos intérêts…

Drôle de silence sur votre condition de vie et drôle de vivacité quand je lis vos commentaires sur les réseaux sociaux, réveillant en vous l’appui des uns et des autres… Vous êtes nombreux à vous insultez les uns les autres, un mal qui vous prend les uns contre les autres, faisant de vous les premiers responsables de cette défaillance organisationnelle du pays…

Non et non à ce piège dans lequel vous vous êtes enfermés. Si le drame aujourd’hui est à Tripoli, hier, il était ailleurs… Et c’est tout le pays qui en souffre… On croirait que les libanais sont contre eux-mêmes faute de ne pas se révolter contre ceux qui les ont kidnappé à leur liberté de penser. Quand une ville est endeuillée, on reproche à une autre d’être éveillée…Quand une ville enterre ses morts, on reproche à une autre d’être libérée…Et ainsi le drame au pays du Cèdre tourne d’une ville à une autre… Peu importe le visage de ce drame, il s’agit uniquement de familles libanaises endeuillées, qu’elle soit au Nord, au Sud, à l’Est ou à l’Ouest, qu’elle soit chrétienne, musulmane ou autre …

Pourquoi vous vous accusez les uns et les autres ? Et Pourquoi ne vous vous posez pas les vraies questions sur votre condition de vie ? Qui a mené le pays à une telle situation d’anarchie ? Vos hommes politiques à qui vous avez fait allégeances, ont des noms inoubliables, non pas grâce à leurs actes de bravoures et leurs compétences, mais uniquement, car ils sont là depuis des générations si ce n’est de père en fils … Allez-vous me faire croire que parmi vous, enfants du pays, n’y-a-t-il vraiment pas des hommes et des femmes politiques dignes de redresser la situation ???

J’en veux à ces responsables qui ont pris le pouvoir et accaparé votre liberté de penser. J’en veux à ces hommes politiques qui vous ont pris en otage en dépit de votre âge… Le bilan au pays du Cèdre n’est pas gai, disons plutôt dramatique, catastrophique ! Un pays envahit par des réfugiés étrangers, des réfugiés libanais eux-aussi déplacés, une armée et des familles endeuillées. Le scénario se répète avec vos perpétuels désaveux à votre union nationale.

Oui faudra pleurer, pleurer la jeunesse et l’espoir massacrés. Comptez avec moi le nombre de ces soldats sacrifiés. Comptez avec moi le nombre de ces innocents tués pour rien …Comptez et comptez … Je refuse l’intolérance, je refuse le silence. Non et non à ce piège dans lequel vous vous enfermez… Comptez et n’oubliez pas la peine de ceux qui souffrent en voyant ce désastre s’abattre sur vous… Criez rage et sortez de votre silence… La dignité humaine vous appartient encore ! Faites raisonner la douleur ! Faites parler l’angoisse et l’envie des jours meilleurs ! Chaque libanais qui meurt assassiné est une perte pour le pays et oh combien depuis, nous en avons perdu… Comptez et laisser vos plumes se déchaîner, sans accusation de l’autre, Pitié… Que la douleur stimule vos plumes… L’heure est au rassemblement… Gardez vos convictions, faites de votre rage le témoin du désastre et faites de votre volonté l’espoir du lendemain. Ne vous laissez pas abattre, sortez de votre silence, la haine ne connaît plus de limite. Aussi nombreux soient nos martyrs, aussi « grandiose » est la division de mes compatriotes… Etes-vous devenus les ennemis de vous-mêmes ?

Je ne peux plus tolérer vos débats, vos discours. Ressaisissez-vous, vous tombez dans le piège de la division… Comptez pour assumer vos responsabilités… Vos choix politiques vous ont transformés, pris au piège par la haine et la division. Vous êtes leurs outils et nul besoin de l’étranger…Vous vous suffisez à vous-mêmes par la haine déferlée des deux côtés. Comptez, mais n’oubliez pas que vous êtes les premiers responsables…

Ni pour l’un ni pour l’autre… Que cela devienne votre slogan… N’oubliez pas que le silence est complice du crime…L’indignation a sa propre voix loin des accusations… Faites crier votre rage, faites couler votre encre…Mais comptez encore, peut-être vous vous relèverez et il y aura un retournement de situation …

Jinane Chaker-Sultani Milelli