Si je devais choisir un seul et unique endroit pour courir à Beyrouth, ce serait la Corniche : un des plus beaux coins de la ville. On peut y courir en admirant la vue incroyable tout en profitant de la fraîcheur de la mer et du bruit des vagues : un véritable bonheur.

S’étendant de l’hôtel Saint-George jusqu’à Ramlet al-Beida et couvrant plus de 4 km de côtes, la Corniche est la promenade balnéaire la plus renommée à Beyrouth.

Construite dans les années 20 du siècle dernier, à l’époque où le Liban était sous mandat français, la Corniche prend ses origines dans « l’Avenue des Français », également connue sous le nom « d’Avenue de Paris » –une sorte d’alter ego oriental de la fameuse « promenade des anglais » Nicoise-et longe le bord de mer dans la partie ouest de Beyrouth. Elle atteste de la permanence d’un contexte spatial particulier ; celui où la ville rencontre la mer.

Bordée d’arbres et de palmiers dont les troncs portent encore les traces de la guerre civile libanaise, la corniche se distingue par son large trottoir offrant une vue à couper le souffle sur la mer Méditerranée, ainsi que sur l’un des plus beaux atouts du Liban, les fameuses « Grottes aux pigeons » de Raouché – une altération du mot français rocher- où  deux énormes rochers, découpés de la côte par le jeu des vagues surgissent de l’eau et le long des parois desquels  les pigeons viennent se réfugier à l’abri du vent et de la foule, d’où leur appellation.

Sur le côté est, la corniche offre une vue imprenable sur les sommets du Mont-Liban.

Jalonnée de lieux de consommation le long de ses deux rives, comme la mosquée de Aïn Mreïssé, l’Université Américaine de Beyrouth (AUB), ainsi que le nouveau phare – venu remplacer l’ancien « Manara » dans son habit blanc rayé de noir-, ou encore la roue de Ferris – qui n’a jamais arrêté de tourner même pendant la guerre civile au Liban durant les années 70 et 80- cela au milieu de cafés, glaciers et autres restaurants pour une clientèle aux revenus divers.

En plus d’être un des rares espace accessibles à toutes les strates socio-économiques du tissu Libanais, la Corniche se prête à des activités variées où les usagers se saisissent de l’espace qui leur est offert et y inscrivent leurs propres pratiques et significations. Ils s’y promènent, lisent, font des pique-niques ou se détendent dans les cafés ou sur des bancs sous les arbres.

En outre, la pratique sportive est probablement l’une des activités majeures sur la Corniche, qu’il s’agisse de promenade, de marche rapide ou de vélo dans les allées, voire de danse orientale « Baladi » ou de « Zumba », accompagnées de musique diffusée à partir de lecteurs portables posés sur les bancs.

Certains sports collectifs (football, volleyball, etc.) sont pratiqués sur la plage et réunissent en général des groupes de sociabilité déjà constitués, qui viennent sur la corniche dans le but de jouer ensemble.

C’est aussi, un lieu très prisé des coureurs Beyrouthins : le postulat est simple, il faut regarder uniquement à droite quand on monte (direction Ramlet al-Beida), et uniquement à gauche quand on descend (direction l’hôtel Saint-George). Si on arrive à faire abstraction des voitures, la course le long de la mer est magnifique et encore plus au coucher de soleil-,

Mais aussi, la Corniche est un endroit affectionné par les pêcheurs à la perche où vieux et moins vieux sont souvent vus le long des rails, ou en bas des rochers, cannes à pêche dans une main, paniers sur le côté, parfois seuls, mais souvent réunis par groupes de 3 ou 4 pêchant oblades, bogues, dorades et autres petits poissons typiques de ce coin de la méditerranée.

 Au printemps et en été deux temps voient un afflux de promeneurs : au soleil levant entre 5 et 7 le matin et au soleil couchant entre 18h et 20h. Ces deux tranches horaires accueillent surtout les adeptes en tenue de sport, qu’ils courent, marchent, ou se promènent.

En outre, Les sportifs professionnels viennent souvent y exhiber leur prouesse devant un grand public.

Ainsi, paradoxalement, la promenade sur la Corniche est une échappatoire de la densité et du dysfonctionnement de la ville tout autant qu’une rencontre avec elle de par la diversité de la foule qui la fréquente.

Nommée « Corniche El Bahar », « El Manara », ou « Aïn El Mreïssé », ces différents termes connotent, selon les personnes, l’espace du lieu le plus déterminant pour chacun et renvoie aux plurielles mémoires de Beyrouth.

De par son bord de mer, la corniche évoque également l’ouverture de la ville vers d’autres horizons, lieu possible de voyage et d’évasion. Et sa valeur prend d’autant plus d’importance du fait de la rareté des espaces publics à Beyrouth, ouverts et accessibles aux familles, aux enfants, et aux personnes âgées.

Il est 6h17, l’air est encore frais, une petite brise se lève et quelques nuages apparaissent et me font espérer une baisse des températures. Tout est encore calme, l’agitation de la journée est encore loin.

Un petit footing le matin sur la corniche, dans le soleil avec vue sur la mer, rien de tel pour démarrer la journée !

Et vous, quelle est votre lieu de promenade favori ? Êtes-vous plutôt promeneur du matin ou du soir ? Dites-le-moi dans les commentaires en dessous.


Bouchra DoueihiBouchra Doueihi, avocate à la cour, humaniste et cofondatrice de l’association Libanaise Women in Law Power –WILPower qui promeut le développement professionnel des femmes juristes, avocates, et étudiantes en droit au Moyen-Orient et dans la région du Golfe.

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai aimé cet appel au témoignage, je dirais que je ne suis ni du matin ni du soir puisque je ne suis pas un de ceux qui fréquentent ces lieux. Toutefois je dirais que beaucoup de mes amis sont plutôt des coureurs/coureuses du soir, quand il fait moins chaud et après avoir eu une dure journée de labeur.
    Au plaisir de vous relire

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