Durant plusieurs semaines, le Liban a vécu (et revivra très bientôt) au rythme des sit in, manifestations, déclarations, menaces en tous genres allant jusqu’à la prise en otage des examens officiels de nos enfants et puis ensuite de leur correction (attente insoutenable, pour nos bacheliers, d’une issue qui, de toute les façons, sera catastrophique). Encore faut-il comprendre à quoi correspondent exactement toutes ces exigences, leurs conséquences et surtout les tabous auxquels il ne faut surtout pas toucher.

10390137_10154274063560500_6220861907774263548_nLe Liban emploie  à peu près 180 000 fonctionnaires auxquels viennent s’ajouter ceux qu’on appelle les contractuels. Il y en a de 2 sortes : ceux qui ont un contrat annuel renouvelable (ou à durée indéterminée, si vous préférez !) avec l’Etat. Ce sont des « employés » de l’Etat bénéficiant de tous les avantages des fonctionnaires hormis la retraite – ceux-là sont aussi en principe concernés par la hausse des salaires – et les autres contractuels, beaucoup plus malchanceux, bénéficiant d’un contrat a durée déterminée (quelques mois) renouvelable qu’on appelle « achat de services ».

Le cout de l’échelle des salaires estimé par Arlette Kassas (Magazine, juillet 2013) doit certainement être revu à la hausse, les manifestants exigeant une augmentation de 121% avec un effet rétroactif de 2 ans et demi).

  •     137 milliards et 785 millions de livres libanaises pour les employés du secteur public et les contractuels
  •     214 milliards et 674 millions pour les enseignants universitaires.
  •     63 milliards pour des degrés exceptionnels destinés aux enseignants des classes secondaires.
  •     137 milliards et 777 millions pour les enseignants des classes primaires.
  •     518 milliards et 234 millions pour les organes militaires.
  •     344 milliards et 152 millions pour les retraités.
  •     171 milliards et 890 millions d’augmentation sur les indemnités de fin de service.

Selon le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, le cout est estimé à 2400 milliards de livres libanaises (soit 1,6 milliards de dollars) annuellement.

Si nul ne conteste la légitimité des demandes des fonctionnaires, encore faut-il distinguer entre les fonctionnaires qui travaillent vraiment et les autres qui sont sur les pay-roll des ministères et qui ne pointent jamais le bout de leurs nez soit parce qu’ils travaillent ailleurs, soit parce qu’ils sont hors du pays, soit… pour d’autres  raisons plus ou moins avouables. Le nombre de ces faux fonctionnaires varie et les estimations vont jusqu’à 80 000. Si ce chiffre est exact, cela veut dire que, éventuellement, 44%  des augmentations iront à ces USURPATEURS et VOLEURS, c’est-à-dire 105 milliards de livres libanaises que nous, contribuables du secteur privé devront payer sans sourciller.

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Mais, bonne nouvelle pour le petit peuple, les très Hauts Fonctionnaires nous font le cadeau ou l’aumône – au choix, de ne pas s’octroyer d’augmentation (avec les dizaines de milliards de dollars disparus des caisses de l’Etat depuis 20 ans, ça aurait été le comble du culot !). Il n’en reste pas moins que leurs émoluments sont plus que conséquents face à la misère galopante du peuple :

  •     Président de la République : 18.750.000 livres libanaises par mois
  •     Chef du Législatif : 17.737.000 livres libanaises par mois
  •     Premier ministre : 17.737.000 livres (voir plus s’il cumule la fonction de député)
  •     Ministre : 12.937.000 livres (voir plus s’il cumule la fonction de député)
  •     Député (12.750.000 livres).  A noter que lorsqu’un député est élu deux fois de suite, il a droit à la totalité de son salaire A VIE      tandis que celui qui a été élu une seule fois bénéficie aussi de 50% du salaire d’un député en fonction et ce, jusqu’à sa mort.

Là où les gros problèmes résident ( parce qu’il y a toujours un hic au Liban), ce sont les frais de représentation, les caisses noires dans lesquelles les responsables peuvent puiser presque à gogo, et surtout, les exemptions douanières dont ils bénéficient sur l’importation d’un certain nombre de produits comme les taxes douanières sur l’importation de leurs voitures de luxe.

Face à la quasi banqueroute de l’Etat et l’inflation galopante, l’octroi de ces augmentations est suicidaire s’il ne s’accompagne pas de mesures énergiques qui ne touchent surtout pas les employés du secteur privé. Entre autres priorités, il faut commencer par le renvoi immédiat de ces dizaines de milliers de faux fonctionnaires, ceux que l’on dit « MAHSOUBINE ou « sur le compte de » tel ou tel homme politique. Voilà une diminution instantanée et plus que substantielle du budget de la grille des salaires.

Nos députes doivent avoir aussi le cran de faire payer (et ce, tous les ans et non juste une fois) tous les contrevenants qui ont empiété sur le domaine publique maritime du Nord jusqu’au Sud parce que, entre les centres balnéaires, les hôtels, les restaurants, les propriétés privées prestigieuses, les usines… et j’en oublie, nous le peuple ne pouvons même plus apercevoir le moindre grain de sable et n’avons plus accès a la plage que si nos comptes bancaires sont dument nantis. Petit bémol, vont-ils voter cette lourde pénalité financière alors que la majeure partie de la classe politique et ses satellites en sont les premiers concernés? Dans la foulée, ce serait extrêmement judicieux que nos députes revoient d’urgence le contrat que le gouvernement a signé avec la société Waterfront/ Solidere, vous savez ceux qui ont construit Zeituna Bay et le Yacht Club et qui payent éhontément 2250 livres libanaises (1,5$) par m2 ET par an à titre locatif a l’Etat ?

Si le parlement adopte des mesures draconiennes concernant ces trois problèmes, non seulement plus besoin d’augmentation de TVA, taxes, électricité, eau, … et autres sujets qui font mal à tout le monde sauf à eux, mais les bénéfices substantiels engrangés

couvriront non seulement les augmentations de salaire mais pourront contribuer à couvrir une partie de notre dette extérieure qui avoisine les 65 milliards de dollars.

Là où le bât blesse, là où le Grand Scandale réside, là où c’est probablement trop demander à la classe politique : mettre à la porte leurs Mahsoubine (cad perdre des électeurs) ET payer leurs pénalités ET faire payer les amendes à  leurs satellites ET …… à moins que tout le secteur privé, à son tour,  ne se réveille d’un coup de sa torpeur malfaisante et descende dans la rue exiger l’épuration de tout notre système étatique !

Mais, on peut toujours rêver, n’est-ce pas ?

Claudia Preti

Vice-Présidente Mashrou’ Watan / Nation Initiative