Le Libanais brille de débattre tambours battants des contrariétés rencontrées. Il s’indigne des mesquineries et des magouilleurs qui articulent le danger au quotidien et constituent son malheur.

Il se met facilement en colère et se défend avec la fragilité des susceptibilités confessionnelles et communautaires. Néanmoins, il assiste presque toujours en spectateur révolté ou résigné à des dépendances multiples. Le choix de vivre autrement s’associe parfaitement à la spéculation et au départ pour d’autres cieux mais rarement selon l’exercice des droits et des obligations. Ses bonnes résolutions le disposent souvent à figer des attentes et à tolérer la mascarade des prétendus représentants et décideurs.

Ses fautes commises sont rarement reconnues car selon lui, les contextes et les conjonctures divers poussent aux erreures, au non choix et aux perplexités. Il lui est plus commode de reprocher aux membres de sa famille, aux amis, aux voisins, aux absents, aux chefs de la région et de la communauté internationale de « tout ce qui passe mal » alors que sa propre responsabilité des actes n’est que rarement assumée!

Quand la pourriture ne menace pas ses intérêts vitaux, il peut continuer à manoeuvrer malgré toutes les ordures sans percevoir la nécessité de réagir en citoyen. Il se plaint et argumente l’impuissance des politiciens mais s’exclame à la moindre nouvelle qui lui tombe d’un coup. Elle énonce ces jours ci qu’il est enfin venu le temps d’une solution entre partenaires. Ils semblent enfin s’accorder aux normes de la constitution et à une prochaine élection présidentielle.

En fait, après le fait accompli de tant de médiocrités et de corruptions qui bloquent l’économie, les stratèges des bonnes affaires parlent de devoir servir la république pour sauver leurs propres projets!

Néanmoins, la formule inépuisable des politiciens correspond aux habitudes de nombreux citoyens. Elle consiste à user de ce langage formel et ambiguë qui énonce la complexité insupportable des autres mais évite de reconnaître les conséquences et la révision des choix. L’autocritique est faussement perçue comme un tabou ou une humiliation alors qu’elle est censée initier la correction pour rectifier le tir et aller en avant. Le libanais préfère accuser de tous les maux ceux qui le provoquent, fomentent des coups bas, trahissent ses intérêts et boycottent son ascension. Cependant, la course aux postes, aux sièges et aux chefs ne peut servir la patrie sans une indépendance à gagner.

Joe Acoury.