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La tension monte au sein de la classe politique libanaise avec les différentes déclarations à l’occasion de la session parlementaire qui a lieu depuis mardi et qui devrait s’achever ce jeudi, sous le couvert d’une crise financière et économique majeure où chacun se renvoie la balle à défaut d’en reconnaitre ses responsabilités.

Ainsi, le Premier Ministre Hassan Diab, bien en peine d’imposer des réformes économiques et financières et aussi des mesures pour sauver en fin de compte une situation inextricable en raison de résistance de certains milieux politique et du monde des affaires, a rendu Riad Salamé, responsable de l’effondrement de la Livre Libanaise en ne coordonnant pas la politique monétaire avec la politique gouvernementale. Cela a été l’objet de critiques par le passé – 2007 pour être plus précis – , dans le camp même du Courant du Futur, indiquait une note de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liban Jeffrey Feltman.

Le Premier Ministre tente également d’imposer un audit général des comptes de la Banque du Liban, comme ce que Fouad Saniora lui-même avait tenté de le faire à cette même époque alors que le gouverneur de la Banque du Liban avait tenté de promouvoir sa candidature à la Présidence de la République.

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Ces propos interviennent alors que la livre libanaise continue à s’effondrer face au dollar sur le marché noir, en dépit , valant jusqu’à 3 450 LL/USD à la vente, en dépit d’une intervention de la Banque Centrale.

Ainsi, les dernières circulaires de la Banque du Liban, la semaine précédente et cette semaine même, permet aux déposants de disposer de ses comptes libellés en dollar au “taux de change du marché”, un taux de change instauré par la BDL, l’association des Banques du Liban et le syndicat des agents de change, à condition que les retraits soient effectués en livre libanaise au taux de 2 600 LL/USD. Comme si la leçon des désavantages du PEG qui a déjà bien coûté à l’économie libanaise pour diverses raisons – mais avant tout pour la raison de la surévaluation d’une monnaie, synonyme de destruction de l’emploi par ces temps de crise économique mais aussi de l’emploi – n’a pas déjà suffit.

Ainsi, la tentative de la BDL vise à reconstituer ses réserves monétaires et par la même occasion à renforcer les établissements privés par un haircut qui ne veut pas dire son nom en raison de la différence des taux.

Il convient de rappeler également que la chose prend une tournure politique, Riad Salamé, étant un proche de l’ancien Premier Ministre Saad Hariri, ancien banquier de son père le défunt Premier Ministre Rafic Hariri et dont la politique économique se voit aujourd’hui être remise en cause en raison de l’endettement important qu’elle a induit. Même s’il est largement critiqué, il jouit d’une immunité autoproclamée par l’ancien ministre.

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Par ailleurs, la situation politique s’est également complexifiée au sein même de la coalition qui a amené Hassan Diab au pouvoir. En effet, rien ne va plus entre le gouvernement qui jouit du soutien du Courant Patriotique Libre d’un côté et le mouvement Amal du Président de la Chambre Nabih Berri. Ce dernier rend ainsi le cabinet responsable de l’échec du passage – qu’il met sur le compte d’une incompétence du gouvernement à les référer au Parlement – les projets de loi concernant notamment l’aide aux personnes les plus vulnérables face à la crise économique et à l’épidémie du coronavirus. Le cabinet envisageait d’accorder 1200 milliards de livres libanaises comme aide à ces derniers.

Cet état de fait semble confirmer pour l’heure, la volonté de voir l’action du gouvernement Hassan Diab être paralysé, par le rejet de tout programme de réforme notamment du secteur financier, aujourd’hui talon d’Achille de l’économie libanaise et qui nécessite une restructuration sévère pour le remettre à flot.

Ainsi au sein même de la coalition au pouvoir, toute initiative semble aller d’échec en échec, même le très proche du Président du Parlement, le ministre des finances Ghazi Wazni, voyant ses propositions concernant un haircut – une chose pourtant aujourd’hui inévitable au final en raison de la gravité de la situation, il s’agit de sauver ce qui reste possible à sauver – être rejeté par Nabih Berri.

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Face à Nabih Berri, le Premier Ministre a trouvé le soutien de Gébran Bassil, le Président du Courant Patriotique Libre, qui s’est interrogé hier concernant un possible complot prémédité visant à torpiller les lois les plus importantes du gouvernement dans la situation actuelle et notamment l’aide financière aux personnes vulnérables.

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Pour sa part, Nabih Berri est devenu l’allié de circonstance du Courant du Futur, d’une part qui cherche ainsi à se venger de l’échec de ce mardi du passage de la loi l’amnistie soutenue par l’ancien premier ministre Saad Hariri et qui visait d’une part à la libération de trafiquants de drogues et de voitures d’une part, promesse du Président de la Chambre, et de individus impliqués dans des attaques terroristes au Liban et notamment contre l’Armée Libanaise, une amnistie officiellement au titre “d’action humanitaire” par rapport à l’épidémie du coronavirus.

Pour corser le tout, l’ancien député Walid Joumblatt a rajouté son grain de sel accusant le Liban d’être mené par “une chambre d’opération noire” et s’en prenant indirectement au Hezbollah. Il avait déjà précédemment attaqué le gouvernement pour défendre la Banque du Liban, le système financier et estimant que le cabinet visait à remettre en cause les accords de Taëf.

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Quel objectif pour ces attaques?

Tout porte à croire qu’en raison de la dégradation de la situation économique déjà à l’origine encore aggravée par la crise liée au coronavirus, les tensions sociales et économiques pourront encore s’exacerber. Ainsi, certains partis tentent aujourd’hui de reprendre l’initiative et de paraitre comme les défenseurs de cause alors qu’ils ont été au pouvoir quasiment sans interruption durant des décennies.

Le paradoxe étant qu’en souhaitant rendre le gouvernement Hassan Diab comme responsable de l’absence de réformes qu’ils bloquent pourtant eux-même devant le Parlement, il sont également impliqués par leurs responsabilités passées dans la crise économique majeure par laquelle le Liban passe actuellement.

Peut-être essayent-ils ainsi de provoquer des élections législatives anticipées, comme déjà évoquées dès octobre dernier alors que les manifestations venaient de débuter au Liban dans un mouvement de rejet global de la classe politique accusée de corruption et d’avoir mené, à juste titre, le Pays des Cèdres à la quasi-faillite financière. Il s’agit là d’ailleurs d’une des demandes majeures des manifestants.

Cependant, contrairement aux partis politiques dont la machine électorale est déjà bien huilée, le mouvement contestataire, qui s’appuie pourtant sur de nombreux mouvements issus de la société civile, n’a pas su s’organiser jusqu’à présent et mettre en place une alternative politique face à eux. Ils risquent d’être une nouvelle fois, les plus grands perdants.

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