Le Liban avait pourtant mis en place l’infrastructure nécessaire au haut débit mais comme nous avons pu le voir dans la première partie de cet article, la proximité des télécoms avec les intérêts politiques ont retardé la mise en place de ces infrastructures. Pourtant, le Liban avait les capacités à exploiter rapidement cette nouvelle manne. Dans un monde de plus en plus connecté notamment avec des objects, le Liban ne peut plus se passer d’un réseau moderne. On estime ainsi que tous les ans, la consommation d’internet doit être multiplié par 5 dans le monde, alors qu’au Liban durant de nombreuses années, on faisait du surplace.

Vous pouvez trouver la première partie de l’article ici.

L’installation du Câble IMEWE ou un changement de la donne différé

L’autre raison du retard pris, il y a de cela quelques années était que le Liban souffrait « d’un désert numérique ». Nous ne disposions que d’une capacité limitée par les câbles disponibles – 40 Meg disponibles pour le Liban jusqu’en 2005, puis 120 Meg après 2005 alors que les contenus s’enrichissaient en terme audio et visuel, donc nos capacités ne supportaient plus cette évolution du réseau – dans la région via Chypre donc un problème de redondance. Pour des raisons politiques et stratégiques évidentes, la redondance nécessaire via des pays tiers – dans le cas libanais, nous n’avons pas trop le choix puisqu’il devait s’agir ou d’Israël « pays ennemi » ou de la Syrie avec qui ont avait quelques difficultés – s’avérait donc difficile. Il y avait cependant 10 à 20% des capacités qui passaient par Damas mais le climat diplomatique entre les 2 pays, ces 5 dernières années, s’avérait assez incertain, surtout qu’un certain nombre de données confidentielles sur certaines « affaires libanaises » devaient en fait transiter sur la toile.

1L’installation du câble IMEWE a changé cette donne et surtout son fonctionnement à partir de 2010, puisqu’elle s’accompagne d’une modernisation du réseau local actuel et au recours accru aux fibres optiques, permettant d’élargir l’offre à de nouveaux services dont la 3G puis de la 4G, ce qui n’est pas fait sans provoquer de nouveaux conflits, notamment avec les anciens tenants du secteur qui sont désormais menacés dans le modèle d’affaire, à l’image des pagers dont « le Jeny » au Liban a été remplacé par le GSM. La révolution que connait ce secteur économique, révolution en retard avec le reste du Monde certes, mais le Liban n’est pas la Corée du Sud ou le Japon, ni politiquement -avec une classe politique plus corrompue ici, ni économiquement – pour les mêmes raisons susmentionnées, ni stratégiquement, avec nos voisins qui nous veulent tellement de bien, et… Cependant, pendant fort longtemps, Ogero ne commercialisait que 10 des 40 gigas que pouvait acheminer ce câble pour diverses raisons mais essentiellement pour maintenir des prix élevés. Depuis fort longtemps, le Liban figure donc en queue de liste des pays en termes de vitesse d’accès à Internet, alors qu’il était l’un des précurseurs dans la région, la faute revenait déjà à ce refus d’utiliser le potentiel qui était pourtant présent.

Au Liban, l’état a mandaté Ogero dans ce but qui vend à prix d’or la bande passante aux FAI via des lignes E1. Il existait, pour des raisons politiques, une proximité malsaine entre les pouvoirs publics et cette société et cela a évidemment provoqué la mise en place de freins à une amélioration de ces services pourtant publics.

Le Scandale Abdel Menhem Youssef

C’est dans cette optique d’ailleurs que l’ancien directeur général d’OGERO en place depuis les années 90, Abdel Menhem Youssef avait mis en place un business model de distribution d’Internet parallèle à celui de l’Etat qu’il était pourtant en charge de défendre. Il s’agissait pour ces sociétés parallèles d’acheter de la bande passante depuis Chypre ou la Turquie et de l’acheminer vers le Liban via des antennes relais pour ensuite le distribuer à un prix inférieur à celui du distributeur public ou des FAI qui étaient obligés de s’approvisionner auprès de ce distributeur public.

Avantage pour le distributeur et le consommateur, le fait de payer moins cher la bande passante ainsi achetée.

Avantage pour ces faussaires, la différence de prix entre le prix officiel très élevé et le prix officieux qu’ils pratiquaient leur permettait de faire de larges bénéfices.

On a par la suite découvert que ce réseau avait aussi des raisons d’état avec l’implication probables de personnalités politiques, notamment au niveau des réseaux de distribution donc cela probablement servait de caisse noire certains hommes politiques. L’affaire n’était pas close mais en cours d’instruction toujours avec un risque évident de pression pour la clôturer au plus vite. Il convient aussi de ne pas trop la décrire ici en attente des attendus de l’instruction judiciaire.

À remarquer également, l’étranger silence du ministre des télécoms Boutros Harb après que scandale ait pris de l’ampleur alors qu’il le défendait bec et ongle au début, notamment quand ce dernier voulait saborder le projet Fibre optique mis en place par le prédécesseur du Ministre. Ce projet, en effet, pouvait constituer une menace importante pour le business model de détournement des fonds publics.

Alors cette arlésienne du Haut Début au Liban ?

Le nouveau directeur général d’Ogero, Imad Kreidieh a promis d’ici 2018 une connexion de 50 meg/s en rapport avec une moyenne mondiale actuelle de 35 meg/s. Il déclare pouvoir arriver à ces vitesses de connexion par un programme de maintenance initié par Ogero et la restructuration de son réseau notamment la mise en place d’un réseau de fibre optique qui ira jusqu’au consommateur, fait nécessaire en raison de la mauvaise qualité du réseau local. Ces 2 projets d’envergure sont actuellement complétés à 25% et 35% respectivement et devraient être achevés d’ici mi-2018.

Pour pouvoir faire face à cette augmentation de la puissance de la Bande Passante, le Liban utilisera à meilleur escient le câble IMEWE qui a été depuis complété par le câble Alexandros basé à Chypre auquel il accède par le câble Cadmos. Ainsi le Liban dispose de 1920 gigabytes/s supplémentaires.

Parmi les projets en cours, le replacement des anciens centraux téléphoniques par des centraux électroniques de nouvelle génération capable de gérer les données informatiques, l’introduction d’un accès Wifi public alors que la mise en place d’un nouveau réseau de distribution internet au public ne sera achevé que d’ici 2019.

Le coût du projet fibre optique est quant à lui estimé à 300 Millions de dollars, l’Etat ayant déjà accepté d’en financer à hauteur de 100 millions de dollars les premières étapes avec un programme pilote à Ashrafieh et à Hamra pour respecter les équilibres confessionnels

En fin de compte, le projet actuel d’augmentation de la bande passante allouée n’est qu’une sorte de libéralisation des infrastructures déjà en place et dont on n’utilisait malheureusement pas tout le potentiel en raison de convenances politiques.

Pourtant, il est estimé qu’une amélioration significative des moyens de communication et la baisse des tarifs permettrait une hausse significative du taux de croissance nécessaire au remboursement de la dette publique, notamment avec la mise en place (timide) d’un secteur high-tech promu par la Banque Centrale Libanaise.

Le changement politique qui est intervenu avec l’arrivée du Général Aoun à la présidence de la République a bousculé les faits accomplis tout comme l’arrivée de chaque ministre des télécoms qui se sentait obligé de baisser les tarifs, en espérant que cette fois-ci, cela ne restera pas à l’étape des promesses mais qu’on aura finalement du concret.

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