Le dirigeant du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah au cours de son allocution du 7 août 2020, 3 jours après l'explosion du Port de Beyrouth
Le dirigeant du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah au cours de son allocution du 7 août 2020, 3 jours après l'explosion du Port de Beyrouth
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Le dirigeant du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, a réfuté, au cours d’une conférence de presse diffusée aux environs de 18 heures par la chaine Al Manar, tout lien entre le mouvement chiite et la cargaison de nitrate d’ammonium à l’origine de l’incident du Port de Beyrouth.

Offrant ses condoléances à toutes les victimes, il estime ainsi que cet incident transcende les lignes confessionnelles libanaises et la destruction du port de Beyrouth aggrave la crise locale.

Il a salué la solidarité populaire qui a suivi l’explosion.

“Je serais clair et je nie totalement que nous avions quelque chose dans cet entrepôt: Il n’y avait pas de missiles ou de nitrate d’ammonium (qui nous appartiennent), pas maintenant et pas avant”.

Je ne veux engager de débat avec personne, c’est un moment de solidarité et de coopération (Hassan Nasrallah)

Sayyed Hassan Nasrallah a également estimé que l’enquête en cours confirmera ses propos. Il a également indiqué que le Hezbollah ne possédait aucune arme dans le port de Beyrouth et que les accusations selon lesquelles le Hezbollah contrôlait celui-ci sont fausses. Il s’agit également de permettre à ce que cette enquête se déroule et de punir les personnes coupables.

Si l’armée libanaise a la confiance du peuple, alors cette enquête doit lui être confiée, poursuit le dirigeant du Hezbollah qui estime par ailleurs que toutes les agences sécuritaires devraient s’y impliquer.

Il a ainsi estimé que les médias locaux et internationaux ont accusé le mouvement chiite avant même le début de l’enquête.

Sayyed Hassan Nasrallah a ainsi estimé que les partis présents localement devraient interrompre leurs disputes et montrer leurs solidarité quand une telle catastrophe se produit. Malheureusement, certains partis, au Liban même, dès l’incident ont commencé par accusé le Hezbollah et dénonce l’exploitation politique de l’explosion et ses victimes.

Le dirigeant du Hezbollah a également remercié et qualifié de positive toute aide internationale suite à cette explosion, allusion à la visite du Président de la République Française, Emmanuel Macron hier estimant que le Liban étant assiégé par les Etats-Unis.

“Je suis de ceux qui pensent à ce que cet incident va permettre de croire s’il est possible d’avoir l’espoir de construire un état au Liban”, dit-il allusion à l’enquête en cours, avant de noter que si l’explosion n’avait pas eu lieu à proximité de la mer, la ville de Beyrouth aurait été détruite.

“Du ventre de cette tragédie, des chances sont née et l’approche internationale de cet incident récent est une chance qui doit être saisie par l’état libanais et son peuple”, déclare le dirigeant du Hezbollah avant de conclure que “la résistance par sa crédibilité et le peuple libanais par sa confiance sont plus grands que les investigateurs de mensonges qui poussent vers une guerre civile.”

Une allocution dont le direct a été boycotté par certaines chaines

Par ailleurs, les chaines de télévision LBCI et MTV Lebanon ont annoncé boycotter les directs de la Présidence de la République et du dirigeant du Hezbollah, indiquant désormais préférer aborder les contenus de leurs interventions en différés.

Ces propos sont tenus alors que se multiplient sur le plan local des critiques à l’encontre du mouvement chiite que certains accusent d’être à l’origine de cette explosion via le stockage d’armes et de munitions dans le site de l’explosion et les autorités israéliennes d’avoir bombardé les yeux, une chose qui pour l’heure est écartée par les autorités libanaises, la présidence de la république notant la présence d’une quantité importante de nitrate d’ammonium et non de munitions et indiqué qu’une enquête serait en cours pour déterminer si un élément externe, “bombe ou missile” avait pu provoquer la catastrophe.

Un bilan qui continue à s’aggraver

Selon le dernier bilan actuel, le ministère de la santé indique que 192 personnes sont décédées, 9 personnes toujours portées disparues et plus de 6 500 personnes ont été blessées dans l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et une grande partie de la capitale libanaise. 300 000 personnes seraient également sans logement des suites de cette explosion.

La piste d’une explosion accidentelle, le 4 août 2020, de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium à l’intérieur d’un entrepôt du port de Beyrouth, saisies en 2014 à bord d’un navire poubelle, le Rhosus battant pavillon moldave, est pour le moment privilégiée par les autorités libanaises. Cette explosion équivaudrait à celle de 600 tonnes de TNT ou encore à un tremblement de terre de 3.3 sur l’échelle de Richter.
Elle aurait ainsi causé un cratère de 110 mètres de long sur 43 mètres de profondeur, indique, le dimanche 9 août, une source sécuritaire citant les propos d’experts français présents sur place.

S’exprimant dans les colonnes du Washington Post dans son édition du 7 septembre, le Procureur de la République, le juge Ghassan Oweidat, a révélé qu’outre les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, du kérosène, du gazoil, 25 tonnes de feux d’artifices et détonateurs à usage pour les mines se trouvaient également présents dans ce même entrepôt.

La présence de ces produits aurait ainsi pu entretenir le feu et lui permettre d’atteindre les températures permettant l’explosion du nitrate d’ammonium, soulignent certains experts.

Les dégâts seraient estimés entre 10 milliards à 15 milliards de dollars.

L’enquête sur les responsables impliqués dans l’explosion

Pour l’heure, 25 personnes seraient actuellement détenues dans le cadre de l’enquête concernant cette explosion. Parmi eux, le directeur du port de Beyrouth, Hassan Koraytem, ainsi que le directeur des services de la douane libanaise Badri Daher, tous 2 mis en examen par le juge d’instruction Fadi Sawwan, en charge de l’enquête.

Au total, plusieurs responsables sécuritaires et du port de Beyrouth ont ainsi été arrêtés.

Certaines sources soulignent que les différents partis politiques libanais s’étaient partagés les revenus du port de Beyrouth , rendant difficile actuellement de connaitre les responsabilités de chacun dans cette explosion.

Plusieurs partis politiques, de la majorité comme de l’opposition, souhaiteraient également conclure de manière rapide l’enquête étant impliqués dans différents trafics qui ont lieu depuis ou vers le port de Beyrouth. Ils souhaiteraient ainsi éviter à ce qu’on puisse découvrir le degré d’implication de chacun et des violations sécuritaires nécessaires à la poursuite de ses trafics. 

Aussi, des responsables sécuritaires avaient prévenu les autorités politiques à plusieurs reprises au cours des dernières années, les autorités judiciaires n’ont pas décidé de la mise en oeuvre des mesures de transfert nécessaires de la cargaison.

Certaines sources proches du dossier soulignent également la responsabilité de plusieurs administrations dans le port de Beyrouth, d’autant que de hauts responsables étaient informés du danger posé par le stockage de manière inadéquate de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium depuis 2014.

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