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Le pétrole oublié du Liban : six zones prometteuses et un potentiel que l’État n’a jamais vraiment vérifié

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Un dossier resté dans l’ombre de la course au gaz offshore

Alors que le débat énergétique libanais s’est concentré pendant des années sur la Méditerranée, le sous-sol terrestre du pays reste presque absent de la discussion publique. Pourtant, des études géologiques et des campagnes d’exploration anciennes et plus récentes ont fait apparaître des indices d’un système pétrolier et gazier sur plusieurs parties du territoire. Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que le Liban possède des réserves commercialement exploitables. Elles établissent en revanche une réalité plus précise : plusieurs zones ont été considérées comme suffisamment prometteuses pour justifier des travaux d’exploration plus poussés, mais les forages nécessaires pour vérifier cette hypothèse n’ont jamais été menés aux profondeurs aujourd’hui jugées pertinentes.

Le dossier est d’autant plus étonnant que le Liban traverse une crise économique profonde et cherche des investissements capables de produire de nouvelles ressources. Le pays a consacré une énergie politique considérable à l’exploration offshore. Il a négocié ses frontières maritimes, attribué des blocs, accueilli des compagnies internationales et attendu les résultats des forages en mer. Pendant ce temps, la possibilité d’une exploration terrestre est restée largement en marge des priorités publiques.

Les données citées dans le corpus remontent notamment à une campagne menée en 2014. Une société américaine aurait alors réalisé une étude géophysique aérienne portant sur environ 6 000 kilomètres carrés. Le travail aurait couvert le nord du pays, la Békaa et une partie du littoral. Les informations recueillies auraient ensuite été combinées avec des données sismiques bidimensionnelles déjà disponibles auprès de l’État.

Les résultats sont présentés comme indiquant l’existence d’un système d’hydrocarbures et de plusieurs structures susceptibles de mériter une exploration. Mais entre « potentiel géologique » et « gisement commercial », la distance est immense. Seul un forage suffisamment profond peut déterminer si les hydrocarbures sont effectivement présents, en quelles quantités et dans quelles conditions techniques ils pourraient être produits.

C’est précisément l’étape que le Liban n’a pas franchie.

Six zones apparaissent dans les études

Les informations recueillies identifient six ensembles géographiques considérés comme prometteurs. Le premier se situe dans la dépression de Qaa, au nord de la Békaa. Le deuxième concerne les secteurs de Yohmor et Sohmor, dans la Békaa occidentale. Un troisième ensemble est identifié autour de Tell Znoub et Kfar Zabad, dans la partie centrale de la Békaa.

La région de Terbol, à l’est de Tripoli, constitue une quatrième zone. Une cinquième se situe dans l’ensemble Batroun-Arbeen. Enfin, le Akkar et la région de Minié apparaissent comme un sixième espace, dans le prolongement du nord du Mont-Liban.

Cette répartition est intéressante parce qu’elle montre que la question ne concerne pas un point isolé du territoire. Les structures évoquées traversent plusieurs régions géologiques du pays. La Békaa occupe une place importante, mais le Nord est également concerné.

Il faut cependant résister à une confusion fréquente. Une zone qualifiée de prometteuse par une étude géologique ne contient pas nécessairement un champ pétrolier exploitable. Pour qu’un système pétrolier produise une accumulation commercialement intéressante, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut notamment une roche mère capable d’avoir généré des hydrocarbures, des mécanismes de migration, une roche réservoir suffisamment poreuse et une structure capable de retenir le pétrole ou le gaz.

Une étude géophysique peut détecter des structures compatibles avec ce modèle. Elle ne peut pas remplacer le forage. Tant qu’une sonde n’a pas atteint la cible et permis d’effectuer des mesures directes, il reste impossible de parler sérieusement de réserves prouvées.

La distinction est cruciale pour le Liban. Le dossier terrestre mérite une exploration. Il ne justifie pas encore des promesses de richesse.

Sept puits avaient déjà été forés entre 1947 et 1967

L’intérêt pour le sous-sol libanais n’est pas nouveau. Sept puits d’exploration auraient été forés entre 1947 et 1967. Les sites mentionnés comprennent notamment Yohmor, Sohmor, Terbol, Arbeen et Qaa.

Ces forages sont importants parce qu’ils constituent une observation directe du sous-sol. Selon les éléments disponibles, ils auraient fourni des indices confirmant l’existence d’un système pétrolier et d’une activité liée aux hydrocarbures. Ils n’ont toutefois pas conduit à la découverte d’un gisement commercial.

Cette absence de découverte a longtemps pu être interprétée comme un signe de faiblesse du potentiel terrestre. Mais les sources spécialisées citées dans le dossier proposent une autre lecture. Le problème pourrait provenir, au moins en partie, de la profondeur insuffisante des anciens forages.

Les puits historiques auraient atteint des profondeurs allant d’environ 650 mètres à 2 700 mètres. Les évaluations plus récentes estiment qu’il faudrait descendre à environ 4 000 ou 4 500 mètres, voire davantage, pour tester correctement certaines cibles.

L’écart est considérable. Un puits arrêté à 2 700 mètres ne permet pas de conclure à l’absence d’hydrocarbures dans une structure dont la cible se situe 1 500 ou 2 000 mètres plus bas.

Cela ne signifie pas que les anciens forages auraient découvert du pétrole s’ils avaient été plus profonds. Aucun élément du corpus ne permet une telle affirmation. Cela signifie seulement qu’ils n’ont pas testé toutes les cibles que les interprétations géologiques ultérieures considèrent comme intéressantes.

Quatre kilomètres sous terre avant de savoir

Cette question de profondeur constitue le cœur technique du dossier. Pour déterminer si les structures identifiées contiennent des hydrocarbures commercialement exploitables, il faudrait forer un ou plusieurs puits d’exploration jusqu’aux horizons considérés comme pertinents.

Un forage à 4 000 ou 4 500 mètres représente une opération industrielle complexe. Il faut identifier précisément l’emplacement, préparer le site, mobiliser une installation de forage adaptée et traverser plusieurs formations géologiques. Les opérateurs doivent ensuite analyser les roches, les fluides et les pressions rencontrés.

Même si du pétrole ou du gaz apparaît, le travail ne s’arrête pas. Il faut déterminer la taille du réservoir, sa continuité, sa pression et la facilité avec laquelle les hydrocarbures peuvent être extraits. Des puits d’évaluation supplémentaires peuvent être nécessaires avant toute décision d’exploitation.

C’est seulement après cette séquence que l’on peut commencer à parler de ressources techniquement récupérables, puis de réserves commercialement exploitables.

Le Liban se trouve aujourd’hui très en amont de cette étape. Les informations disponibles permettent d’identifier des cibles. Elles ne fournissent aucun chiffre suffisamment établi sur les volumes qui pourraient être récupérés.

Cette absence de chiffres fiables doit rester au centre de toute analyse. Le pétrole terrestre peut constituer une piste économique. Il ne peut pas être intégré aujourd’hui dans les comptes publics comme une richesse acquise.

Pourquoi l’étude de 2014 n’a-t-elle pas déclenché une campagne de forage ?

C’est ici que le dossier devient autant institutionnel que géologique. Une campagne de 6 000 kilomètres carrés identifiant plusieurs zones prometteuses aurait normalement pu conduire à une étape suivante : compléter les données, sélectionner les cibles et préparer des appels aux compagnies intéressées.

Cela ne s’est pas produit à l’échelle nécessaire pour tester les structures.

Les sources évoquent un ensemble d’obstacles politiques, juridiques et techniques. Elles ne permettent toutefois pas d’attribuer le blocage à une seule décision ou à un seul responsable. Le problème apparaît plutôt comme l’accumulation de plusieurs difficultés dans un pays où les grands projets énergétiques sont déjà soumis à des procédures complexes.

Le contraste avec l’offshore est frappant. Le Liban a progressivement développé un cadre institutionnel et contractuel destiné à l’exploration maritime. Des blocs ont été définis. Des procédures d’attribution ont été organisées. Des entreprises internationales ont pu entrer dans le processus.

Le terrestre n’a pas connu la même dynamique.

Or une compagnie pétrolière n’engage pas un forage profond simplement parce qu’une étude indique un potentiel. Elle doit connaître le régime fiscal, ses droits sur une éventuelle découverte, la durée de sa licence, les obligations environnementales, les règles d’accès aux terrains et les procédures permettant de construire les installations.

L’incertitude juridique augmente le risque. Et plus le risque est élevé, plus les investisseurs exigent des conditions favorables ou choisissent un autre pays.

Le problème particulier des terrains

L’exploration terrestre possède une difficulté que l’offshore ne présente pas de la même manière : il faut travailler sur des terres occupées, cultivées ou détenues par différents propriétaires.

Une structure géologique ne respecte pas les limites cadastrales. Un réservoir potentiel peut s’étendre sous plusieurs parcelles, villages ou types de propriété. Le site idéal pour un forage peut se trouver sur un terrain privé ou dans une zone utilisée pour l’agriculture.

Cela oblige l’État à disposer de règles précises sur l’accès au terrain, les indemnisations, les servitudes et les responsabilités en cas de dommage.

Il faut aussi distinguer la propriété de la surface et les droits sur les ressources du sous-sol. Ces questions doivent être juridiquement verrouillées avant l’arrivée d’investisseurs importants. Une compagnie doit savoir avec quelle autorité elle négocie et quelles procédures s’appliquent si un propriétaire refuse l’accès.

Les éléments du corpus évoquent précisément des obstacles juridiques autour du secteur terrestre. Ils ne fournissent cependant pas suffisamment de détails pour reconstruire article par article l’ensemble du régime de propriété applicable. Il serait donc imprudent d’inventer un cadre légal absent des documents.

Ce que les sources permettent d’établir est plus simple : l’absence d’un environnement juridique et opérationnel suffisamment abouti fait partie des obstacles empêchant le passage des études géologiques à une véritable campagne d’exploration.

Une exploration qui pourrait commencer sans promettre de miracle

La première décision rationnelle ne serait pas d’annoncer que le Liban possède du pétrole. Elle serait de déterminer s’il en possède.

Cela suppose une démarche par étapes. Les données anciennes devraient être rassemblées et réinterprétées. Les résultats de la campagne de 2014 devraient être confrontés aux informations disponibles depuis. Des études complémentaires pourraient permettre d’affiner les structures avant de sélectionner les cibles prioritaires.

L’État pourrait ensuite définir les conditions juridiques et contractuelles permettant à des opérateurs de proposer des campagnes d’exploration. Les six zones ne devraient pas nécessairement être ouvertes simultanément. Une ou plusieurs cibles présentant le meilleur rapport entre potentiel géologique, accessibilité et risque pourraient être privilégiées.

Le forage deviendrait alors le juge du dossier.

Si le premier puits profond ne rencontre aucun réservoir commercial, l’information aurait néanmoins de la valeur. Elle permettrait de corriger les modèles et d’éviter de construire des politiques publiques sur des attentes irréalistes.

S’il rencontre des hydrocarbures, une nouvelle phase commencerait. Il faudrait encore déterminer leur volume et leur rentabilité.

Cette méthode paraît moins spectaculaire qu’une annonce de découverte. Elle correspond pourtant à la logique normale de l’exploration pétrolière : réduire progressivement l’incertitude avant d’investir davantage.

Le pétrole terrestre ne peut pas devenir un nouveau mirage financier

L’histoire économique récente du Liban impose une prudence particulière. Toute perspective de ressource naturelle peut rapidement être transformée en promesse de revenus futurs. Or le pays ne peut pas utiliser une richesse hypothétique pour résoudre immédiatement sa dette, rembourser les déposants ou financer la reconstruction.

Aucune réserve commerciale terrestre n’est démontrée par les éléments disponibles. Aucun niveau de production future ne peut être calculé sérieusement à partir des seules études citées. Aucun revenu budgétaire ne peut donc être anticipé de manière crédible.

Cette prudence n’enlève rien à l’intérêt du dossier. Au contraire, elle permet de poser la bonne question. Le problème n’est pas de savoir si le Liban doit croire qu’il est riche. Il est de comprendre pourquoi il n’a pas effectué les investissements nécessaires pour connaître réellement son sous-sol.

Une campagne d’exploration peut aboutir à un échec. C’est inhérent au secteur. Mais ne pas explorer maintient le pays dans une situation où ni l’optimisme ni le pessimisme ne peuvent être vérifiés.

Un enjeu économique qui dépasse les seuls revenus pétroliers

Une découverte commerciale aurait évidemment des conséquences importantes. Mais l’intérêt économique d’un programme d’exploration commence avant la production.

Les campagnes géophysiques, les travaux de forage, les études environnementales et les services associés mobilisent des ingénieurs, des techniciens, des entreprises de transport et des fournisseurs. Des infrastructures doivent être créées ou adaptées.

Un développement terrestre pourrait aussi avoir des effets régionaux. Plusieurs zones identifiées se trouvent dans la Békaa et le Nord, deux espaces qui connaissent d’importants besoins en investissement.

Ces effets ne doivent pas être exagérés. L’industrie pétrolière est fortement capitalistique et ne constitue pas automatiquement un grand pourvoyeur d’emplois permanents. Mais un programme organisé pourrait créer une activité spécialisée et développer des compétences qui seraient également utilisables dans d’autres secteurs énergétiques.

La question essentielle reste celle de la gouvernance. Une ressource naturelle ne produit pas automatiquement du développement. Sans règles transparentes sur les licences, les revenus, les marchés et les impacts environnementaux, elle peut au contraire alimenter de nouveaux conflits.

La dimension environnementale ne peut pas attendre la découverte

Le forage terrestre rapproche directement l’industrie des populations. Une plateforme située dans la Békaa, le Akkar ou le Nord ne se trouve pas à des dizaines de kilomètres au large. Elle partage un territoire avec des villages, des cultures, des ressources en eau et des infrastructures existantes.

Les règles environnementales doivent donc précéder les opérations. Elles doivent encadrer la gestion des boues de forage, des fluides, des déchets et des risques de pollution. La protection des nappes souterraines est particulièrement importante dans un pays déjà confronté à de graves difficultés de gestion de l’eau.

Une étude d’impact ne peut pas être une formalité réalisée après le choix du site. Elle doit participer à la sélection de la cible.

Cette dimension peut également modifier la hiérarchie des zones prometteuses. Une structure géologiquement intéressante peut être moins attractive si son exploitation menace une ressource en eau essentielle ou nécessite des interventions disproportionnées dans une zone densément peuplée.

Le potentiel énergétique doit donc être évalué en même temps que le coût environnemental et territorial.

La comparaison avec l’offshore doit rester mesurée

Le dossier terrestre revient au moment où les espoirs placés dans l’exploration maritime ont déjà connu des attentes et des déceptions. Il serait tentant de présenter le sous-sol terrestre comme une solution de remplacement. Les informations disponibles ne permettent pas cette conclusion.

Les deux domaines répondent à des géologies et à des contraintes différentes. Un échec en mer ne prouve rien sur le potentiel terrestre. De même, les indices observés à terre ne permettent pas de conclure que le Liban possède davantage d’hydrocarbures sous ses montagnes et ses plaines que sous la Méditerranée.

La bonne approche consiste à diversifier la connaissance géologique. Le Liban a investi politiquement dans l’offshore parce qu’il disposait d’indices justifiant l’exploration. Les données terrestres semblent, elles aussi, suffisamment intéressantes pour poser la question d’une exploration moderne.

La différence est que cette dernière n’a jamais atteint l’étape décisive du forage profond.

Le vrai scandale serait de confondre potentiel et certitude

Les six zones identifiées, les sept anciens puits et la campagne géophysique de 2014 forment un ensemble suffisamment sérieux pour justifier une politique d’exploration. Ils ne constituent pas la preuve d’une richesse pétrolière.

C’est cette frontière qu’une stratégie publique crédible devrait préserver. L’État ne doit ni vendre un rêve pétrolier ni abandonner un potentiel avant de l’avoir vérifié.

Les anciens forages ont atteint entre environ 650 et 2 700 mètres. Les cibles évoquées aujourd’hui pourraient nécessiter des profondeurs de 4 000 à 4 500 mètres ou davantage. Cette seule différence explique pourquoi les résultats historiques ne ferment pas définitivement le dossier.

Près de douze ans après la campagne géophysique de 2014, la question reste donc presque la même : qu’y a-t-il réellement sous le territoire libanais ?

Le Liban possède des indices, des données et des zones à étudier. Il ne possède pas encore, sur la base des éléments disponibles, de réserves terrestres commercialement prouvées. Entre les deux se trouve précisément ce que l’État n’a jamais mené jusqu’au bout : une campagne moderne de forage capable de transformer une hypothèse géologique en réponse.

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Newsdesk Libnanews
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