Les ressortissants libanais ne représenteraient déjà qu’environ 54 % des personnes vivant au Liban selon une étude démographique publiée en 2026, qui reconstitue la population du pays à partir de plusieurs bases statistiques. Plus préoccupante pour la structure démographique du pays, sa projection à l’horizon 2035 ramène la part des Libanais entre 45 % et 48,8 % de la population résidente. Ces chiffres doivent toutefois être lus comme des estimations fondées sur des hypothèses démographiques, et non comme les résultats d’un nouveau recensement national.
Un seuil de 54 % qui aurait déjà été atteint
Le chiffre de 54 % ne décrit pas, à proprement parler, une évolution qui surviendrait prochainement. Il ressort d’une estimation portant sur l’année 2024.
L’étude évalue alors la population totale présente au Liban à environ 6,86 millions de personnes. Elle estime à quelque 3,7 millions le nombre de Libanais résidents. Le rapport entre ces deux valeurs place donc les citoyens libanais autour de 54 % de la population vivant sur le territoire.
Le reste de la population serait composé, selon cette reconstitution, d’environ 2,1 millions de Syriens déplacés, de quelque 230 000 réfugiés palestiniens et d’environ 830 000 personnes appartenant à d’autres nationalités.
Cette photographie doit être interprétée avec prudence. Le Liban ne dispose pas d’un recensement général récent permettant de déterminer avec précision le nombre de résidents selon leur nationalité. Les différentes administrations et organisations internationales travaillent avec des méthodes, des périodes de référence et des catégories qui ne sont pas toujours identiques.
C’est précisément cette faiblesse statistique qui explique les écarts parfois considérables entre les chiffres disponibles.
Les Libanais pourraient passer sous les 50 % d’ici 2035
L’élément central de la projection concerne l’année 2035. Si les hypothèses retenues se réalisent, les citoyens libanais deviendraient minoritaires parmi les habitants du pays.
L’étude projette une population totale d’environ 8,01 millions de personnes en 2035. Dans les scénarios présentés, la proportion de Libanais descendrait entre 45 % et 48,8 %.
Le nombre de Libanais atteindrait environ 3,91 millions dans l’une des hypothèses. La population syrienne déplacée pourrait, elle, approcher 2,91 millions si elle partait d’une base de 2,1 millions et progressait au rythme annuel retenu par l’auteur. Les réfugiés palestiniens atteindraient environ 283 000 personnes dans le même exercice prospectif.
Ces valeurs ne constituent pas une prévision certaine. Elles dépendent directement des hypothèses utilisées : évolution des naissances et des décès, émigration des Libanais, retours de Syriens vers leur pays, nouvelles arrivées, départs de ressortissants étrangers et changements de politique migratoire.
Une modification importante de l’un de ces paramètres pourrait donc changer sensiblement la trajectoire d’ici 2035.
Des chiffres officiels qui ne donnent pas la même photographie
La difficulté est renforcée par la coexistence de plusieurs estimations.
Les données publiées par le ministère libanais de la Santé évaluent ainsi la population libanaise résidente à environ 4,07 millions en 2025. Cette série repose sur les résultats de la dernière enquête de référence de l’Administration centrale de la statistique et sur des estimations ultérieures.
Le plan de réponse pour le Liban retient, pour sa part, un chiffre de planification de 3,864 millions de Libanais pour 2026. Il estime également à 1,12 million le nombre de Syriens déplacés présents dans le pays.
L’écart avec les 2,1 millions de Syriens utilisés comme base dans l’étude démographique est majeur. Il montre pourquoi il est impossible de présenter la proportion de 54 % comme un résultat incontestable.
Les données internationales les plus récentes font également état de retours importants vers la Syrie. Pour 2026, le gouvernement libanais estime à environ 1,12 million le nombre de réfugiés syriens vivant au Liban. Plusieurs centaines de milliers de retours avaient déjà été enregistrés ou estimés après les changements intervenus en Syrie.
Ces mouvements peuvent modifier rapidement le rapport entre populations libanaise et non libanaise. Ils rendent également plus fragile toute projection établie à partir d’un scénario supposant le maintien durable d’un stock élevé de déplacés.
Pourquoi la démographie libanaise se contracte
Au-delà de la présence de populations étrangères, la dynamique propre aux Libanais constitue l’autre partie de l’équation.
La baisse des naissances est nette. Les statistiques sanitaires montrent que le nombre de naissances vivantes libanaises enregistrées dans les hôpitaux est passé de 69 380 en 2017 à 49 859 en 2025. La diminution dépasse ainsi 28 % en huit ans pour cette série hospitalière.
La crise économique déclenchée en 2019 a également accéléré les départs, notamment parmi les actifs et les jeunes diplômés. Même lorsqu’une émigration n’est pas définitive, elle réduit le nombre de Libanais effectivement présents sur le territoire à un moment donné.
À plus long terme s’ajoute le vieillissement. La projection démographique étudiée envisage un âge médian de 38 ans pour les Libanais en 2050 et une part des 65 ans et plus pouvant atteindre 25 %.
Cette évolution aurait des conséquences directes sur le marché du travail, les dépenses de santé, les retraites et les mécanismes de protection sociale. Une population active moins nombreuse devrait supporter une proportion plus élevée de personnes âgées.
Le problème démographique ne se résume donc pas à une comparaison entre Libanais et étrangers. Il concerne aussi la structure interne de la population libanaise, son renouvellement et sa capacité à maintenir ses actifs dans le pays.
Le poids déterminant des retours syriens
La variable la plus susceptible de bouleverser les projections reste la présence syrienne.
Les scénarios élaborés à partir d’un nombre élevé de Syriens et d’une absence de retour massif produisent mécaniquement une baisse rapide de la proportion de Libanais. À l’inverse, des retours durables et nombreux vers la Syrie modifieraient fortement le calcul.
Or cette dynamique a déjà changé depuis la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024. Les mouvements de retour se sont accélérés en 2025 et 2026, même si la situation sécuritaire, économique et humanitaire en Syrie continue de déterminer la capacité des familles à s’y réinstaller durablement.
Le gouvernement libanais a fait du retour des déplacés un dossier prioritaire. Mais mesurer le phénomène reste complexe. Les passages frontaliers ne correspondent pas nécessairement à des retours définitifs. Certaines familles conservent des liens, des logements ou des sources de revenus des deux côtés de la frontière.
C’est pourquoi une projection jusqu’en 2035 doit être révisée régulièrement à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles.
Pas de recensement récent pour trancher
Le débat démographique libanais souffre enfin d’une faiblesse ancienne : l’absence d’un recensement général moderne de la population.
Cette situation oblige chercheurs, administrations et organisations internationales à croiser des enquêtes, des registres administratifs et des estimations sectorielles. Chaque base répond à un objectif particulier et ne mesure pas nécessairement la même population.
Il faut également distinguer trois notions souvent confondues : les citoyens libanais, les Libanais effectivement résidents et l’ensemble des personnes vivant sur le territoire. Un Libanais installé durablement à l’étranger reste citoyen libanais mais ne fait pas partie de la population résidente. À l’inverse, un réfugié ou un travailleur étranger vivant au Liban appartient à la population présente sans posséder la nationalité libanaise.
Le chiffre de 54 % est donc pertinent comme résultat d’une estimation démographique déterminée, mais il ne peut être transformé en proportion officielle et définitive.
La tendance mise en évidence demeure néanmoins importante : faible natalité libanaise, émigration, vieillissement et présence durable d’une importante population non libanaise peuvent réduire la part des citoyens parmi les résidents. L’ampleur de cette évolution dépendra désormais surtout des départs et retours de population, de l’évolution économique du Liban et de la trajectoire des déplacés syriens au cours des prochaines années.



