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Sud-Liban : les destructions installent l’occupation dans la durée

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Les destructions méthodiques de maisons, d’équipements publics et d’infrastructures au Sud-Liban donnent désormais à la présence israélienne une dimension qui dépasse la seule occupation militaire temporaire. Israël affirme agir pour neutraliser les capacités du Hezbollah et établir une zone de sécurité. Mais la démolition du bâti, les travaux de terrassement, les positions militaires, les obstacles aux déplacements et l’impossibilité matérielle du retour des habitants transforment progressivement le territoire. Ces faits ne prouvent pas, à eux seuls, l’existence d’un plan officiel d’annexion ou d’installation permanente. Ils montrent en revanche que les conditions physiques d’une présence prolongée sont en train d’être créées.

Une occupation qui ne se mesure plus seulement aux soldats

Le débat sur la durée de la présence israélienne au Sud-Liban ne peut plus se limiter au nombre de positions militaires tenues au nord de la Ligne bleue. Depuis plusieurs mois, les opérations comprennent aussi des démolitions, des terrassements, des destructions d’habitations et des frappes contre des infrastructures. Des rapports des Nations unies ont documenté des positions israéliennes établies sur le territoire libanais, des mouvements de troupes, des travaux de génie et la démolition de bâtiments dans des villages situés au nord de la Ligne bleue.

Cette transformation matérielle est essentielle. Une force peut occuper temporairement une hauteur puis se retirer. La situation devient différente lorsqu’elle détruit les maisons, modifie les accès, contrôle des axes et rend le retour des habitants difficile. Même sans annexion juridique, le territoire peut alors fonctionner comme une zone durablement séparée de la vie civile qui l’occupait auparavant.

Mansouri, symbole d’une destruction de la vie civile

Les événements de Mansouri illustrent cette évolution. Le 9 septembre, un aéronef télépiloté israélien a déposé des matières explosives sur le toit de l’école publique de la localité, selon les informations rapportées par la presse libanaise. L’établissement, qui accueillait 336 élèves selon le Centre de recherche et de développement pédagogiques, se trouvait directement menacé à quelques jours de la rentrée.

Le 11 septembre au matin, la majeure partie de l’école a été détruite, selon l’Agence nationale d’information. Une école est l’une des infrastructures qui permettent à une communauté de revenir et de rester. Sa disparition oblige les familles à chercher une solution ailleurs, retarde la reprise scolaire et augmente le coût d’un retour durable. Mansouri a également connu une succession de dynamitages, avec des destructions de bâtiments qui compliquent directement le retour des habitants.

Détruire une maison, c’est aussi agir sur le retour

Dans une guerre, une maison peut être détruite parce qu’elle est considérée comme un objectif militaire. Mais lorsque les démolitions deviennent nombreuses dans une zone déterminée, leur effet dépasse chaque cible prise séparément. Elles modifient la capacité d’une population à réoccuper son territoire en rendant le retour plus coûteux, plus lent et parfois impossible sans reconstruction préalable.

Une famille dont la maison reste debout peut revenir lorsque les conditions sécuritaires le permettent. Une famille dont le logement a été dynamité doit disposer de ressources, d’une indemnisation, de matériaux et d’un environnement administratif capable de reconstruire. Si l’école, la route ou le réseau d’eau sont également endommagés, le retour cesse d’être une simple décision individuelle et devient un projet collectif de reconstruction.

C’est ce mécanisme qui nourrit la crainte d’une occupation dans la durée. L’effet stratégique d’une destruction réside aussi dans le temps nécessaire pour réparer ce qui a disparu. Plus ce temps s’allonge, plus la présence militaire installée dans la zone acquiert un caractère durable de fait.

Une « zone de sécurité » assumée par Israël

Depuis la reprise de la campagne militaire en mars 2026, Israël a étendu sa présence dans des portions du Sud-Liban et décrit les secteurs contrôlés comme une zone de sécurité. Le 10 septembre, après la destruction du complexe souterrain d’Ali al-Taher, les autorités israéliennes ont affirmé avoir achevé l’établissement d’une zone sécurisée et obtenu un contrôle opérationnel de cette hauteur stratégique.

Israël présente cette présence comme une réponse à la menace du Hezbollah. Son argument est que le mouvement ne doit pas pouvoir rétablir des capacités militaires à proximité de la frontière. Le cessez-le-feu conclu en juin prévoyait toutefois un processus impliquant un retrait israélien et le désarmement du Hezbollah. Ce processus s’est enlisé, Israël conditionnant son retrait à des garanties sur le désarmement tandis que le Hezbollah refuse les modalités qui lui sont imposées.

Ce blocage produit une conséquence concrète : ce qui devait relever d’un arrangement transitoire peut devenir une réalité durable. Une zone militaire temporaire acquiert des caractéristiques plus permanentes lorsqu’elle possède des positions consolidées, des axes contrôlés, des terrassements, une surveillance constante et un environnement civil largement détruit.

Positions, terrassements et villages détruits

Les constats internationaux donnent une base matérielle à cette inquiétude. Dans un rapport de 2026, des membres du Conseil de sécurité ont pu observer directement l’une des positions israéliennes établies en territoire libanais dans la zone d’opérations de la Finul. Le document évoque aussi les destructions visibles dans les villages et leurs périphéries proches de la Ligne bleue, où très peu de maisons restaient debout dans certains secteurs observés.

Un autre rapport des Nations unies a fait état de personnels israéliens opérant en dehors de certaines positions, réalisant des travaux de terrassement et des mouvements de troupes au nord de la Ligne bleue. La Finul a également confirmé des démolitions de bâtiments. Ces éléments ne démontrent pas un projet d’annexion, mais ils décrivent une présence qui produit des aménagements et des modifications durables du terrain.

La distinction est essentielle. Affirmer qu’Israël a décidé d’annexer une partie du Sud-Liban nécessiterait des preuves qui ne sont pas disponibles. Constater qu’une occupation militaire se consolide matériellement repose en revanche sur des faits observables : positions, travaux, contrôles, destructions et maintien de forces sur le territoire.

Le précédent de la « zone de sécurité »

Au Liban, l’expression « zone de sécurité » possède une résonance historique particulière. Israël a maintenu pendant des années une zone occupée dans le Sud avant son retrait de mai 2000. Cette expérience explique pourquoi les termes employés aujourd’hui et la consolidation de positions suscitent une inquiétude qui dépasse la seule évolution militaire des derniers jours.

Il serait trompeur d’affirmer que l’histoire se répète à l’identique. Le contexte régional, les acteurs et le cadre international ont changé. La présence actuelle ne peut donc pas être assimilée mécaniquement à celle des années 1980 et 1990. Le précédent montre néanmoins qu’une zone présentée comme nécessaire à la sécurité d’Israël peut durer bien au-delà d’une opération militaire initiale.

Les destructions peuvent créer un territoire sans habitants

L’un des risques majeurs tient à la combinaison entre occupation et déplacement. Les Nations unies ont signalé cette semaine de nouveaux mouvements de population provoqués par l’escalade dans le Sud. Selon les autorités locales citées par l’ONU, environ 20 000 personnes, soit près de 5 000 familles, avaient quitté le district de Nabatiyé au cours de la semaine précédente. La Finul a parallèlement enregistré une forte augmentation de l’activité militaire israélienne.

Un territoire vidé de ses habitants devient plus facile à contrôler militairement. Cela ne signifie pas que le déplacement des civils constitue nécessairement l’objectif déclaré de chaque opération. Mais l’effet territorial existe : moins il reste de population, moins la vie économique et administrative fonctionne, et plus le retour dépend d’une décision politique et d’un programme de reconstruction.

Cette dynamique explique pourquoi la destruction des infrastructures civiles doit être analysée au-delà du bilan matériel immédiat. Une école détruite, un réseau d’eau endommagé ou un quartier rasé peuvent avoir un effet stratégique sans constituer une position militaire. Ils réduisent la capacité d’une population à réoccuper son territoire dans des conditions normales.

Beyrouth commence à raisonner sur la durée

Les décisions prises à Beyrouth montrent que l’État libanais lui-même ne traite plus la situation comme une parenthèse de quelques jours. Le Conseil des ministres a approuvé le 10 septembre un projet de loi destiné à empêcher les actes de disposition et les ventes immobilières dans les zones occupées par l’armée israélienne. La mesure vise à protéger les propriétés dans des secteurs où les habitants ne disposent pas nécessairement d’un accès normal à leurs terres et à leurs maisons.

Le Premier ministre Nawaf Salam a parallèlement insisté sur la nécessité de logements préfabriqués afin de faciliter le retour des habitants dans une première phase. Le fait que le gouvernement envisage ce type de solution montre l’ampleur du problème : le retour ne dépend plus seulement de l’arrêt des combats. Il faut désormais fournir un toit à des familles dont les logements ont disparu ou sont devenus inhabitables.

L’interdiction envisagée des ventes immobilières possède également une dimension stratégique. Elle vise à empêcher qu’une situation militaire exceptionnelle entraîne des transferts de propriété irréversibles pendant que les propriétaires sont déplacés ou empêchés d’accéder à leurs biens. L’État cherche ainsi à figer juridiquement le foncier pendant que la situation territoriale reste instable.

Ali al-Taher change l’échelle militaire

L’opération menée à Ali al-Taher montre l’importance stratégique accordée par Israël au contrôle du terrain. Le 10 septembre, l’armée israélienne a annoncé avoir détruit un réseau souterrain de plus de deux kilomètres qu’elle attribue au Hezbollah. Elle affirme y avoir découvert des centres de commandement, des dépôts d’armes et des installations permettant une présence prolongée sous terre. Ces affirmations n’ont pas toutes pu être vérifiées indépendamment.

Au-delà du contenu du complexe, l’élément important est le contrôle de la hauteur elle-même. Les autorités israéliennes ont présenté l’opération comme l’achèvement d’une étape permettant d’établir une zone sécurisée. Une hauteur dominante offre surveillance, contrôle des mouvements et avantage militaire sur un espace plus large. Sa maîtrise possède donc une valeur qui dépasse la destruction d’un tunnel.

Cette logique explique pourquoi le retrait devient plus difficile à mesure que des positions sont considérées comme indispensables à la sécurité. Chaque hauteur, axe ou point d’observation peut être présenté comme nécessaire pour empêcher le retour du Hezbollah. Additionnées, ces exigences peuvent transformer une présence provisoire en dispositif territorial durable.

L’argument israélien : empêcher le retour du Hezbollah

Pour comprendre cette dynamique, il faut restituer l’argument israélien. Israël affirme que ses opérations visent les infrastructures, combattants et stocks d’armes du Hezbollah et qu’un retrait sans désarmement effectif recréerait la menace contre ses localités frontalières. Les frappes et opérations terrestres sont donc présentées comme des mesures de sécurité, non comme un projet de colonisation du territoire libanais.

À ce stade, les éléments disponibles ne montrent pas l’installation d’une population civile israélienne dans le Sud-Liban ni une décision officielle d’annexion. La situation diffère donc d’un processus de colonisation civile. L’analyse porte sur une occupation militaire qui risque de s’inscrire dans la durée, pas sur l’affirmation non démontrée d’un projet de peuplement.

Mais l’absence de colonisation civile ne rend pas la question de la durée secondaire. Une occupation militaire prolongée peut modifier profondément un territoire sans y installer de population nouvelle. Elle peut créer des zones interdites, empêcher l’agriculture, déplacer les habitants, transformer les routes et retarder pendant des années la reconstruction.

Une occupation durable se construit aussi par l’absence

Le phénomène le plus difficile à mesurer est peut-être ce qui disparaît. Une maison dynamitée n’abrite plus une famille. Une école détruite ne reçoit plus d’élèves. Un champ inaccessible n’est plus cultivé. Une route coupée ne relie plus deux villages. À mesure que ces absences s’accumulent, le territoire cesse progressivement de fonctionner comme avant, même si ses frontières juridiques n’ont pas changé.

Les destructions observées au Sud-Liban constituent donc un indicateur politique autant que militaire. Elles ne permettent pas de lire l’intention exacte du gouvernement israélien, mais elles permettent d’observer le résultat produit : un espace où le retour de la souveraineté libanaise et de la population civile devient matériellement plus difficile.

Le temps joue alors un rôle stratégique. Chaque semaine supplémentaire de présence militaire, chaque nouvelle démolition et chaque déplacement prolongé rendent la restauration de la situation antérieure plus coûteuse. Une occupation peut ainsi s’installer dans la durée sans qu’une date officielle ne marque son commencement.

Le test sera le retour réel des habitants

La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir si Israël affirme vouloir rester. Elle est de déterminer si les conditions créées permettent réellement un retrait et un retour rapide des habitants. Sur ce point, les indicateurs sont préoccupants : positions militaires maintenues, opérations terrestres, destructions, déplacements de population et infrastructures civiles endommagées se cumulent.

Le critère le plus concret sera le retour. Si les habitants peuvent regagner leurs villages, reconstruire, rouvrir les écoles, accéder à leurs terres et retrouver les institutions libanaises, la logique d’une zone militaire pourra être progressivement inversée. Si, au contraire, les destructions se poursuivent tandis que les positions israéliennes se consolident, le caractère durable de l’occupation deviendra de plus en plus difficile à présenter comme une simple conséquence temporaire des combats.

Au Sud-Liban, l’enjeu des prochaines semaines se jouera donc autant dans les villages que dans les négociations. Une présence militaire se mesure par ses soldats et ses positions. Une occupation qui s’installe se mesure aussi à ce qu’elle empêche de revenir.

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Newsdesk Libnanews
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