L’armée libanaise affirme que la poursuite des attaques et des violations israéliennes constitue désormais le principal obstacle à l’achèvement de son déploiement dans le sud du Liban prévu par l’accord-cadre du 26 juin 2026. Dans un communiqué détaillé publié mercredi 9 septembre, le commandement indique avoir recensé environ 7 700 violations israéliennes en moins de deux mois et demi, tout en affirmant avoir pris le contrôle opérationnel de plusieurs secteurs. L’armée annonce également la saisie de 1 818 armes et munitions, le déploiement de six barrages fixes et treize postes d’observation, ainsi que des patrouilles permanentes. Elle accuse Israël de compromettre ces efforts par ses frappes, ses destructions et ses tirs à proximité des militaires libanais.
L’armée conditionne la poursuite du déploiement à l’arrêt des attaques
Le message du commandement est particulièrement direct. Pour l’armée libanaise, l’arrêt des attaques et des violations israéliennes constitue un « facteur essentiel » pour permettre aux unités de poursuivre leur déploiement et d’exécuter les missions prévues par l’accord-cadre.
Cette déclaration intervient après plusieurs jours d’escalade dans la région de Nabatiyeh. L’armée évoque une nouvelle vague d’attaques israéliennes contre des zones résidentielles et des institutions publiques et privées, avec un bilan élevé de morts et de blessés.
Le commandement cite notamment l’attaque de Kfar Roummane, dans le caza de Nabatiyeh. Au moins douze personnes y ont été tuées, parmi lesquelles des femmes et des enfants, selon le bilan mentionné par l’institution militaire.
Pour l’armée, cette séquence ne constitue pas seulement une violation de la souveraineté libanaise. Elle menace directement les arrangements sécuritaires sur lesquels repose le dispositif mis en place depuis le 26 juin.
Quelque 7 700 violations depuis le 26 juin
Le chiffre le plus important communiqué mercredi concerne les violations israéliennes enregistrées depuis la signature de l’accord-cadre. L’armée libanaise en recense environ 7 700 entre le 26 juin et le 9 septembre 2026.
Rapporté aux 75 jours environ écoulés depuis la signature de l’accord, ce bilan représente une moyenne supérieure à 100 violations par jour. Cette moyenne arithmétique ne signifie pas que les violations sont réparties régulièrement, mais elle donne une mesure de leur fréquence selon le décompte militaire libanais.
Le communiqué ne fournit pas une ventilation complète des 7 700 incidents par catégorie. Les violations peuvent notamment comprendre des survols, des tirs, des incursions, des opérations militaires ou d’autres actions considérées par Beyrouth comme contraires aux arrangements conclus.
L’armée mentionne expressément des tirs israéliens effectués à proximité de ses soldats et de ses patrouilles. Elle estime que ces actions mettent directement en danger ses militaires et compliquent leurs déplacements dans les secteurs où ils doivent renforcer leur présence.
Le commandement accuse également Israël de poursuivre des opérations de démolition et de destruction dans le Sud. Selon l’armée, ces actions sont incompatibles avec les engagements censés permettre une stabilisation progressive de la région.
Six barrages et treize postes d’observation déjà installés
Face aux interrogations sur l’application de l’accord-cadre, l’armée détaille pour la première fois l’ampleur de ses opérations dans plusieurs zones pilotes. Elle affirme avoir commencé à appliquer son plan immédiatement après la conclusion de l’accord.
Les militaires ont établi six barrages fixes et treize postes d’observation, soit 19 positions au total. Ces installations se trouvent sur les routes conduisant à Zawtar al-Gharbiyé, Froun et Srifa, ainsi qu’à l’intérieur de ces localités.
L’armée indique également organiser des patrouilles pédestres et motorisées vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L’objectif consiste à contrôler les déplacements, surveiller les secteurs concernés et empêcher la présence d’activités armées non autorisées.
Le commandement estime que ces dispositions lui ont permis d’obtenir un « contrôle opérationnel » de la zone concernée. Il affirme pouvoir désormais contrôler les mouvements d’entrée et de sortie à l’intérieur du périmètre d’opérations.
Cette notion ne signifie toutefois pas que toutes les étapes de l’accord ont été exécutées. L’armée précise elle-même que les parties ne se sont pas encore entendues entièrement sur les différentes phases concernant les zones pilotes ni sur les étapes suivantes.
1 818 armes et munitions saisies
Le communiqué fournit également un inventaire exceptionnellement précis du matériel récupéré ou saisi. Les unités spécialisées de l’armée annoncent avoir neutralisé ou confisqué environ 1 818 armes et munitions dans le cadre de leurs opérations.
Le bilan comprend notamment 10 lance-roquettes, sept roquettes et six drones. L’armée a également récupéré 51 projectiles de type non précisé dans la traduction militaire disponible, dix bombes aériennes et 1 560 pièces de munitions légères, auxquelles s’ajoutent de nombreuses mines et charges explosives.
| Matériel annoncé par l’armée | Quantité |
|---|---|
| Lance-roquettes | 10 |
| Roquettes | 7 |
| Drones | 6 |
| Projectiles divers mentionnés par l’armée | 51 |
| Bombes aériennes | 10 |
| Munitions légères | 1 560 |
| Autres mines et charges | Nombre non précisé |
| Total annoncé des armes et munitions | Environ 1 818 |
L’armée précise avoir retiré les armes et les munitions non explosées et empêché la présence de groupes armés ou d’activités non autorisées par la législation libanaise. Cette formulation concerne l’application du contrôle de l’État dans les secteurs visés par l’accord.
Des maisons ont également été inspectées conformément au droit libanais et avec l’accord de leurs propriétaires. Le commandement souligne que les habitants ont coopéré avec ces opérations destinées à éliminer les armes, les munitions et les restes explosifs de la guerre.
Douze kilomètres de routes remis en circulation
Le travail militaire ne se limite pas au contrôle des armes. Les unités de l’armée affirment avoir rouvert environ 12 kilomètres de routes, afin de rétablir les déplacements dans les localités concernées.
Les militaires participent également à l’enlèvement des décombres et aux opérations permettant le retour des habitants. Le commandement mentionne des activités de coopération civilo-militaire destinées à fournir certains besoins essentiels aux populations.
Des soldats ont aussi participé à la récupération des corps de personnes tuées. Ces missions se déroulent dans des villages où les destructions rendent parfois l’accès aux habitations particulièrement difficile.
L’objectif affiché est double : établir le contrôle sécuritaire et permettre le retour de la population. Les chiffres fournis pour Zawtar al-Gharbiyé montrent cependant que la présence de l’armée ne suffit pas lorsque l’ampleur des destructions empêche matériellement les familles de se réinstaller.
À Zawtar al-Gharbiyé, seulement 16 % des habitants se réinstallent
La situation de Zawtar al-Gharbiyé constitue l’un des exemples les plus précis donnés par l’armée. Environ 70 % des habitants ont réussi à revenir dans la localité pour constater l’état de leurs maisons ou récupérer leurs biens.
Mais seulement 16 % de la population a pu se réinstaller durablement. Le commandement chiffre ce retour à environ 60 familles sur les 450 que comptait la localité.
Ce faible taux s’explique d’abord par l’étendue des destructions. Selon l’évaluation publiée par l’armée, 85 % des maisons de Zawtar al-Gharbiyé sont totalement détruites et les 15 % restantes ont subi des dommages partiels.
Si ces proportions s’appliquent à l’ensemble du parc résidentiel de la localité, pratiquement aucune habitation n’aurait échappé aux dommages. La reconstruction devient donc une condition indispensable au retour durable d’une grande partie de la population.
Le contraste entre les 70 % d’habitants capables de revenir ponctuellement et les 16 % pouvant réellement rester illustre aussi la différence entre un retour physique dans un village et une véritable normalisation. L’accès à une localité ne signifie pas que celle-ci est à nouveau habitable.
L’armée accuse Israël de provoquer une nouvelle vague de déplacements
L’armée affirme que les dernières attaques ont provoqué de nouveaux déplacements depuis des secteurs qui avaient auparavant été considérés comme suffisamment sûrs pour accueillir les habitants. Cette évolution remet en cause les efforts engagés pour stabiliser progressivement les villages du Sud.
Le commandement va plus loin en attribuant à Israël une volonté de porter atteinte à la crédibilité de l’armée. Selon son communiqué, les violations répétées chercheraient à fragiliser l’institution à la fois auprès de la population libanaise et devant la communauté internationale.
Cette accusation intervient dans un contexte où les autorités libanaises présentent le déploiement de l’armée comme l’un des principaux instruments de stabilisation du Sud. Tout échec de ce dispositif aurait donc des conséquences politiques dépassant largement les secteurs concernés.
L’armée cherche au contraire à démontrer, chiffres à l’appui, qu’elle a commencé à exécuter les tâches prévues. Elle met en avant les postes installés, les patrouilles, les saisies de matériel et les opérations menées auprès de la population.
L’accord-cadre toujours incomplet sur ses prochaines étapes
Le communiqué contient toutefois une précision importante sur l’état réel de l’accord du 26 juin. L’armée reconnaît que toutes les étapes concernant les zones pilotes et les phases ultérieures n’ont pas encore fait l’objet d’un accord complet.
Les unités libanaises ont donc commencé à appliquer leur propre plan opérationnel dans les secteurs convenus, en coordination avec le groupe de coordination militaire chargé du Liban. Mais la suite du dispositif reste dépendante de discussions supplémentaires.
Cette situation rend l’arrêt des attaques encore plus important du point de vue du commandement. Une nouvelle dégradation sécuritaire peut empêcher les militaires d’étendre leur présence à d’autres secteurs et retarder la définition des étapes suivantes.
Le communiqué du 9 septembre cherche ainsi à établir une équation claire : l’armée affirme être prête à assumer ses obligations, mais considère qu’elle ne peut pas achever sa mission si les opérations israéliennes se poursuivent.
Après trois jours d’escalade meurtrière autour de Nabatiyeh, le prochain test concernera donc la capacité des différents acteurs à préserver l’accalmie. L’armée libanaise estime que la poursuite de son déploiement dépend désormais directement de la fin des frappes, des destructions et des violations qu’elle attribue à Israël.



