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Liban : Israël à nouveau accusé pour le phosphore blanc

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Human Rights Watch remet en cause l’utilisation par Israël de munitions au phosphore blanc au Liban et souligne les risques juridiques liés à leur emploi dans des zones habitées. L’organisation de défense des droits humains estime que les récents usages de cette substance illustrent les insuffisances du droit international régissant les armes incendiaires. Mais au Liban, la controverse dépasse la question d’une future réglementation : Israël possède déjà un lourd précédent documenté. Human Rights Watch avait établi que des forces israéliennes avaient utilisé du phosphore blanc dans des zones résidentielles du sud du Liban, exposant illégalement des civils à de graves risques de brûlures, d’incendies et de dommages respiratoires.

Le phosphore blanc israélien de nouveau en cause au Liban

La nouvelle prise de position de Human Rights Watch intervient alors que l’utilisation de munitions au phosphore blanc par Israël est à nouveau signalée au Liban. Pour l’organisation, ces événements démontrent la nécessité de renforcer les règles internationales applicables à ce type d’armement.

Le problème juridique ne tient pas à une interdiction absolue du phosphore blanc. Cette substance peut être utilisée pour produire un écran de fumée, marquer une cible ou éclairer une zone. Son utilisation devient cependant extrêmement problématique lorsqu’elle intervient au-dessus ou à proximité de secteurs où se trouvent des civils.

Le phosphore blanc s’enflamme au contact de l’oxygène et peut atteindre une température d’environ 815 degrés Celsius. Ses fragments peuvent provoquer des brûlures profondes, atteindre les os et continuer à se consumer tant qu’ils restent exposés à l’air.

Dans une zone résidentielle, la dispersion de dizaines ou de centaines de fragments incandescents augmente considérablement le risque pour la population. Les bâtiments, cultures et autres matériaux inflammables peuvent également prendre feu, étendant les dommages bien au-delà du point initial d’impact.

Human Rights Watch avait déjà conclu à des usages illégaux

La question de la légalité de l’emploi israélien du phosphore blanc au Liban ne commence pas avec les événements récents. Human Rights Watch avait déjà enquêté sur plusieurs attaques israéliennes menées dans le sud du pays après le début des affrontements frontaliers en octobre 2023.

L’organisation avait conclu qu’Israël avait utilisé du phosphore blanc dans au moins 17 municipalités du sud du Libanentre octobre 2023 et juin 2024. Parmi elles, cinq localités avaient subi des explosions aériennes de munitions au-dessus de zones résidentielles peuplées.

HRW avait alors considéré que cette utilisation dans des secteurs habités exposait les civils à des risques injustifiés. L’organisation avait appelé Israël à cesser immédiatement l’emploi de phosphore blanc projeté par l’artillerie dans les zones peuplées.

L’ONG avait également conclu que l’utilisation de phosphore blanc dans certains villages ne respectait pas les obligations de précaution imposées aux belligérants. La présence de populations civiles rend particulièrement difficile l’utilisation d’une munition dont les fragments se dispersent sur une superficie importante.

Cette distinction est essentielle. Human Rights Watch ne soutient pas que toute utilisation de phosphore blanc est automatiquement interdite. Elle affirme que certaines utilisations israéliennes documentées au Liban étaient illégales en raison des circonstances dans lesquelles elles avaient été réalisées et des risques imposés aux civils.

Au moins 173 personnes avaient été touchées à Boustane

L’un des cas les plus importants documentés concerne le village de Boustane, dans le caza de Tyr. Une attaque israélienne au phosphore blanc menée le 15 octobre 2023 avait provoqué des effets sur une large partie de la population.

Selon les données recueillies par Human Rights Watch auprès des autorités locales, au moins 173 personnes avaient eu besoin de soins médicaux après l’exposition au phosphore blanc. Il s’agissait principalement de symptômes respiratoires liés à l’inhalation de fumée.

Les habitants avaient décrit une forte odeur et des difficultés à respirer après l’attaque. La fumée produite par le phosphore blanc peut irriter gravement les voies respiratoires, les yeux et les muqueuses.

Les dommages ne se limitaient donc pas aux personnes directement touchées par des fragments en combustion. L’utilisation de la substance dans ou à proximité d’un village peut affecter des habitants qui ne se trouvent pas au point d’impact.

Boustane constitue précisément le type de situation qui nourrit l’argument juridique de HRW. Lorsque des munitions produisant une dispersion importante de phosphore blanc sont employées dans un environnement civil, leur utilisateur doit prendre en compte la prévisibilité des dommages.

Dhayra, Aïta al-Chaab et d’autres villages documentés

Human Rights Watch avait également documenté l’utilisation de phosphore blanc à Dhayra, localité frontalière du caza de Tyr. L’organisation avait analysé des vidéos et recueilli des témoignages permettant d’identifier l’emploi de cette substance.

D’autres localités du sud du Liban avaient été concernées. L’enquête de HRW avait identifié des utilisations dans au moins 17 municipalités, dont plusieurs zones où les munitions avaient explosé en l’air au-dessus de secteurs résidentiels.

Cette méthode de dispersion est particulièrement dangereuse. Une munition au phosphore blanc qui explose en hauteur projette de nombreux fragments enflammés sur une zone étendue, plutôt que de concentrer ses effets sur un point précis.

Dans une zone ouverte et dépourvue de civils, cette caractéristique peut servir à produire rapidement un écran de fumée. Dans un village, elle transforme au contraire une large superficie en zone potentiellement dangereuse.

Human Rights Watch avait donc demandé aux forces israéliennes de privilégier des solutions alternatives ne présentant pas les mêmes risques. Les armées disposent notamment de munitions fumigènes ne contenant pas de phosphore blanc et permettant d’obtenir certains des mêmes effets tactiques.

Des terres agricoles également incendiées

Au Liban-Sud, l’utilisation du phosphore blanc pose également la question des dommages environnementaux et agricoles. Les fragments incandescents peuvent déclencher des incendies dans les champs, les oliveraies, les forêts et les zones de végétation sèche.

Ces destructions ont des conséquences économiques directes pour les villages frontaliers. Une grande partie de leur activité dépend de l’agriculture, notamment de la production d’olives, de tabac et d’autres cultures.

Les incendies peuvent aussi empêcher le retour des habitants après une attaque. Les munitions non entièrement consumées restent dangereuses, car le phosphore peut se rallumer lorsqu’il est de nouveau exposé à l’oxygène.

La contamination d’une zone impose donc des opérations de sécurisation avant le retour normal de la population. Dans un contexte de bombardements répétés, ces opérations deviennent plus difficiles pour les services de secours et les équipes spécialisées.

Les effets du phosphore blanc ne s’arrêtent ainsi pas nécessairement avec la fin du bombardement. Ils peuvent prolonger les risques pour les habitants et compliquer la remise en état des terres.

Pourquoi son utilisation peut être illégale

Le phosphore blanc occupe une situation particulière dans le droit des conflits armés. Il n’existe pas de traité international interdisant totalement la substance comme arme, contrairement aux armes chimiques ou à certaines autres catégories d’armement.

Son utilisation reste néanmoins soumise aux règles générales du droit international humanitaire. Les forces armées doivent distinguer les objectifs militaires des civils, éviter les attaques indiscriminées, respecter le principe de proportionnalité et prendre toutes les précautions possibles pour réduire les dommages infligés à la population.

Une arme n’a donc pas besoin d’être totalement interdite pour que son utilisation dans une situation précise soit illégale. Une munition autorisée peut être employée d’une manière contraire au droit international humanitaire.

C’est précisément sur ce terrain que Human Rights Watch critique Israël. L’organisation considère que l’utilisation de phosphore blanc projeté par artillerie dans des secteurs densément peuplés crée un risque de dommages civils tellement important que les forces israéliennes devraient renoncer à cette méthode.

HRW avait ainsi demandé à Israël d’interdire l’utilisation de munitions au phosphore blanc à explosion aérienne dans les zones habitées. Elle considère que l’existence de solutions fumigènes moins dangereuses renforce l’obligation de choisir les moyens permettant de réduire les risques pour les civils.

Une faille dans la Convention sur certaines armes classiques

La nouvelle intervention de Human Rights Watch insiste également sur une faille du droit international. Le Protocole III de la Convention sur certaines armes classiques réglemente l’utilisation des armes incendiaires, notamment dans les zones où se concentrent des civils.

Mais sa définition des armes incendiaires comporte une exception pour les munitions dont l’effet incendiaire est considéré comme secondaire. Le phosphore blanc utilisé officiellement pour créer de la fumée peut ainsi échapper à certaines restrictions spécifiques prévues par le protocole.

Cette distinction est contestée par Human Rights Watch. Pour une personne brûlée par du phosphore blanc, l’intention déclarée de produire un écran de fumée ne change pas les conséquences physiques de l’exposition.

L’organisation demande donc depuis plusieurs années que les États renforcent le Protocole III. Elle souhaite que les munitions au phosphore blanc soient soumises à des restrictions plus strictes lorsqu’elles produisent des effets incendiaires prévisibles.

La position défendue aujourd’hui repose précisément sur les usages constatés sur le terrain. Pour HRW, le Liban fournit un nouvel exemple des conséquences d’une réglementation qui ne couvre pas suffisamment certaines munitions incendiaires.

Israël invoque généralement l’usage fumigène

Israël a historiquement soutenu que ses munitions au phosphore blanc sont utilisées conformément au droit international, notamment pour produire des écrans de fumée. Cet usage permet de masquer les mouvements de soldats ou d’empêcher l’adversaire d’observer certaines positions.

Cette justification n’épuise cependant pas la question juridique. Même lorsqu’une munition poursuit un objectif militaire légitime, son emploi reste soumis aux règles de protection des civils.

Le lieu de l’attaque, la présence de populations, le mode de dispersion et l’existence d’alternatives moins dangereuses doivent notamment être pris en considération. C’est pourquoi HRW concentre ses critiques sur l’utilisation du phosphore blanc dans les zones résidentielles.

Les enquêtes menées au Liban ont utilisé plusieurs types d’éléments pour identifier ces munitions. L’organisation a analysé des photographies, des vidéos, des témoignages et, dans certains cas, les caractéristiques des projectiles retrouvés.

D’autres organisations internationales ont également documenté l’utilisation de phosphore blanc israélien au Liban depuis 2023. Ces constatations ont progressivement transformé ce qui pouvait initialement apparaître comme une série d’incidents isolés en une question récurrente de protection des civils.

Amnesty International avait évoqué un possible crime de guerre

Human Rights Watch n’est pas la seule organisation à avoir soulevé la question de la légalité. Amnesty International avait enquêté sur plusieurs attaques israéliennes au phosphore blanc dans le sud du Liban dès octobre 2023.

Dans le cas de Dhayra, Amnesty avait estimé qu’une attaque devait faire l’objet d’une enquête comme possible crime de guerre. L’organisation avait notamment relevé les dommages infligés à des civils et le contexte dans lequel les munitions avaient été utilisées.

La qualification de crime de guerre nécessite toutefois une analyse juridique et factuelle précise de chaque attaque. Il ne suffit pas d’établir la présence de phosphore blanc pour conclure automatiquement à un crime de guerre.

La répétition d’incidents documentés renforce néanmoins les appels à des enquêtes indépendantes. Elle pose aussi la question de la responsabilité des commandants ayant autorisé l’emploi de ces munitions dans des secteurs habités.

Le Liban demande depuis longtemps des comptes

Les autorités libanaises ont à plusieurs reprises dénoncé l’utilisation israélienne de phosphore blanc sur leur territoire. Beyrouth a également transmis des plaintes et des éléments aux instances internationales concernant les attaques menées dans le Sud.

Le sujet dépasse désormais les seuls dommages physiques immédiats. Les incendies, la contamination des terres et la destruction des moyens de subsistance ont des conséquences durables pour les communautés frontalières.

La reprise récente de l’utilisation de ces munitions intervient en outre dans un contexte de forte escalade israélienne dans le sud du Liban. Nabatiyeh et plusieurs localités environnantes ont subi ces derniers jours une série de frappes ayant provoqué des dizaines de morts et de blessés.

Cette concomitance renforce les inquiétudes sur la protection des civils. Elle intervient alors que les Nations unies appellent à un arrêt immédiat des hostilités et demandent à toutes les parties de respecter leurs obligations découlant du droit international humanitaire.

HRW veut transformer le précédent libanais en réforme internationale

Pour Human Rights Watch, les épisodes documentés au Liban montrent désormais les limites concrètes de la réglementation actuelle. L’organisation veut que les États comblent la faille permettant à certaines munitions au phosphore blanc d’échapper aux restrictions les plus sévères applicables aux armes incendiaires.

Mais cette demande de réforme ne modifie pas les obligations qui existent déjà. Même en l’absence d’une interdiction universelle du phosphore blanc, Israël reste tenu par les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution lorsqu’il mène des opérations militaires au Liban.

Les précédentes enquêtes de Human Rights Watch montrent que cette question n’est plus théorique. L’organisation a documenté des utilisations israéliennes dans au moins 17 municipalités libanaises et constaté des tirs au-dessus de secteurs résidentiels, avec des conséquences sanitaires importantes pour certaines populations.

La nouvelle utilisation signalée en 2026 ravive donc un dossier qui n’a jamais été refermé. Les prochaines vérifications devront établir précisément où ces munitions ont été employées, dans quelles conditions, quels dommages elles ont provoqués et si les circonstances de leur utilisation constituent de nouvelles violations du droit international humanitaire.

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