Capture d’écran 2015-07-09 à 11.38.57Le droit à manifester est un des droits inhérents aux Droits de l’Homme et est garanti dans la Constitution de tous les pays démocratiques. Démentir ce droit est une infraction à la démocratie, quelles que soient les opinions pour lesquelles les personnes désirent manifester.

Le problème actuel ainsi que l’appel à manifester, découlent tous deux, de problèmes plus fondamentaux: ceux d’une Constitution incapable de gérer les situations exceptionnelles auxquelles le Liban fait face, et par conséquent, une démonstration flagrante d’un système qui a ses limites.

Une manifestation est un appel à l’aide, un symptôme d’un désarroi et non une cause de trouble. C’est avant tout la cause qu’il s’agit de comprendre et de régler.

La cause est depuis longtemps identifiée: celle d’un système parlementaire sclérosé à plusieurs niveaux. Au niveau socio-économique tout d’abord, un système contrôlé par quelques familles – 15 familles pour être plus exact qui contrôlent 40% du PIB. Une profonde injustice et un déni du fonctionnement de l’ascenseur social qui poussent souvent des jeunes compétents à quitter le Liban.

Au niveau politique, nous ne pouvons pas dire que cela soit meilleur. Un système quasi-féodal, un Parlement qui auto-prolonge son mandat au mépris de la Constitution, qui vote ses propres lois électorales – dont découlent des cartes électorales détachées des réalités démographiques et conséquemment faussant les résultats de sa représentativité réelle – au lieu d’une consultation populaire, qui élit un président de la République et pose la question de la confiance au Premier ministre. Cette concentration des pouvoirs possède toutes les caractéristiques d’une dictature: il n’y a aucun mécanisme de recours à une consultation populaire sauf dans l’élection d’un nouveau parlement, ce qui est aujourd’hui démenti par celui-ci même sensé garantir la représentativité populaire.

Par conséquent, le Liban a innové: au lieu d’une dictature d’un seul homme comme c’est généralement le cas, on a la dictature d’un directoire composé d’intérêts politiques, économiques et religieux au lieu d’une représentation du peuple souverain. Ce même parlement a la charge d’élire un président de la République qu’on ne pourra pas dire représentatif du peuple libanais.

Nous avons donc face à nous, non pas un système qui marche, contrairement aux personnalités politiques qui dénient qu’il y a un problème et qui faille l’arranger, mais un système socio-politico-économique en faillite. Manifester est une chose plus « civilisée », plus démocratique et plus souhaitable, comme nous espérons tous, opposants ou partisans de ces manifestations, pour tout pays démocratique, que de recourir aux armes comme c’est généralement le cas dans nos régions dans un tel scénario. Il s’agit ici de montrer un désaccord, de demander et de négocier une solution, de réformer ce système et non de recourir à la violence. Espérons que les détracteurs à ce droit le plus fondamental ne commenceront pas à ce recours à la violence, il s’agit plus d’un bien que d’un mal – absolu si on en croit certains.

François el Bacha