Le ministère de l’économie a décidé de mandater le cabinet de conseil en stratégie McKinsey & Co. d’une mission de 6 mois au Liban pour la somme d’un million et demi de dollars dit-on. Il s’agira de mettre en place un plan de restructuration de l’économie libanaise accusée d’être trop dépendante du financement de la diaspora libanaise et des banques locales, a indiqué le ministre Raed Khoury. Dans le cadre de cette mission, les consultants pourront accéder aux ressources de plusieurs ministères et institutions économiques publiques.

L’approche du mandat de McKinsey pour conseiller les autorités libanaises et le ministère de l’économie concernant les propositions de conseil en Stratégie d’être doit être vu pour ce qu’il en est, c’est-à-dire un cache misère. N’existe-t-il a pas au sein du Ministère de l’économie ou de celui des finances ou des autres ministères des spécialistes des différentes problématiques auxquels ils font face? Si cela n’est pas le cas, il y a un problème de compétence et si cela est le cas, il y a un problème d’application de leurs conseils. Par rapport à cette réflexion déjà, on voit mal ce qu’un rapport d’une firme internationale peut réellement changer si la volonté politique par l’appliquer n’existe pas.

La dette publique libanaise en effet 150% par rapport au PIB – on s’attend à ce qu’elle atteigne 170% du PIB si rien n’est fait – et demeure l’une des plus élevées du Monde alors que l’économie est résiliante en raison d’un secteur bancaire dont les actifs servent en priorité à financer la dette publique et le secteur du BTP. Les réserves bancaires atteignent 43 milliards de dollars permettant à la Livre Libanaise d’être stable en dépit de la situation.

Paradoxalement, le Liban reste un pays qui continue à faire face à plusieurs défis, à savoir la lourde présence de réfugiés, qu’ils soient syriens ou palestiniens.

Les causes de cette déliquescence sont multiples.

Dans un contexte régional conflictuel, une erreur a été de mettre en place une politique économique touristique, de BTP ou de services ce qui est contraire à l’intérêt des investisseurs. On peut notamment citer l’impact de conflits comme la guerre civile, le conflit israélo-libanais de 2006 ou encore l’absurdité du financement des institutions publiques avec des taux d’intérêt élevés ou encore le manque de formulation de politique économique ou même l’absence d’un budget d’état depuis 12 ans, qui ont ouvert la voix à une absence de gouvernance publique, chose pour lesquelles, les différents responsables de l’état sont largement sur les bancs des accusés.

Cette absence de gouvernance, cette gestion à court terme des différents secteurs économiques a ouvert la voie à la crise par laquelle le Pays des Cèdres passe.

Nous avons assisté au cours des dernières années, à des scènes invraisemblables dans d’autres pays comme durant la fameuse crise des ordures ou différents responsables politiques se chamaillaient les uns avec les autres, sur un relent confessionnel, à savoir qu’aucune région libanaise ne souhaitait accueillir des déchets, chose pourtant nécessaire. Chose pour illustrer cette mauvaise gouvernance et ce traitement des problématiques à court terme, le fait aggravant du dysfonctionnement de nos institutions, qui au lieu de valoriser les déchets, ont fini par les jeter en mer au détriment des conventions internationales dont le Liban est pourtant signataire. Deux ans après cette crise, alors que le plan de 2015 arrive à échéance, aujourd’hui les autorités politiques fort occupées par ailleurs n’ont trouvé aucune solution alors qu’en deux ans, une filière industrielle de retraitement aurait pu être mise en place.

Aucune politique économique cohérente depuis 2000

Évoquant la cohérence de la politique économique, il faut être claire à ce sujet, il n’y en a pas. Le dernier plan économique général formulé en 1993 s’est achevé par une remise en cause générale en 2000 et pour cause. De nombreuses erreurs ont été commises. On peut citer des erreurs de jugement un peu trop « optimistes » notamment au niveau politiques, le pari d’une paix régionale démontre l’absence de plan B. De forts investissements sans retour sur investissement, le placement du Liban dans un secteur touristique « arabe » et le démantèlement voir l’absence de politique industrielle dont une des conséquences a été visible dans la crise des ordures, le recours à l’endettement public au lieu du financement de ces projets par la vente d’actifs de l’Etat comptent parmi les causes essentielles de la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Les conséquences de ce plan sont toujours visibles, avec d’une part le recours à l’endettement public pour financer les institutions, d’autre part le favoritisme affiché des institutions publiques aux secteurs financiers et notamment bancaire avec des taux d’intérêts élevés qui aggravent d’autant plus les déficits publics et pour le secteur du BTP qui est indirectement subventionné alors que la demande ne suit pas en raison du prix élevé de l’immobilier alors que le pouvoir d’achat de la population reste en-deça de ce qui lui ait possible de financer. Un autre pays dans une situation similaire serait déjà en crise économique.

La bulle économique n’a pour l’heure pas éclatée parce que tout simplement la situation politique et le contexte actuelle du Liban dans son environnement régional, avec les conflits qui ont amené à Paris II et Paris III, avec la présence de réfugiés syriens. Ces situations amènent certaines puissances régionales à soutenir le Liban d’une part et que les institutions financières locales sont amenées malgré elles à poursuivre cette politique de financement de l’état en dépit de toute logique pour éviter elles-même un crash ou elles seraient elles-même en danger existentiel.

Par ailleurs, la conséquence de ce plan Horizon 2000 a été celui d’une nécessaire politique d’austérité principalement mené par l’arrêt des principaux programmes d’investissement de l’Etat, l’essentiel du budget étant alloué au financement de la dette publique en lieu et place d’investissement plus « smarts » comme la réduction des coupures électriques, la mise en place d’infrastructure de communication modernes pouvant bénéficier à ce qu’on appelait alors la nouvelle économie.

Nous avons raté le coche de la révolution « internet » et de la « smart révolution » en investissant que trop tardivement dans des startups alors que nous disposions des moyens humains. Ces ressources humaines ont alors bénéficié à des pays étrangers au lieu de bénéficier à l’économie libanaise. Nous aurions pu avoir le prochain Facebook, nous en sommes toujours à s’extasier devant les blagues d’Abou Abbed.

Le cout du fonctionnement des administrations publiques

Le pendant économique certes est important mais également le pendant politique de l’application de l’accord de Taëf qui a sanctuarisé le fonctionnement confessionnel de l’administration de l’Etat en lieu et place des compétences. Ainsi, les différents ministères se sont transformés en strapontin politiques en lieu et des pugilats en conseil des ministres et place d’avoir des ministres compétents qui peuvent prendre des actes décisionnels et gouverner au sein de leurs ministères. Le confessionalisme politique et administratif coute chaque année  près de 3 milliards de dollars, selon une étude publiée en 2011.

À ce sujet, beaucoup d’études ont été déjà effectuées sur les différentes questions, à savoir comment rendre l’économie libanaise compétitive par rapport à l’économique mondiale et beaucoup de recommandations sont déjà restées lettres mortes. Cela est d’autant plus graves que certaines de ces études émanent déjà du Ministère de l’économie ou encore du Ministère des Réformes administratives et lesquelles n’ont pas nécessiter un tel contrat et un tel cout. D’autres recommandations émanant d’organismes internationaux comme le FMI ou la Banque Mondiale sont d’autant plus intéressantes que peu au Liban même les évoquent. Ce silence est d’autant plus coupable que certaines de ces études démontrent la nécessité de combattre certains de nos pêchés, comme la corruption. Une étude de la Banque Mondiale a, par exemple, démontré que le fait sortir une marchandise du Port de Beyrouth coute aussi cher que de l’acheminer depuis Marseille jusqu’au port de Beyrouth en raison de la corruption.

Évoquant entre autre la corruption, l’application de ces réformes s’avère d’autant plus difficile qu’il n’existe pas dans l’état actuel de la situation d’organisme de surveillance ou de tutelle comme un ministère des plans en charge de la mise en place d’un tel plan, ou encore l’absence en général de l’application des recommandations des rapports de la cour des comptes.

Des avantages compétitifs multiples

La situation géographique libanaise a été d’une manière historique, un avantage clé entre Orient et Occident, sur la route de la soie. Un retour à notre hinterland constitue aujourd’hui une opportunité qui ne doit pas nous échapper.

Le pari de la découverte et de l’exploitation de ressources fossiles reste pour le moment un scénario qui n’est pas confirmé même si de fortes présomptions existent.

Les vecteurs de réformes sont multiples

Il s’agit d’une part de faire avec ce qu’on a dans un premier temps, à savoir d’une part favoriser la croissance économique, d’autre part à restructurer non seulement l’économie mais aussi les institutions publiques pour diminuer les dépenses et augmenter l’efficacité des administrations.
Par ailleurs, une remise en question de la politique de non-arbitrage de l’état est nécessaire. L’état doit désormais favoriser des secteurs économiques essentiels par la mise en place d’une politique, chose qu’il n’a pas fait depuis 2000. Nous ne pouvons pas poursuivre à favoriser certains projets immobiliers quand ces derniers ont des couts équivalents à une centrale électrique dont nous avons cruellement besoin à tous les niveaux.
Au nom d’une politique de non arbitrage, l’État a, par exemple, favorisé le secteur du BTP sur le secteur touristique, avec la destruction du Patrimoine comme ce fut le cas pour le port phénicien de Minet el Hosn. Ce patrimoine constitue pourtant un des éléments pour favoriser le secteur touristique.

La hausse des salaires également décidée par les autorités politiques précédentes a été une erreur favorisant et aggravant les déficits publics, une erreur d’autant plus grave qu’une autre politique pour favoriser le pouvoir d’achat aurait pu être mise en place si toutefois le courage politique existait.

Une des pistes préconisée par les institutions internationales, à savoir le FMI et la Banque Mondiale, pour favoriser le pouvoir d’achat est l’abolition des agences exclusives. Dans un pays importateur net, une grande partie des importations est contrôlé par une dizaine de sociétés dont les marges de profit vont jusqu’à 30%.

Abolir ce cartel économique, outre le fait que cela permettrait au Liban d’intégrer l’Organisation du Commerce Mondial et donc déjà favoriser l’intégration du Pays des Cèdres à une économie mondiale, redynamiserait notre économie notamment en permettant une diminution des prix des produits de consommation et une augmentation des investissements privés en favorisant un environnement plus concurrentiel. Des estimations font d’ailleurs état d’une possible augmentation du PIB de 2.5% dès la première année si une telle mesure se trouve être adoptée.

La lutte généralisée contre la corruption et le confessionalisme administratif

Lutter contre la corruption dans la situation actuelle est nettoyer les écuries d’Augeas. Ce n’est pas la petite corruption qui est la pire mais la corruption des responsables et notamment les responsables politiques. On fait état aussi de personnels fictifs au sein des administrations publiques. Pour ce qui est simplement le port de Beyrouth, certaines personnes font état de jusqu’à 3 milliards de dollars de revenus normalement destinés à l’état qui sont détournés.

L’arrêt du confessionalisme politique comme principal vecteur du dégraissage de la fonction politique. Certaines études ont déjà démontrées que 16% des fonctionnaires de l’état sont excédentaires, ce qui correspond à des dépenses de près de 400 millions de dollars. L’arrêt des ingérences politiciennes ou communautaires est tout autant nécessaire que la lutte contre la corruption.

Une transparence dans les statistiques publiques

Un des vecteurs essentiels pour fonder une entreprise est de connaitre la taille du marché auquel on s’attaque et d’un ensemble de données. Ce genre de transparence au Liban n’est malheureusement pas disponible.

Une politique d’infrastructure à mettre en place

Une véritable politique d’infrastructure doit être mise en place. Le coût des embouteillages atteindrait entre 1.5 milliards de dollars au minimum à 3 milliards de dollars en terme d’impact sur le PIB.
Il faut potentialiser les infrastructures déjà en place.

Le secteur électrique est crucial. L’évocation d’une privatisation de l’EDL par compartiment de distribution ne sert à rien tant que la production toujours au main de l’état n’arrive pas à suivre. Une politique doit être menée  différente.

D’autre part, une réforme de l’accès aux télécommunications doit être mené, avec augmentation voir abolition des limitations de bande passante, diminution des coûts et mise au niveau du réseau de télécommunication et de distribution d’internet.

La formation d’une nouvelle politique économique avec l’identification des secteurs d’avenir

La formulation d’une politique économique doit prendre en compte, le retour du Liban dans son environnement économique régional. Nous devons arrêter d’être dépendant des économies du Golfe et se réapproprier ce savoir-faire que nous avons exporté.

Par ailleurs, l’état doit prendre en considération les erreurs qu’il a précédemment commis notamment dans la gestion de certains secteurs d’activité comme le BTP. L’économie libanaise se doit d’être diversifiée et indépendante de facteurs qui peuvent lui être nocifs comme une trop grande dépendance à des secteurs sensibles aux crises notamment régionales.

Le principal défi reste donc celui des ressources qu’elles soient humaines et énergétiques. La puissance d’une nation s’est toujours faite sur ces 2 volets, avec des moyens humains disponibles et l’accès à des ressources énergétiques à bas cout. Le Liban dispose de nombreux établissements éducatifs de premiers plans sur la région dont il ne bénéficie pourtant guère. Il faut désormais rapatrier ce savoir-faire utilisé par d’autres pays et d’autres économies. L’acquisition et l’exploitation de ressources pétrolières et gazières pourrait être le deuxième volet de ce plan avec la mise en place de nouvelles industries et le fait de générer de l’énergie à bas cout. On peut penser notamment que la production électrique pourrait stimuler l’émergence de data centers au Liban et de tout un secteur qui lui ait lié.

En conclusion, un rapport qui finira aux oubliettes comme les autres …

Ce qu’on peut conclure des pratiques actuelles est que la situation est due à des problèmes multiples certes, mais déjà identités et déjà quantifiés par diverses études déjà effectuées.

Si on en était arrivé là, il convenait d’identifier une stratégie pour juguler les différentes politiques néfastes qu’ont mené les autorités libanaises et aussi les effets d’une situation régionale grave.

Il convenait aussi de potentialiser les avantages compétitifs que possède ce pays et non de les dilapider ou de les détourner.

Une étude supplémentaire à ce sujet n’a qu’une validité relative parce que l’inventaire situationnel est déjà effectué et les plans de réformes administratifs sont déjà sur la table. Quant aux réformes des différents secteurs économiques, elles inapplicables faute que nos dirigeants politiques veuillent bien les appliquer: Cela est tout simplement contraire à leurs intérêts qu’ils soient financiers, communautaires ou autre.

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