Opinion : De ma « Terre d’accueil » à mon « Pays message »

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État d’urgence en France …
Le quatrième depuis bien longtemps …
La France réagit enfin..
Il a fallu secouer Paris pour que La France puisse prendre conscience et mesurer le poids du danger qui sévit en son cœur …
Mais enfin, elle réagit !
Loin de tout racisme, il est temps de faire la différence entre nos droits citoyens français et les autres droits qu’on donne sous prétexte de citoyenneté, de laïcité et de pays d’accueil.
Je tiens à ce que Ma France reste ce qu’elle était en tant que pays ouvert, terre d’accueil… Mais cette terre d’accueil doit aussi se préserver pour rester ce  qu’elle est.
Je viens d’un « Pays message » où la haine du confessionnalisme et du communautarisme et des clivages politiques a eu mon de mon pays… Et je mesure plus que quiconque le danger de cet engrenage …

Du « pays message » à la  » terre d’accueil », j’écris avec une plume traumatisée mais qui a appris avec le temps de se maîtriser, car j’ai trouvé confiance et asile morale en cette « terre d’accueil « .
Secouer la France, c’est secouer cette part de stabilité que j’avais réussi à trouver en faisant ma vie hors frontières natales…
Le Liban vit en moi, comme une blessure soignée par le temps parisien, mes années de survie à Paris… Paris m’a façonnée à son image ; Paris a redessiné le sourire sur mon visage ; Paris m’a sculptée ; Paris à fait de moi, la femme que je suis aujourd’hui. Paris m’a fait pousser des ailes faisant de mes blessures beyrouthines un envol vers un autre avenir …
Quand mon pays natal en son cœur est secoué, c’est dans ma terre d’accueil que je sens les vibrations du mal qui m’arrache de mon quotidien et me font craindre le pire… Alors je m’isole le temps que la douleur passe :  je suis en terre d’accueil… Et ce n’est rien d’être en France, à Paris…
Toute la confiance y est …
Donc je continue d’y croire et j’avance portant toujours en mon cœur, ce mal et cette envie pour un Liban meilleur …
Paris, me donne des ailes, et stabilise mon cœur …
Mais quand Paris est secoué,
C’est une gifle qui réveille.

J’ai mis du temps hier pour réaliser l’ampleur du choc …
Tel un refus de ma part d’admettre cette attaque au cœur parisien …le chant des sirènes bleues m’a bercée progressivement dans la prise de conscience de cette tragédie qui a frappé le cœur parisien.
Mon cœur est parisien aussi. Et je sens cette attaque au plus profond de mon cœur
Car elle réveille mes douleurs …
Je me vois encore à cette soirée d’hier au Sénat et les derniers mots que j’ai dits publiquement « entente et consentement »… Je le souviens avoir espéré aussi un président au pays du Cèdre …
Puis le mot de clôture de la sénatrice, avec ses mots de vigilance et ses conseils à prendre en sortant, en évitant les quartiers parisiens …
Puis, autour de moi le réflexe libanais de mes compatriotes ayant tous vécus comme moi, la guerre du Liban… !!!
Tous, sans exception, le réflexe de survie et d’organisation…
L’union, l’entraide, pour mieux y faire face… Des papas inquiets pour leurs enfants et des enfants à l’autre bout du téléphone insouciants… Ils n’ont jamais vécu cela, comment des jeunes en fleur de l’âge, pourraient imaginer une telle horreur …?
Des amis qui s’enquièrent des autres, les accompagner ou autres…
Des amis qui appellent, qui s’assurent qu’on est bien, tous bien !
Le réflexe des survivants à une guerre fatale qui continue à sévir dans mon pays natal …
Nous voilà en « terre d’accueil » avec cette douleur et cette crainte de revivre ce que nous avons vécu (et mes compatriotes continuent à le vivre).
Le drame libanais fut pour nous, survivants, une école. Une école de la vie, dont la France, au nom de sa liberté, égalité, fraternité, nous a permis de reprendre notre envol…

Je mesure d’ores et déjà les conséquences d’un tel choc et je reste confiante en ma France.
L’Etat d’urgence !
C’est ce qui a manqué à mon pays natal …
L’Etat d’Urgence…
Deux mots qui me font prendre conscience que la France  est grande par son histoire et ses décisions …
C’est l’annonce de cet « état d’urgence » en terre d’accueil, qui me renvoie, ce  matin, au réveil, vers mon « pays message » …
N’y aurait-il pas besoin de déclarer l’état d’urgence comme ultime message à toutes les consciences de mon « Pays message » ?
Tel un vase communiquant, en moi, la franco-libanaise, survivent deux âmes en une … La Beyrouthine et la Parisienne.
De ma « Terre d’accueil », de ma France, à ma terre natale, « Pays message », le Liban, j’adresse mes sentiments les plus sincères à toutes les victimes en espérant que mon « Pays message » puisse comprendre la réactivité dans ma « Terre d’accueil » :
l’état d’urgence !!

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Jinane Chaker Sultani Milelli
Jinane Chaker-Sultani Milelli est une éditrice et auteur franco-libanaise. Née à Beyrouth, Jinane Chaker-Sultani Milelli a fait ses études supérieures en France. Sociologue de formation [pédagogie et sciences de l’éducation] et titulaire d’un doctorat PHD [janvier 1990], en Anthropologie, Ethnologie politique et Sciences des Religions, elle s’oriente vers le management stratégique des ressources humaines [diplôme d’ingénieur et doctorat 3e cycle en 1994] puis s’affirme dans la méthodologie de prise de décision en management par construction de projet [1998].