Étienne Chouard. Source Photo: Wikipedia
Étienne Chouard. Source Photo: Wikipedia

La conception du Citoyen Constituant associée à la revendication du RIC est devenue, avec la dynamique du mouvement des Gilets jaunes et de l’intelligence collective qu’il produit, certainement le fondement subversif majeur pour mettre en cause les privilèges liés au pouvoir des oligarchies qui nous gouvernent et redonner force et renouveau à la démocratie, y compris dans ses formes représentatives.

Au delà des revendications strictement matérielles sur lesquelles elle s’est empressée de lâcher dix milliards d’euros dès la troisième semaine de mobilisation des Gilets jaunes, l’oligarchie a mesuré très vite le danger vital que représentent le principe du Citoyen Constituant associé au RIC.

Ce ciel qui nous tombe sur la tête

Au delà de la posture feinte du « on ne comprend pas ce que veulent les Gilets jaunes », cette oligarchie dit surtout combien elle est abasourdie et totalement paniquée par ces exigences. Car c’est bien le ciel qui lui tombe sur la tête. À en perdre l’entendement, à ne plus rien y comprendre justement ! À l’instar d’Harpagon qui s’affole en vociférant « ma cassette, je veux ma cassette! », l’oligarchie cauchemarde « mes privilèges, je veux mes privilèges ! ».

Sa technique bien rodée de disqualification par l’opprobre qu’elle applique sur son nouvel ennemi que représente le mouvement des Gilets jaunes avec ses habituelles accusations d’antisémitisme, homophobie, complotisme…  s’est rapidement orientée vers la mise en exergue de certains événements puis, de plus en plus, sur une personne qui travaille depuis quelques années sur le principe même du Citoyen Constituant et de la nécessité du référendum d’initiative populaire et que viennent de s’approprier les Gilets jaunes, en remplaçant « populaire » par « citoyenne », le RIP devenant alors le RIC, lui donnant ainsi une dimension de responsabilité et d’engagement constructif. Cette conjonction entre l’élaboration d’une personne, Étienne Chouard, et  l’adhésion d’un mouvement populaire aussi large que puissant à ses idées, est le lien nodal de son caractère massivement subversif et dévastateur contre ce qui fonde la stabilité et les privilèges de cette oligarchie si bien cocoonée dans ses Institutions. Je dis bien « ses Institutions » puisqu’elle se les est totalement appropriées, pour ne pas dire privatisées.

Détruire Étienne Chouard...

Il ne s’agit plus dès lors de se disperser à rechercher des événements à mettre en exergue pour disqualifier le mouvement des Gilets jaunes, mais de rompre ses liens avec Étienne Chouard en disqualifiant ce dernier, voire en le détruisant humainement.

On va dorénavant d’une part ignorer les Gilets jaunes, les user par la violence policière, juridique, financière, d’autre part détruire la personne d’Étienne Chouard. En détruisant le symbole, l’oligarchie pense ainsi désarticuler la matrice qui porte la force subversive du mouvement, le reste se noyant dès lors en de simples revendications matérielles canalisables par le système.

…en une partition bien comprise ?

La gauche institutionnelle, modérée comme radicale, est totalement soumise et se met aux ordres dès qu’on lui donne de l’antisémitisme à ronger. L’oligarchie ne va plus centrer son énergie à traiter le mouvement des Gilets jaunes d’antisémite, homophobe et autres noms d’oiseaux. Je vous laisse votre bébé à panser ses plaies ( et vous avez du pain sur la planche, on vous le garantit), mais nous voulons la peau d’Étienne Chouard. Le marché n’a pas besoin d’être nommé ni explicité. Entre gens intelligents et bien élevés, partageant les mêmes institutions, on sait se comprendre, on en maîtrise les codes. Et que chacun reste  logique jusqu’au bout avec ses propres « valeurs » bien sûr. Il suffit juste de laisser la gauche se draper dans sa « pureté » . Et elle, institutionnelle et responsable, de se sentir alors toute propre et à l’aise dans ses baskets, même si on peut penser que certains puissent ressentir quelques malaise, voire supporter un peu d’insomnie.

Un procès soft et en douceur… mais si bien stalinien

Ce qui se met en place, ce ne sont plus des accusations à gauche à droite, c’est un vrai travail de fond qui se met en œuvre et s’exprime, dans sa partie émergée, en un procès, stalinien, en deux scènes parallèles. Avec une scène qui se joue autour de l’interrogatoire soutenu face au flic gentil et au flic méchant, l’autre scène avec une autre personne qui se veut bienveillante qui va materner ce cher Étienne avec du « je sais bien que tu n’es pas antisémite, mais… » et qui, d’acte en acte, se donne pour objectif de se le mettre dans la poche. Viens, mon grand, que je te malaxe et te refaçonne à ma sauce…

Il est fort à parier qu’Étienne Chouard est aujourd’hui mal en point et use d’antidépresseurs pour surnager. S’il ne finit pas un jour par sombrer, par la grâce d’un maternage aussi efficace que soutenu, dans un état d’abrutissement délabré de type zombie, similaire à celui du chanteur Renaud.

Nos chers dirigeants de la gauche institutionnelle, y compris celle qui se prétend radicale, devraient revoir le film l’Aveu ou relire Jack London, bien au chaud dans leur canapé. Bien des progrès ont été réalisés depuis cette époque en terme d’efficacité et d’intériorisation légitime et auto-satisfaite, genre soft bien sûr.

C’est si facile d’user une personne, lui faire perdre pied avec des techniques bien rodées, surtout avec le chantage ambiant et bien intériorisé auquel on s’est massivement soumis.

Si les Africains avaient éduqué leurs enfants depuis des générations avec l’idée que les blancs sont par nature racistes, colonialistes et esclavagistes, élaboré des techniques de procès où chaque blanc ciblé à un moment ou un autre pour exiger de lui systématiquement qu’il prouve qu’il n’est pas raciste, colonialiste et esclavagiste, ce dernier se rendrait très vite compte combien ce genre de procès est biaisé, malhonnête et dévastateur. Mais combien il est facile d’être sur le banc des procureurs !

Derrière les bons sentiments, des méthodes infectes et contre productives

Il est temps d’en finir avec les procès staliniens, soft et à la sauce moderne, et il est temps d’en finir avec ce chantage infect à l’antisémitisme qui ne font que gangrener  la gauche et armer la droite et l’extrême droite ! À ce compte, nous ne sommes que leurs pantins, eux-mêmes n’étant que le pantin de quelques autres…

Le racisme, l’antisémitisme, la haine, ou autres sentiments plus ou moins avouables et plus que moins détestables existent peu ou prou chez la totalité du genre humain. Avec des hauts et des bas, à différents niveaux selon les périodes et époques, selon les épreuves traversées chez les uns et les autres. Combattre ces sentiments et plus particulièrement les politiques qu’ils peuvent générer est légitime et nécessaire. En profiter pour faire le procès d’individus qui gênent un pouvoir par une idée quelconque, en leur prêtant des sentiments, sous quelque prétexte que ce soit, pour les disqualifier, déshonore ce combat et finit par le rendre totalement contre-productif. Leur chercher systématiquement la petite bête (avec l’obsession que le pou est bien caché quelque part et qu’il suffit juste de le trouver) par différents stratagèmes est abject et nourrit le ressentiment de ceux qui se reconnaissent dans ces personnes ainsi soumises à procès. Ceux qui ont intérêt à la propagation de ces ressentiments le savent pertinemment. C’est leur but. Et de vous sentir un peu sale quelque part, vous collaborerez plus facilement la prochaine fois. À continuer d’agir ainsi, nous nous mettons simplement à leur service et consolidons les Institutions que nous prétendons combattre.

Scandre Hachem

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