Bénévoles de l'équipe Salam wa Takwa à Tripoli. Image tirée de la page officielle du mouvement Salam Wa Takwa sur Facebook
Bénévoles de l’équipe Salam wa Takwa à Tripoli. Image tirée de la page officielle du mouvement Salam Wa Takwa sur Facebook

Paix et Piété, tel est le slogan choisi par ces jeunes tripolitains pour le lancement d’une campagne tout à fait spontanée de secours aux victimes des explosions de Tripoli. A peine quelques heures après la double explosion qui a eu lieu à Tripoli le vendredi 23 août dernier, devant deux mosquées de la ville, un groupe de jeunes se sont donnés le mot, ou  presque, naturellement pour venir en aide à leurs amis, leurs proches, des passants innocents  des enfants, des vendeurs ambulants ou des dévots venus faire la prière du vendredi.

Il faut dire que la cause était de taille. Deux énormes explosions ont été entendues aux deux extrémités nord et sud de la ville, des nuages de fumées et d’énormes flammes montaient jusqu’au ciel. Abasourdis,- mais presque sans surprise car on parlait de dangers imminents depuis longtemps dans la ville-, les gens ont accouru pour s’enquérir de la nouvelle. Ce qu’ils ont vu est à peine croyable. A première vue, ils se sont crus dans un des ces cauchemars qui hantent leurs nuits ou ces films d’horreurs qu’ils regardent avec engouement. Des extrémités ici et là, de la chair ensanglantée, ou calcinée qui jonchaient le sol, des tableaux apocalyptiques exactement comme ceux qu’ils voient dans ces films américains qui annoncent la fin du monde. Mais cette fois c’était différent, ils en sont les héros, et leurs proches, sont ces martyrs inanimés qui baignent dans leurs sangs sans personne pour les ressusciter ou pire, personne pour les secourir.  On appelle au secours, les secours n’arrivent pas, c’est que la ville ne dispose d’aucune structure d’urgences. On fait alors avec les moyens du bord. Les voitures s’arrêtent spontanément, on y dispose les blessés graves et elles essaient de se frayer un chemin  parmi les voitures qui brûlent, jusqu’à l’hôpital le plus proche. Des dizaines d’appartements brûlent autour on ne sait pas si les habitants sont à l’intérieur. On monte pour voir, en s’équipant de quelques tuyaux d’arrosages et des sceaux d’eau pour tenter de les secourir. C’est la panique totale, car rien ne dit que d’autres explosions ne les guettent. Mais en fougueux héros, ils se lancent car ils n’ont pas le choix. La ville toute entière se mobilise, et on finit par décompter les morts et les blessés. Le bilan est lourd, très lourd, une cinquantaine de morts et des centaines de blessés, sans parler des dégâts matériels considérables qui viennent alourdir considérablement le déficit de la ville la plus pauvre du pourtour méditerranéen. La charge était importante, car il fallait exterminer ces affreux « infidèles » et détruire leur ville rebelle.

Les citoyens de la ville ne comprennent pas .  Qu’ont-ils fait pour mériter tout ça ? Pourquoi tant de haine ? Mais ils n’ont pas de temps à perdre, ils se remettent au travail. Toujours aussi spontanément En cheville ouvrière et en moins de vingt quatre heures, des jeunes, des parents accompagnés de leurs enfants  s’affairent pour refaire la ville. Ils nettoient les rues, désencombrent les mosquées, balaient les appartements et soutiennent les victimes. Un élan de solidarité inimaginable jaillit.de ces cœurs meurtris par tant de violence et par l’incompréhension de cette nouvelle injustice. Le sort s’acharne décidément sur cette ville. Comme si les combats quasi-journaliers, la crise économique, sociale et démographique ne suffisaient pas.  Ils refusent la défaite. Ils se donnent le mot, la ville de Tripoli ne doit pas mourir. Demain nous enterrerons nos martyrs, se disent-ils,  et nous reconstruirons ce qui a été détruit, car notre ville ne doit pas mourir. Ils se donnent le mot, nous sommes tous, Paix et nous sommes tous Piété. Une campagne naît alors…. Elle est baptisée « Paix et Piété », en hommage aux martyrs de Tripoli qui ont trouvé la mort dans les deux mosquées de la ville : la mosquée de la Paix et la mosquée de la Piété. Les réseaux sociaux se chargent de slogans des quatre coins du monde : Nous sommes tous « Paix et Piété ».

Quel symbole plus fort ??? Quel sort a voulu que ces lieux soient en tout point des symboles et des messages des habitants de la ville. La ville de Tripoli dont la société civile ne rêve que de paix et dont la particularité est avant tout la piété. Tripoli, cette ville qui a toujours été le fief  d’un islam tolérant.et convivial. Celle dont les habitants des différentes confessions vivent dans une harmonie et un respect exemplaires. Cette ville qui est forte de ce pluralisme et du sens du partage et de la générosité. Le sort a voulu que ces martyrs laissent gravés par leur sang innocent des lettres qui résument leur volonté. Tripoli est et restera la ville de la « Paix et de la Piété ». Salam wa Taqua, ou Salam li taqwa, la paix pour la force.

Je rends hommage à tous les martyrs du monde et ils sont malheureusement .nombreux.

A cette société civile, qui a montré encore une fois, une grande maturité, une dignité infinie et une preuve d’amour incontestable, je tire mon chapeau !!!!

Par Joumana Chahal Timery
Libnanews