Pour qui suit les déclarations quotidiennes d’actuels et anciens parlementaires, de ministres qui ne sont plus en fonction, et des chefs de partis et groupes parlementaires, syndicalistes, chroniqueurs, activistes et medias de tous bords…un dangereux constat s’impose. Le discours public sur la crise économique et financière occulte, à quelques exceptions près, toute dimension économique ou financière en rapport aux moyens de sortie de la crise.

On adore parler de politique régionale et d’axes stratégiques; d’Américains interdisant l’entrée du billet vert, d’Iraniens envoyant des dollars en fin de mois ou des effets amplifiés des trafics illicites à nos frontières avec la Syrie, pourtant entretenus depuis les années 50.  Un parlementaire demande même au gouvernement d’ordonner aux banques de rembourser tous les déposants; d’autres voix tout aussi ignorantes exigent de subventionner les écoles privées ou d’accélérer la mise en place du tunnel Hammana – Chtaura ou de réduire le prix des billets d’avions; sans oublier la fameuse demande du vice-président de l’Assemblée de traduire en justice les “technocrates et conseillers”. D’autres, pourtant à la tête du pouvoir exécutif il n’y a pas si longtemps, nous abreuvent de diagnostics simplistes du genre ” la situation est dramatique ” ou ” la famine est au portes” avec de cyniques conseils quant à l’utilité des réformes et l’urgence de combattre la corruption.

Pas un mot ou une référence précise où chiffrée quant aux options de sortie de crise. Ou sont ceux et celles dans la sphère publique capables de poser des lectures sensées ? D’oser poser des questions au risque d’afficher leur ignorance ? N’est-il pas urgent de susciter un débat technique et sain sur un sujet qui va affecter le quotidien des Libanais sur plusieurs années ? 

On sent bien que l’oligarchie politico financière mène son propre combat contre la feuille de route du Cabinet Diab mais cette dernière représente t’elle tous les acteurs sur la scène locale ? On sent bien aussi que le Gouvernement n’a pas su, ou voulu, expliquer et défendre son courageux diagnostic de situation et son plan de sortie de crise. Les Libanais encourent de ce fait un déficit d’information qui les rend encore plus otages de la crise parce que multiplicateur d’angoisses et de polémiques exclusivement stériles. Il aura fallu quelques mois, depuis les années 2000, pour diagnostiquer, débattre et mettre en place des solutions aux crises subies par la Grèce, la Turquie ou le Brésil avec le concours de toutes les forces vives de ces trois pays. Ces discussions ont envahi le paysage public de ces trois pays. Il n’en est pas de même chez nous.

Il y a danger qu’un débat profond et sain ne puisse avoir lieu ; il dérangerait tous les populistes qui seraient déboulonnés par une transparence retrouvée. 
Envisager le futur de manière rationnelle et transparente ne doit pas être un interdit illustrant la passivité de tous les acteurs politiques, des activistes du 17 Octobre, des medias, des organismes économiques et des syndicats.

Nos concitoyens ne doivent plus être ballottés entre le déni et le catastrophisme du fait de la désinformation, de la superficialité du discours public et de l’ignorance souvent affichée des leaders d’opinion.

Il faut mettre fin à cette nouvelle insulte que nous subissons et qui empêche de comprendre l’étendue de la crise, d’en cerner les effets et de nous préparer surtout à l’affronter dans les meilleures conditions possibles ; cette crise nous en sommes tous acteurs, victimes et instruments qu’elle que soit notre affiliation politique, appartenance sectaire ou situation financière.

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