Vieillesse prématurée au Liban

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« Le but ultime après tout n’est pas une bonne santé mais une belle vie, jusqu’au bout ». (1)

Le libanais croit posséder le luxe de ne devoir assumer ses devoirs et ses obligations et de vivre ainsi au rythme de ses engouements ponctuels et des dénis continus. Cet étrange individu se veut quand même « citoyen » de son pays.

Il se distingue pourtant de toutes les formes de citoyenneté reconnues dans le monde. Il va reconnaître la légitimité de ses besoins à chaque débordement d’abus et par intermittence. Il va pointer et critiquer ses exploitateurs mais les tolérer. Il défend tacitement ou ouvertement des représentants de noms et des acteurs de série C qui jouent à paraître en « politiciens » sans avoir pratiqué la démocratie !
Il permet un demi siècle durant à des personnes aberrantes et non-crédibles de prendre en charge ses propres responsabilités. Il persiste à définir cette paradoxale indépendance qui consiste à laisser à tout autre la prise en charge d’un précieux et irréversible quotidien.

Les convenances religieuses et confessionnelles sont justement et fièrement clamées. Néanmoins, elles demeurent un facteur supplémentaire de dépendance que de nombreux libanais associent à l’inexorable fatalité des faits et des événements. Le tranquille abandon émanant de la foi va souvent confiner l’espérance et le désespoir à la résignation. Tant de facteurs et de rituels basés sur l’obsession des apparences et du relâchement des prises en charges ralentissent considérablement l’apprentissage. Il représente la qualité vitale et intrinsèque des dimensions cognitives, affectives et sociales.

La neuroplasticité est une disposition naturelle du cerveau pour revitaliser ses dispositions mentales et affectives. Par l’effort de construire des aménagements et le plaisir de récolter des satisfactions on répond aux incertitudes, aux ratages, aux peurs, aux angoisses, aux déprimes et à bien d’autres coincements.
Cependant, pour soigner les troubles psychologiques du vieillissement, il est nécessaire de s’appuier sur les dispositions d’indépendance et la participation du patient afin de pouvoir soutenir sa dynamique d’éveil et répondre à ses troubles divers.
Les prédispositions particulières au laisser faire augmentent les dépendances multiples et favorisent le relâchement de la tonicité du cerveau, la tendance au vieillissement prématuré et la prise en charge précoce par d’autres personnes.
La génération des 50-70 ans est particulièrement concernée. Elle implique des âges où pointent généralement les premiers signes de la confusion mentale. Celà correspond aux personnes qui ont connu le Liban d’antan, ses guerres civiles, et l’enchainement des crises sans fin.

Les confusions, les oublis répétés et les coupures mnémoniques font déjà partie des interruptions de la dynamique de vie pour de nombreux libanais qui sont déjà déboussolés et abandonnés aux chaos géopolitiques de leur pays et de la région. Leurs vécus reflètent ainsi la prédominance des habitudes de distanciation, d’impuissance, d’isolement et de culpabilité. Les mécanismes de la mémoire active sont déjà coincés entre la maintenance du passé et l’inaction au présent.

Depuis l’indépendance nationale dans les textes, l’inexistance d’une large citoyenneté va favoriser la régression des actions progressives et la baisse des mécanismes évolutifs et créatifs.
En perpétuelle stagnation du point de vue formel et politique, à l’instar de la constitution et des « politiques » du pays, le libanais fait taire insensiblement ses problèmes de mémoire qui indiquent en lui ce désagrément profond de se faire face!

(1) Atul Gawande.

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