Crédit Photo : Nadim Asfar / Traitement photo : Haytham Daezly

Parmi les chanteurs moyen-orientaux, Yasmine Hamdan, d’origine libanaise représente un univers intéressant évoquant le thème de la corruption dans sa chanson Balad dont le clip est visible sur sa page officielle Youtube. Réalisé par le cinéaste palestinien Elia Suleiman, ce titre qui figure sur son deuxième opus solo « Al Jamilat », politique mais étonnant aussi. Un album qui demeure le fruit de voyages et de rencontres, avec les influences des poèmes de Mahmoud Darwich.

Plus de vingt ans après la fin de la guerre civile, et malgré les lois existantes pour lutter contre la corruption, le Liban ne semble pas être le bon exemple pour accéder à un changement urgent. Il est désormais important d’appliquer une loi pour cesser la corruption et créer une commission sur la transparence financière de la vie politique au Liban. Le problème majeur du pays est celui de la corruption dans presque tous les secteurs de la société : électricité, éducation, transport, construction… Cela dit, pour que tout cela se mette en place, il faut un changement de culture politique. Les élus ne sont pas tous corrompus bien sûr, mais ils ont beaucoup de mal à adopter des règles pour eux-mêmes.

C’est à travers les réseaux socionumériques que les artistes « engagés » utilisent le discours du changement dans leurs pratiques artistiques pour partager leur art. Les citoyens doivent s’emparer de ce sujet. Dans ce sens, les mouvements citoyens libanais utilisent les réseaux socionumériques comme moyens d’action pour agir et dépasser virtuellement les tabous, et lutter contre la corruption, dans le contexte actuel où la société libanaise connaît une période de grande transformation avec l’afflux de migrants syriens. Nous cherchons à identifier les facteurs et les processus de ces mouvements et leurs effets sur les rapports entre les gouvernements et la population, ainsi que sur les décisions des gouvernements.

 « Le potentiel de ce cybermouvement pourrait être un outil efficace de mobilisation et de participation citoyenne libanaise, ainsi qu’une amélioration sensible des interactions gouvernement/citoyens contre la corruption. Des recherches démontrent que les outils d’Internet jouent un rôle dans le développement d’une information citoyenne et dans la conception des pratiques de mobilisations sociales, que ce soit pour améliorer les conditions de vie des gens pauvres, pour organiser des campagnes de justice sociale et des activités de réflexion collective ou pour appuyer des projets sociaux et culturels émancipateurs et rassembleurs  » (Boucher – Petrovic, 2008).

La cybermobilisation citoyenne anticorruption permettrait de faire émerger des changements politiques et sociaux dans le pays. La toile assure un rôle de dénonciation.

Il est évident que le Liban assiste à l’émergence d’un modèle de participation citoyenne s’appuyant sur les médias socionumériques en ce moment de crise. En mettant en lumière les questions liées à l’injustice sociale, les blogueurs, chanteurs, ont réussi à induire des changements importants dans le domaine de la lutte contre la corruption : bouleversement de la structure autoritaire de l’espace public traditionnel, mise sous pression des dirigeants politiques en les poussant à changer de comportements, etc.

Les artistes s’inscrivant dans le courant engagé critique sont nés pendant la guerre civile. Ce sont des agents culturels qui proclament le dévoilement et le remède des véritables causes qui déclenchèrent la guerre civile libanaise.

La culture en marge ou underground dite mainstream, possède plusieurs définitions : culture de rue, culture alternative, ou subculture. La culture underground est souvent considérée politiquement comme une sous-culture ou une contre-culture. L’icône incontournable du style underground Y. Hamdan, dont l’appartenance s’inscrit au courant de la scène alternative, appartient à différents lieux, parle plusieurs dialectes, et cette hybridité la rend intéressante.

Filmée dans les rues embouteillées de Beyrouth, l’ex-chanteuse du groupe Soapkills reflète le citoyen libanais anéanti par la corruption permanente, face à l’impuissance de la politique dans un monde de plus en plus violent et complexe. Par conséquent, elle décide de reprendre le contrôle de la rue, du gouvernement et des médias. En outre, elle dénonce le régime confessionnel et la situation socioéconomique dans son pays natal, le Liban, caractéristiques essentielles des détenteurs du courant engagé. Sa musique contient plusieurs messages et ses destinataires sont multiples. Elle s’adresse à l’Occident aussi bien qu’à l’Orient, un autre indice de son positionnement sur plusieurs scènes culturelles locales, régionales et même internationales, au-delà de son métissage culturel et la diversité de ses messages.

  1. Hamdan ne se contente pas d’adopter et d’imiter un genre établi avec un simple changement de langue, mais tente de créer un nouveau genre musical emblématique de sa culture et la diversité de son public, réintégrant ses origines orientales à travers l’emploi de sonorités musicales mêlant électro, folk, chaabi et oriental. Assister à un concert de Y. Hamdan est un plaisir pour l’oreille mais aussi pour les yeux. Il suffit de voir ses performances sur scène. Exotique, sensuelle et envoûtante aux courbes parfaites, elle nous séduit par laféminité de l’Orient par excellence.

 En tournée avec un agenda complet, cette artiste d’origine libanaise réussit à nous sublimer dans un monde de violence et de complexité.