Du chaos une voix me dit : « Souris et sois heureuse, car cela pourrait être pire ».

Depuis ce fameux 13 avril 1975, c’est bel et bien le chaos qui prédomine et continue de prévaloir. Beaucoup de larmes ont coulé… et pas que des larmes ; de l’encre, mais surtout du sang… mêlés à beaucoup de rires … jaunes.

Des trahisons, des lâchetés, de l’injustice, des sacrifices perdus, des martyrs, 17000 portés disparus jusqu’à nos jours, des marchés conclus, des retournements de vestes, l’exode d’un peuple, la destruction d’un patrimoine, d’une culture, mais surtout d’une mémoire… tout a été au rendez-vous, et le demeure toujours.

Une mémoire courte, les projets à court terme, les rêves court-circuités, un peuple à court d’argent, et l’espoir qui court et qui fuit au point de disparaitre afin de laisser libre cours à un désespoir macérant dans une corruption et un défaitisme indicibles. Un triste champ lexical qui a scandé les 15 ans de guerre fratricide et les 15 ans d’hégémonie acide, et qui monte en puissance au lieu de se résorber.

Et du chaos une voix me redit : « Souris et sois heureux, car cela pourrait être pire ». Et je souris, et je fus heureuse, et ce fut pire …

Ce fut pire parce qu’avec le temps, un oppresseur ne peut avoir les mêmes qualités que le vin. Il ne se bonifie point, il vire à l’aigre. A l’image des mauvaises habitudes qui ressemblent à un lit douillet et qui font qu’on s’en lève très difficilement, il est incontestable qu’il est quasi impossible d’enlever les oppresseurs locaux qui pompent notre argent, nos espoirs, notre sang, nos ambitions, les opportunités qui sont nôtres, à saisir pour construire un Liban meilleur.

Malgré notre défaitisme, malgré notre silence complice, malgré notre absence de civisme qui laisse faire les dinosaures politiques, les féodaux archaïques, les prétentieux ignares, les nouveaux parvenus et les opportunistes sanguinaires, nous sommes inexplicablement heureux, et nous sourions … béatement ? que sais-je. Est-ce l’inconscient collectif qui fait que nous le sommes, puisque nous avons survécu aux pires atrocités et que ce petit lopin de terre continue d’être ? Ce qui est sûr, c’est que tout a une fin. Prochaine on l’espère, mais on le sait évidemment qu’elle n’arrivera pas avec les prochaines élections.
Mais entre-temps, sourions, soyons heureux, ça cela pourrait être  vraiment pire …

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

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