La lettre écrite par Julie Kallas, la sœur du Lt Colonel Ghassan Kallas qui a été victime jeudi 24 d’un odieux attentat perpétré contre l’Armée à Ersal, nord-est du Liban. Au passage de son véhicule, une charge explosive de 30 kg a tout pulvérisé, son garde du corps, mort sur le champ. Par un divin miracle, Ghassan est vivant, à l’hôpital, immobilisé, pour quelque temps.

Le colonel Ghassan Kallas
Le colonel Ghassan Kallas

Tout d’abord, permets-moi, cher frère, de t’exprimer mon ultime joie de te retrouver parmi nous, ressuscité parmi les morts, en cette Semaine Sainte. Quand on voit ton véhicule pulvérisé sous 30 kg d’explosifs, une divine main t’a secouru, mais également celles de ta douce maman, de ton sage papa, de ton frère chéri, Dieu soit loué.

Je t’ai vu il y a une dizaine de jours, tu revenais justement d’Ersal, sur la frontière nord est du Liban, avec ton garde du corps, Amer, qui t’a aimé jusqu’à la mort. Paix à son âme, vives condoléances à sa tendre épouse et à son petit enfant. Sur ton lit d’hôpital, en soins intensifs, tu n’as cessé de demander de ses nouvelles et tu as pris l’engagement d’aider Yorgo, son fils unique. Par son sang et celui de tant de martyrs, le Liban est encore debout mais au prix de combien de morts, de veuves et d’orphelins…

On consterne et proteste…et l’Armée demeure cette ultime force muette qui garde les frontières du pays avec des moyens du bord dépassés…on ne veut l’aider que par des paroles…à quand des actes pour accompagner ces cœurs de lion en technicité et technologie…Debout, une seule voix pour la voie de la paix, pour une Armée unie, forte et force du pays !

Tel l’enfant prodigue, je t’aime encore davantage, « Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain ». Que de temps à rattraper, à chaque fois que je me rends au Liban, à la frontière, tu veilles et surveilles, tel un lion, tu rugis quand les hordes d’ennemis osent mettre en danger ton pays car ta vie n’a de sens que lorsque ton pays est en paix.

De Naher el Bared a Ersal, de l’est à l’ouest, du sud au nord, toujours présent pour servir loyalement ce Cèdre que ton père auparavant, ton oncle, ton cousin et grand cousin ont déjà abreuvé de sacrifices et d’héroïsmes. Dans tes veines, celui de ta famille et celles de tes enfants coule l’amour de la patrie. Nous avons été ainsi élevés et nous continuerons à servir ce beau pays avec amour et passion.

Hélas, tu as été sauvé mais un long chemin de récupération t’attend à l’hôpital. De la France, où j’ai géré ce choc, cette dure et rude épreuve, je tiens à remercier toute l’équipe médicale de l’hôpital Saint Georges à Achrafieh pour leur compétence et leur efficacité. Je tiens également à remercier le Commandant en chef de l’Armée, Général Jean Kahwaji pour toutes les dispositions mises à ton service pour ton prompt rétablissement, et tous ceux et celles qui ont pris de tes nouvelles et Dieu sait qu’ils sont nombreux, ma belle-sœur me parle d’un flux permanent de personnalités connues et inconnues…la famille KALLAS omniprésente à ton chevet.

Il est temps mon frère que tu t’occupes un peu plus de ta famille, tu ne t’es même pas aperçu que Micho est déjà en première année universitaire, que Mario, sur ton chemin, est attendu dans un an, et que la petite Naya, ne jure que par son père. Discrètement, patiemment, ton épouse a déjà enduré et encaissé tes multiples passages à l’hôpital…Il est grand temps que tu sois plus présent auprès de ta famille.

La prochaine fois, je ne t’écrirai pas mais j’irai déposer sur ta joue endolorie, sur ton corps meurtri, le signe de tout mon amour, de toute ma fierté d’être ta sœur.

Frère, je t’aime.

Honneur, Sacrifice, Loyauté @ Armée++

Julie Kallas