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Emmanuel Macron dénonce « les frappes inacceptables sur Beyrouth ce matin »

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Le président de la République française Emmanuel Macron a accueilli à Paris son homologue libanais Joseph Aoun, pour une visite officielle hautement symbolique. Première sortie diplomatique du président libanais en dehors du monde arabe depuis son élection en janvier, cette rencontre s’est inscrite dans un contexte de tensions régionales croissantes et de crises multiples au Liban. Entre solidarité politique, appui économique et renforcement des partenariats sécuritaires, cette réunion bilatérale a mis en lumière la volonté des deux chefs d’État de coordonner étroitement leurs efforts pour rétablir la souveraineté du Liban et appuyer un programme de réformes ambitieux.

Un accueil solennel marqué par la solidarité face aux frappes israéliennes

Dès l’ouverture de la conférence conjointe, Emmanuel Macron a exprimé sa solidarité avec les Libanais et les habitants de Beyrouth, victimes de nouvelles frappes israéliennes, qualifiées de violations du cessez-le-feu. En rappelant sa visite à Beyrouth en janvier, il a souligné l’engagement de la France à accompagner le Liban dans les épreuves, saluant la promesse tenue par Joseph Aoun de réserver à la France sa première visite officielle à l’international. Cette décision est perçue comme un gage de confiance envers le soutien historique et constant de la France.

Face aux frappes du jour, le président français a dénoncé des actions unilatérales qui compromettent les efforts de désescalade, alors que l’armée libanaise a repris possession de la quasi-totalité du Sud-Liban et amorcé un désarmement progressif du Hezbollah. Il a réaffirmé que seule l’armée nationale devait détenir le monopole de l’usage des armes sur le territoire.

L’engagement français sur la voie des réformes institutionnelles

La coopération bilatérale s’articulera prioritairement autour de la restauration des institutions libanaises, que la France considère comme la condition sine qua non à toute mobilisation de la communauté internationale pour la reconstruction et la relance économique du pays. Un cadre institutionnel répondant aux normes de transparence financière doit être mis en place rapidement. Jean-Yves Le Drian, envoyé spécial du président français, a entamé des discussions à Beyrouth sur ce sujet, qui se poursuivront à Riyad et à Doha.

Une conférence internationale à Paris est envisagée, à condition que les réformes économiques et structurelles amorcées par le gouvernement libanais se concrétisent. Parmi ces réformes, Emmanuel Macron a insisté sur l’importance des chantiers relatifs au secteur bancaire et au Comité de reconstruction, deux leviers essentiels pour regagner la confiance des bailleurs internationaux et préparer un futur programme avec le Fonds monétaire international.

Réformes internes libanaises : promesses et premières mesures

Joseph Aoun a confirmé que son gouvernement avait déjà entamé la mise en œuvre de réformes, citant l’adoption d’une loi sur la levée du secret bancaire, désormais soumise à l’Assemblée nationale. La reconstitution du Conseil pour la reconstruction a également été relancée, répondant ainsi à une condition majeure posée par les partenaires internationaux. Le président libanais a assuré de sa volonté d’aboutir à un État fort, souverain et protégé uniquement par ses forces régulières, avec pour socle l’unité nationale.

Il a également dressé un constat alarmant de la situation du pays, rappelant que le Liban détient aujourd’hui trois records mondiaux : la plus forte concentration de réfugiés par habitant, la plus grave crise financière rapportée au PIB et le plus grand nombre de frontières instables. Joseph Aoun a clairement identifié ces défis comme prioritaires, tout en appelant à l’aide directe de ses partenaires, à commencer par la France.

Coopération judiciaire et énergétique : deux axes opérationnels

Emmanuel Macron a détaillé deux axes prioritaires de la coopération franco-libanaise : la justice et l’énergie. Une délégation française de haut niveau se rendra prochainement à Beyrouth pour établir une coopération technique avec les magistrats libanais. Ce volet judiciaire est vu comme un élément crucial de la lutte contre la corruption et l’instauration d’un État de droit.

Concernant l’énergie, la France entend mobiliser son expertise et ses entreprises pour accompagner des projets stratégiques permettant de doter le Liban d’un secteur énergétique performant, condition essentielle à la relance industrielle et à l’attractivité des investissements étrangers. L’objectif est également de réduire la dépendance énergétique du pays aux fluctuations régionales.

Le dossier du cessez-le-feu : mécanismes, enquêtes et pressions diplomatiques

Les violations récentes du cessez-le-feu conclu le 26 novembre ont occupé une place centrale dans les échanges. Emmanuel Macron a souligné que les frappes israéliennes du jour n’étaient pas justifiées par des activités militaires libanaises, selon les premiers éléments transmis par les mécanismes de surveillance auxquels participent la Finul, la France, les États-Unis, l’armée libanaise et l’armée israélienne. Il a indiqué que des contacts seraient engagés avec le président américain et le Premier ministre israélien pour éviter une escalade et obtenir un respect strict du cessez-le-feu.

De son côté, Joseph Aoun a rappelé que le Liban ne pouvait être utilisé comme base pour des tirs non autorisés. Des enquêtes sont en cours pour déterminer l’origine des roquettes ayant motivé les frappes israéliennes. Il a dénoncé l’asymétrie des moyens entre Israël et le Liban, tout en affirmant que son gouvernement n’accepterait pas d’être pris en otage par des factions armées agissant dans l’ombre.

La question des prisonniers et des négociations directes avec Israël

Une proposition américaine visant à engager des négociations directes entre Israël et le Liban a été évoquée. Joseph Aoun s’est montré prudent, insistant sur le fait qu’aucune négociation ne saurait être envisagée sans une contrepartie claire, notamment la libération des prisonniers libanais. Il a également exigé le retrait israélien des cinq positions encore occupées au Sud-Liban, précisant qu’aucune valeur militaire ou sécuritaire ne justifiait leur maintien.

Frontière libano-syrienne : une coopération sécuritaire en construction

Les présidents ont aussi évoqué un volet important de la sécurité régionale : la frontière libano-syrienne. Une réunion trilatérale avec le président de transition syrien a permis de valider un plan d’action entre les deux pays pour sécuriser cette zone stratégique. La France a proposé d’agir en tant que facilitateur du dialogue et d’apporter son soutien logistique, notamment par des moyens de surveillance et de coordination militaire. Des mécanismes de suivi sont en cours de mise en place pour lutter contre les trafics d’armes et assurer la stabilité de cette frontière poreuse.

Le retour des réfugiés syriens : priorité politique et économique

La gestion des réfugiés syriens a été identifiée comme un enjeu humanitaire, économique et sécuritaire majeur. Joseph Aoun a insisté sur la nécessité urgente de financer leur retour volontaire en Syrie. Il a précisé qu’environ 400 000 réfugiés souhaitent retourner dans leur pays, selon des enquêtes menées par les instances internationales. Un plan de retour coûterait moins cher que leur maintien au Liban, a-t-il souligné.

Emmanuel Macron a affirmé que la France était prête à s’engager dans ce processus si la Syrie garantit la sécurité des rapatriés. Une feuille de route conjointe avec la Grèce, Chypre, la France, la Syrie et le Liban est en cours de finalisation pour coordonner les efforts diplomatiques et financiers autour de cette initiative.

Un partenariat fondé sur les valeurs républicaines et la paix

La rencontre s’est conclue sur une déclaration de principes. Joseph Aoun a rappelé l’importance des valeurs fondatrices de la République française, en particulier la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Il a appelé à un ordre mondial fondé sur la justice et le respect des droits des peuples, évoquant notamment la cause palestinienne comme une question morale globale.

Emmanuel Macron a de son côté insisté sur l’amitié historique entre les deux peuples, sur le rôle singulier que joue la France au Liban, et sur la volonté d’œuvrer à un Proche-Orient plus stable, plus intégré et respectueux des souverainetés nationales.

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Newsdesk Libnanews
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